Ni buts ni soumises » Marie-Antoinette Katoto, joueuse de grands matchs

« Le point à mi-saison de la D1 2019-2020 (4/4) - Le maintien

Marie-Antoinette Katoto, joueuse de grands matchs

Encore buteuse lors d’une victoire du PSG face à Lyon, Marie-Antoinette Katoto a pourtant la réputation de passer à côté des grands matchs. Bien pratique pour lui préférer des attaquantes qui ne finissent pas en tête du classement des buteuses, cette image ne résiste pourtant pas à l’épreuve des faits.

C’est un constat qui semble communément admis, Marie-Antoinette Katoto ne marque pas dans les grands matchs et ses deux titres de meilleure buteuse de D1 ne comptent que des buts marqués contre les petites équipes. C’est par un constat de ce type que la sélectionneuse de l’équipe de France Corinne Diacre avait commenté son absence de la liste des joueuses invitées à disputer la Coupe du monde en France : « Il m’a manqué de la performance dans les grands rendez-vous. C’est la raison pour laquelle je ne l’ai pas mise dans la liste. » Elle faisait en particulier référence à un quart de finale contre Chelsea où l’attaquante du PSG n’avait pas été à son avantage et n’avait pas marqué, finissant la compétition à 5 buts. Elle lui avait donc préféré la Montpelliéraine Valérie Gauvin dont le total de but reste à zéro en Coupe d’Europe, quart de finale contre Chelsea compris la saison précédente.

Au lendemain de la victoire du PSG sur Lyon grâce à un but de Katoto, L’Équipe a sous-titré l’article consacré à l’attaquante « la buteuse parisienne a enfin mis fin à sa disette contre Lyon, mais s’est blessée à la cheville droite ». Le concept de disette nécessite sans doute d’être précisé.

Il s’agissait du deuxième but marqué par la native de Colombes contre Lyon après celui qui avait donné la victoire à ses couleurs en finale de la Coupe de France 2018 à Strasbourg. Deux c’est peu et on peut envisager que doubler son score lui ait permis de passer de la disette à l’abondance. Mais il faut faire la part des choses quand on parle de Lyon, une équipe qui prend en moyenne un but tous les quatre matchs toutes compétitions confondues et qui n’encaisse plus d’un but dans un match que lors de larges victoires (la dernière défaite lyonnaise sur un autre score que 1-0 date de novembre 2014 contre Potsdam).

Personne ne marque régulièrement contre Lyon

Depuis que l’OL a succédé au FC Lyon en 2004, une vingtaine de joueuses a marqué plus d’un but contre Lyon, toutes compétitions confondues. Mais pour la plupart, cela remonte un peu. La plus prolifique a été Laetitia Tonazzi avec 8 buts mais tous marqués avec Juvisy, qu’elle a quitté en 2012. Vient ensuite Élodie Thomis, 7 buts dont un quadruplé face à Hope Solo et qui joué à l’OL de 2007 jusqu’à la fin de sa carrière. Julie Morel complète le podium avec 5 buts marqués entre 2006 et 2013 avec Condé, Saint-Brieuc et Saint-Étienne, à chaque fois pour sauver l’honneur lors de lourdes défaites.

Si l’on revient à Marie-Antoinette Katoto et que l’on restreint le champ d’observation à la période des quatre dernières saisons – soit depuis qu’elle est titulaire au PSG et qu’elle a eu l’occasion de rencontre Lyon – il ne reste guère qu’Ouleymata Sarr pour la concurrencer : l’attaquante de Bordeaux a marqué trois fois contre l’OL dont deux qui comptent : cette saison en championnat pour revenir à 2-1 et avec Lille lors de la finale de Coupe de France 2019, également pour revenir à 2-1. Le troisième but est plus anecdotique puisqu’il s’agissait de réduire le score à 4-1 dans un match finalement perdu par les Lilloises 10-1.

Il est certainement beaucoup plus significatif de marquer quand les matchs sont serrés : Naomie Feller a également inscrit deux buts contre Lyon, dans le même match qui s’est terminé sur le score de 8-3. Ceux de Marie-Antoinette Katoto ont abouti à deux victoires, qui sont d’ailleurs les deux seules défaites de l’OL depuis 2017, toutes compétitions confondues. Bref elle est la seule depuis près de quatre ans à marquer pour battre Lyon.

Buteuse utile…

Au-delà des deux buts marqués contre Lyon qui font un échantillon assez réduit, l’attaquante du PSG est l’une des joueuses en D1 qui marque le plus de buts « utiles », c’est-à-dire quand le score est encore serré. Elle a marqué par exemple près de 64% de ses 77 buts en D1 quand le score était à égalité ou favorable d’un but. De toutes les joueuses ayant marqué au moins 50 buts en D1 depuis 2003, seule Pauline Crammer (74% de ses 50 buts marqués avec Hénin-Beaumont entre 2006 et 2012) et Ludivine Diguelman (66% de ses 62 buts avec Montpellier et Nîmes de 2003 à 2016) ont un taux plus important, Gaëtane Thiney ayant un taux équivalent. Et avec 83% de buts marqués quand il n’y a pas plus de deux buts d’écart, la Parisienne possède le taux le plus élevé.

En particulier, les joueuses qui ont remporté avant elle le titre de meilleure buteuse ont le plus souvent profité d’une équipe très dominante pour améliorer leurs statistiques une fois le score acquis.

La joueuse du PSG marque 5% de ses buts quand son équipe a déjà au moins quatre buts d’avance. Pour sa triple prédecesseuse Ada Hegerberg, c’est 26%, 27% pour Eugénie Le Sommer, 32% pour Lotta Schelin et même 36% pour Sandrine Brétigny. Bien sûr cette proportion est majorée dans une équipe comme Lyon qui remporte – ou remportait – des victoires souvent très larges mais Marie-Antoinette Katoto a un nombre de buts marqué étonnamment faible quand le score est acquis, y compris en comparaison de joueuses appartenant à des clubs moins huppés et moins propices aux scores fleuves. Ses deux buts les plus inutiles ne le sont certainement pas aux yeux des supporters du PSG puisqu’ils sont les 7e et 9e de la victoire 11-0 face à Marseille la saison dernière. Sinon elle n’a marqué que deux buts avec un score déjà favorable de quatre buts : face à Rodez pour son premier match en D1 et face à Nîmes pour son troisième. Depuis, le PSG a remporté 25 matchs par cinq buts d’écarts ou plus mais trois fois seulement avec un but de Marie-Antoinette Katoto une fois le score acquis (contre Marseille donc, ainsi que contre Rennes en Coupe de France et Braga en Ligue des Championnes). Par contre elle a lancé huit des treize dernières larges victoires en marquant elle-même le premier but.

… et contre les adversaires directs

L’attaquante du PSG a marqué 17 de ses 77 buts en D1 face à une équipe du premier tiers du classement soit 22%1. Cette proportion est inférieure à ce qu’elle pourrait être2 mais parmi les 40 joueuses en activité ayant marqué au moins 20 buts en D1, seules Desire Oparanozie (13 buts sur 48), Dzsenifer Marozsan (9/34) et Sarah Cambot (5/20) marquent proportionnellement plus contre les équipes de haut de tableau sachant que la Nigériane et la Française affrontent une équipe de plus dans le premier tiers (leurs clubs n’en faisant pas partie).

Par comparaison, Ada Hegerberg a marqué 23 de ses 144 buts contre les équipes du haut de tableau (16%), autant que Gaëtane Thiney mais sur un total de 155 buts (15%)3 alors que pour Eugénie Le Sommer, c’est 28 buts sur 204 (14%). Quant à Valérie Gauvin, c’est 4 buts sur 52 (8%).

En Coupe d’Europe, le bilan est peut-être moins flatteur : l’avant-centre du PSG n’a marqué qu’un seul but en quart de finale et aucun en demi-finale ou en finale. Il faut dire qu’elle n’a joué aucune des deux finales du club parisien et qu’elle n’avait joué que quelques minutes en demi-finale avant cette saison. Évidemment, il y a une corrélation entre son absence de buts et l’élimination de son club. Lors de deux premiers tours en revanche, elle a une efficacité assez proche de celle – stratosphérique – d’Ada Hegerberg qui marque à peu près un but toutes les 45 minutes. En quart de finale, elle a été muette lors de ses trois premiers matchs, un contre le Bayern en 2017 et les deux contre Chelsea en 2019. Mais cet été elle a ouvert le score pour lancer la qualification face à Arsenal. Comme pour le récent but contre Lyon, cela peut signifier également qu’elle a passé un cap et se montre plus décisive qu’avant. Et même marqués dans les premiers tours, les 10 buts qu’elle a inscrits sont toujours 10 de plus que Valérie Gauvin ou Viviane Asseyi et 5 de plus que Kadidiatou Diani (dont un but en quart de finale et un but en demi-finale) et Delphine Cascarino.

Bien entendu, ces chiffres ne disent pas tout de son l’apport mais ils permettent de relativiser la prétendue absence d’efficacité d’une joueuse qui après trois saisons comme titulaire à 21 ans a fini deux fois meilleure buteuse de D1 et une fois seconde. Depuis le début de sa carrière elle marque à peu près un but par match en moyenne et donc pas seulement grâce à des octuplés en fin de matchs face aux relégables. Ses statistiques en équipe de France sont moins flatteuses mais elles seraient sans doute meilleures si elle était alignée systématiquement en attaque.



Un commentaire pour “Marie-Antoinette Katoto, joueuse de grands matchs”

  1. Beau travail de recensement. C’est d’ailleurs assez curieux qu’avec l’expansion récente des stats en foot, avec des concepts assez sophistiqués comme les expected goals, il n’y ait pas cette stat somme toute assez basique qu’on retrouve en NHL les GWG et GTG (game winning et tying goals) pour recenser les “buts qui comptent”

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