Ni buts ni soumises » Par tous les états

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La peur du vide »

Par tous les états

L’équipe de France de Corinne Diacre est allée du pire au meilleur lors de la SheBelieves Cup. Commencée par une très lourde défaite contre l’Angleterre, la compétition s’est achevée par la plus large victoire de l’histoire contre l’Allemagne.

La sélectionneuse semble avoir trouvé une équipe type lors des deux derniers matchs. Sa composition n’a rien de révolutionnaire au point de s’interroger sur l’utilité des essais pratiqués jusque là. Cela confirme que le vrai sujet n’est pas celui du choix des joueuses mais de la manière de les faire jouer.

L’équipe de France termine la SheBelieves Cup sur un bilan très équilibré d’une victoire, un nul et une défaite avec cinq buts marqués et cinq buts encaissés. C’est assez inespéré après le premier match où les Bleues ont été totalement surclassées par une équipe d’Angleterre qui était sans doute la meilleure de la compétition même si elle finit derrière les États-Unis avec un bilan très proche de celui de la France.

C’est sans doute cette claque qui a poussé Corinne Diacre à remettre totalement en cause le projet qu’elle avait annoncé de faire tourner pour donner du temps de jeu à tout le monde, éviter en priorité les blessures et économiser Lyonnaises et Montpelliéraines qui jouent des quarts de finales européens dans quinze jours.

Au lieu de ça, l’équipe a été très fortement remaniée pour affronter les États-Unis lors du deuxième match mais elle a été intégralement reconduite ensuite face à l’Allemagne. En sus, la sélectionneuse n’a effectué qu’un seul changement contre les Américaines et a attendu que le score soit décanté face aux joueuses de Steffie Jones pour faire souffler quelques cadres avec seulement deux changements avant cela, l’entrée obligée de Laura Georges avant la mi-temps pour suppléer Aïssatou Tounkara gravement blessée et celle Kadidiatou Diani.

On prend les mêmes et on recommence

Bref que le discours initial n’ait été que de la communication ou qu’il ait changé par la force des événements, la fin du tournoi américain a permis de mettre en place une équipe type qui devrait servir de base pour la suite. Comme on pouvait s’y attendre, cette équipe type ressemble à s’y méprendre à celle qui a disputé l’Euro, au moins pour les joueuses qui la composent.

Cinq des joueuses qui ont été titulaires contre les États-Unis et l’Allemagne l’étaient déjà lors du quart de finale de l’Euro contre l’Angleterre : Sarah Bouhaddi, Griedge Mbock, Grace Geyoro, Amandine Henry et Eugénie Le Sommer. Fin juillet, Wendie Renard était suspendue. En son absence Laura Georges était titulaire et Aïssatou Tounakara remplaçante. Cette fois, la Lyonnaise était blessée et les rôles des deux autres étaient inversés. En ajoutant qu’Amel Majri était blessée à l’Euro où elle aurait à peu près sûrement été titulaire et que Sakina Karchaoui est de toute façon toujours dans la course, que Camille Abily a pris sa retraite mais a été remplacée dans son rôle par Gaëtane Thiney qui n’est pas exactement une débutante, et que Jessica Houara est blessée (mais rien ne dit que Marion Torrent ne lui aurait pas été préféré quand même), la fameuse nouvelle équipe type ne différencie donc de sa devancière que par les blessures, les départs à la retraite et par la présence de Valérie Gauvin en pointe à la place de Marie-Laure Delie et celle de Viviane Asseyi à celle de Kadidiatou Diani, toujours présente dans le groupe.

Malgré un but contre l’Allemagne, l’attaquante de Montpellier a sans doute été la moins convaincante et il semble clair que dès qu’elle ne sera plus prisonnière de l’équipe de France des moins de 20 ans, la meilleure avant-centre française actuelle avec Eugénie Le Sommer, la joueuse du PSG Marie Katoto fera son entrée dans cette équipe où elle tentera de s’imposer.

Les nouvelles joueuses de cette équipe type sont Viviane Asseyi internationale depuis juin 2013, Valérie Gauvin depuis octobre 2015, et Marion Torrent qui ne comptait aucune sélection avant l’arrivée de Corinne Diacre mais qui avait déjà pris place sept fois sur le banc depuis juin 2015.

Le temps de jeu des Bleues à la SheBelieves Cup
Nom Prenom Angleterre États-Unis Allemagne
1 Benameur Karima 90
2 Tounkara Aïssatou 90 44
3 Périsset Ève 90
4 Georges Laura 90 46
5 Cascarino Estelle
6 Henry Amandine 90 90 88
7 Majri Amel 90 90
8 Clemaron Maéva 2
9 Le Sommer Eugénie 90 90 77
10 Diallo Aminata 90
11 Sarr Ouleymata 73
12 Thiney Gaëtane 30 90 90
13 Gauvin Valérie 17 85 89
14 Robert Faustine 60
15 Léger Marie-Charlotte 1
16 Bouhaddi Sarah 90 90
17 Torrent Marion 90 90
18 Asseyi Viviane 30 90 66
19 Mbock Bathy Nka Griedge 90 90 90
20 Diani Kadidiatou 60 5 24
21 Durand Solène
22 Karchaoui Sakina 90 13
23 Geyoro Onema Grace 90 90

Les six mois d’essais divers auront donc principalement servi à reprendre les mêmes joueuses qu’avant, les entrantes les plus convaincantes étant déjà dans un groupe élargi de la sélection depuis plusieurs années. Dans la mesure où l’on choisit sciemment de se passer des joueuses de moins de vingt ans – là où l’Américaine Tierna Davidson à brillé lors de la SheBelieves Cup ce qui ne l’empêchera pas de faire bonne figure à la prochaine Coupe du monde M20 – s’attendre à découvrir une future titulaire des Bleues marque un certain manque de confiance pour le travail des précédents staffs des équipes de France et pour celui des clubs.

Ce grand brassage était sans doute une forme de communication pour raccrocher l’ensemble des clubs à la sélection et provoquer une forme d’union sacrée. Mais la nouvelle équipe type compte cinq joueuses de Lyon, deux de Montpellier et du PFC, une du PSG et une seule de Marseille. Et les remplaçantes qui ont eu un peu de temps de jeu jouent au PSG, à Montpellier et au Bayern.

Pendant ce temps là, l’équipe de France B a joué – et remporté – un tournoi en Turquie avec une équipe quasiment intégralement composé de joueuses déjà appelées plus ou moins récemment chez les A1. Cette victoire a marqué le retour en sélection pour Claire Lavogez et Kenza Dali après leurs blessures.

Ces considérations sur l’effectif confirment que le problème de l’équipe de France n’est pas vraiment de savoir quelles joueuses sont les meilleures. Les sélectionneurs passent mais les joueuses restent et les listes évoluent essentiellement au gré des départs à la retraite et de l’éclosion des jeunes pépites.

Construire une équipe

La vraie question est de savoir comment faire une équipe de ces joueuses et comment les faire jouer ensemble. Et surtout comment les rendre capable d’aborder un match à élimination directe, véritable écueil sur lequel la France échoue régulièrement depuis 2009, à l’exception d’une qualification aux tirs aux buts contre l’Angleterre en 2011 et de deux victoires plus significatives contre la Suède en 2012 et la Corée du Sud en 2015. Soit trois qualifications sur treize tentatives (en comptant les matchs pour la troisième place). Car le spectacle consternant du dernier Euro ne doit pas faire oublier que les Bleues restent sur près de dix ans à sortir de leurs poules à chaque compétition et le plus souvent de façon convaincante. Mais qu’elle n’ont ensuite réussi à passer un tour (et jamais plus) que trois fois sur sept et que la qualité de l’adversaire ne semble pas tellement entrer en compte dans cette incapacité, les Pays-Bas de 2009, le Danemark de 2013 ou le Canada de 2016 n’ayant rien d’épouvantails.

Maintenant que la question du choix des joueuses commence à être débroussaillée, et même s’il y aura encore des essais, le travail de Corinne Diacre va donc être de donner un style à son équipe. On a commencé à le voir aux États-Unis et elle dispose par son expérience à Clermont de plus de crédit sur ce plan que ne pouvait avoir Olivier Echouafni par les siennes à Amiens et Sochaux. Peut-être qu’il fallait passer par cette phase de « reconstruction » pour éteindre la question du choix des joueuses – qui fera toujours polémique sur un ou deux noms mais c’est le lot d’une sélection – et concentrer toutes les forces sur la construction d’une équipe et d’une identité de jeu.

Résultats

Angleterre-France 4-1 : Duggan 7′, Scott 28′, Taylor 39′, Kirby 46′ ; Thiney 77′

États-Unis-Allemagne 1-0 : Rapinoe 17′

États-Unis-France 1-1 : Pugh 35′ ; Le Sommer 38′

Allemagne-Angleterre 2-2 : Kayikçi 17′, Bright 51′ csc ; White 18′, 73′

France-Allemagne 3-0 : Henry 10′, Le Sommer 55′, Gauvin 68′

États-Unis-Angleterre 1-0 : Beardsley 58′ csc

Classement

Place Équipe Pts J G N P Bp Bc Diff
1 États-Unis 7 3 2 1 0 3 1 2
2 Angleterre 4 3 1 1 1 6 4 2
3 France 4 3 1 1 1 5 5 0
4 Allemagne 1 3 0 1 2 2 6 -4


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