Lundi 25 septembre 2006

25/09/2006 – 20:21

Cher journal,

La force du football, c’est son ancrage historique. Chaque club a son histoire, ses légendes, ses manies, qui permet aux supporters de clairement s’identifier à leur club.

Chaque club a sa tradition : Nantes a le jeu « à la nantaise » fait de passes à une touche de balle, de physique de poussins, de défense molle et de joueurs inexportables ; Auxerre a Guy Roux ; Bordeaux a la revente de ses meilleurs joueurs ; Lille a son stade champêtre, ses coaches à poigne et ses bourrins qui se prennent pour des stars ; Strasbourg a ses saucisses ; Toulouse aussi ; Monaco a la défiscalisation qui gratte les autres ; Saint Etienne et Marseille ont la nostalgie ; Sedan a les sangliers qu’ont bouffé un truc ; et Lyon a la victoire.

Au PSG, nous, notre truc, c’est la crise.

Si on fait pas nos deux trois crises dans la saison, c’est plus le PSG. Pire, si jamais on avait l’idée de faire une bonne saison sans accrocs, les supporters croiraient qu’ils sont supporters de Lyon. On peut pas leur faire ça.
Alors, en général, la crise c’est au niveau sportif. Ouais, on dirait pas mais le PSG c’est un club de sport, de foot en particulier. Donc on a tenté le coup au début de saison. Une bonne branlée face à Lorient, un nul en mousse à Valenciennes, deux défaites honteuses face à Sochaux et Marseille avec Mario qui se sacrifie… On avait juste raté notre match contre Lille.

Mais La crise sportive, elle a pas pris. Faut dire que je crois que nos supporters, ils sont réalistes. On leur donne de belles interviews d’après matches avec tout ce qu’il faut comme poncifs de base, « il faut travailler », « on est déçus mais la réussite va revenir », « tout le monde doit être concerné » (il marche bien en général celui-là pour la crise, après t’as le Parisien qui dénonce les joueurs et tout, ca fout une ambiance bien lose, bien crise), mais ca ne prend pas. En fait, ils écoutent, mais quand ils voient Pancrate sur le terrain, ils savent bien qu’on n’est pas vraiment en train de croire aux 5 premières places du championnat…

Donc, pour le moment, ça crisait pas beaucoup. Alors, c’est Vikash et Moustache qui s’y sont collé. Faut dire qu’ils se sont engueulés velu la semaine dernière. Vikash, je crois bien qu’il veut faire du sport. Faut dire qu’avec tous les cocktails où il va, il a un peu peur de grossir, ça se comprend. Alors, il veut jouer. Mais Moustache, il s’est toujours pas remis de la coke de Vikash, alors il fait la gueule, il veut pas qu’il s’entraine et tout.

Pour faire bien « crise », ils ont donc commencé à échanger des cochonneries dans la presse. C’est pratique la presse. C’est nos copains de crise, le Parisien, c’est un peu notre « Pravda » à nous, on leur fait dire ce qu’ils doivent dire. C’est pratique. Alors, Moustache et Vikash, ils y sont allés franco. Et vas-y qu’il est blessé mais qu’il court, et vas-y que t’es un menteur et que c’est de ta faute de toute façons… Pffffffff, moi, j’ai pas tout suivi, mais ça a bien pris. L’Equipe.fr, ca fait huit sondages de suite qu’ils font sur Vikash : doit il jouer ? Doit-il être puni ? Faut il le filmer en Super 8 en train de se faire fouetter pour montrer aux petits enfants qu’il faut travailler ? etc… Une belle crise bien de chez nous.

En plus, il est professionnel, Moustache : ça fait quatre matches qu’il fait pas jouer Mario non plus, histoire de préparer la prochaine crise. Celle qui fait bien PSG. Parce qu’une crise avec Vikash, ça compte pas vraiment, hein, c’est pas comme si ça concernait un joueur du club.Le problème, c’est que faut en avoir des comme des melons pour préparer une crise avec Mario. C’est pas franchement Winnie l’Ourson, Mario. S’il veut te faire un câlin, il te pête d’abord le genou pour pas que tu puisses te sauver. Alors, sur le banc, je l’entends en train de grommeler des trucs en espagnol que personne ne voudrais traduire. On sent bien qu’il en veut à Moustache. Et nous, ca nous embête de voir Mario en colère. On l’aime bien Mario. Bien obligés, on n’a surtout pas envie de voir ce que ça peut donner si on ne l’aime pas.

Mais Moustache il dit qu’il a pas peur. Que recevoir des cadavres de rats dans des petites boites noires, il a l’habitude, qu’à Sochaux ils lui envoyaient carrément des chèvres crevées. Il dit qu’en plus, ça l’arrange bien que Mario soit fâché, rapport au fait que sa « famille » elle a enlevé sa femme et ses enfants, que comme ça, il est peinard le soir. Que quand ça lui était arrivé à Cannes, il avait passé les trois meilleures semaines depuis des années…

Y a pas de doutes, Moustache, il a la carrure. Mario, ca le déstabilise vachement qu’il ne cède pas, il est tout malheureux comme un colibri devant une plante carnivore.

Ce matin, il y avait séance vidéo. Le thème c’était « Respect, humilité, Don de soi et Collectif ». Mario, il était un peu content en entrant en salle de projection, je l’ai même entendu dire « grmmmllll grrrrrr COMBAT ». Il avait le sourire quand il voyait les images de Doud qui court pas, de Vikash qui joue pas, de Micka qui saute à coté du ballon. Il hurlait « mmmOooauuuarrrfff BASTON ». On sentait qu’il avait à nouveau la rage.

Alors c’est sûr que le montage de ses quatre penalty consécutifs, ça l’a un peu refroidi le Mario. Il s’est arrêté de grogner, il a regardé l’écran, bouche bée, bave aux lèvres. Nous, on s’est gentiment éloignés, on s’est couchés sous nos sièges sauf Bonaventure qui ronflait au fond. La goutte d’eau, ca a été l’image de lui qui hurle sur l’arbitre après un penalty. Il a clairement dit « GrRRRaaaOOOrrrr Arbitre ». Et il a foncé droit vers l’écran, il a sauté dessus, et, logique, il est passé à travers le mur de l’algéco avec l’écran entre les dents. On avait peur qu’il trouve Moustache, mais il était déjà parti, le bougre.

C’est là que ça a empiré. Devant le Camp des Loges, il y avait des types de la voirie qui bossaient. Avec leurs gilets jaunes fluos. Quand il les a vus, Mario, il s’est arrêté un instant comme un chien à l’arrêt devant un TRES gros chevreuil.

Moi et Rozie on regardait par le trou du mur et on a juste eu le temps de réagir. On a sauté dehors, j’ai enfourché mon solex au moment pile où Mario commençait à charger. J’ai démarré en trombe avec Rozie perché à la va-comme-je-te-pousse derrière moi, en train d’enfiler les vieux chasubles d’entrainement. Les jaunes. Ceux dont on ne se sert justement plus depuis que Mario il a mangé le genou de Rothen un jour à l’entrainement.J’ai foncé derrière Mario avec Rozie debout sur le solex qui faisait tournoyer un autre chasuble au-dessus de sa tête en criant « Wooouuuuhooouuuu, Mario !! ». Mais il fonçait tout droit sur les malheureux. Alors, j’ai improvisé, j’ai accéléré à fond de train, j’ai doublé Mario, je suis passé devant puis j’ai continué. Dans le rétro, j’ai vu Mario s’arrêter, regarder vers nous. Et après un instant d’intense concentration, il s’est mis à nous beugler des insanités en espagnol en commençant à nous courir après. On comprenait pas tout avec Rozie, certainement à cause du fait que Mario ait encore la bouche pleine de bouts d’écrans à peine mâchés, et ça valait mieux comme ça.On a fait trois fois le tour du camp des Loges avec Mario au train, mais on ne savait pas vraiment quoi faire après. Mario, il nous hurlait dessus à pleins poumons maintenant qu’il avait fini de manger l’écran. C’est alors que j’ai eu l’idée. On a tourné sec et on est retournés droit vers l’algéco où les copains nous regardaient. Juste avant de passer devant eux, j’ai dit à Rozie de lui jeter les chasubles, et, alors que Mario se jetait dessus comme un forcené pour les manger en hurlant « GLOup Arbitre !!!! », j’ai crié aux autres de sauter sur Mario pour le maitriser. A 16 contre 1, c’était un peu plus équilibré, il ne nous a fallu que cinq minutes pour le ligoter, et l’emmener dans une pièce fermée où on lui a passé un film pour le détendre sur le PC portable de Vikash. Un bon Steven Seagal, ca le détend notre Mario.

N’empêche, qu’avec ses histoires de crise, Moustache il a encore failli nous attirer des embêtements.

Bon faut que j’y aille Journal, Moustache il veut qu’on s’entraine encore cet après-midi. Comme si on n’avait pas fait assez de sport ce matin…

Clément

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