Ni buts ni soumises » Corinne Diacre à la relance

« Rêve orange

D1 2017-2018 - Reprise »

Corinne Diacre à la relance

Après un Euro totalement raté, les Bleues vont finalement avoir une nouvelle sélectionneuse. Corinne Diacre qui a longtemps été une figure de proue de la féminisation du football aura la lourde tâche de mener la France vers sa Coupe du monde à domicile.

Elle arrive à un tournant où le noyau historique de joueuses qui a fait l’équipe de France pendant plus de dix ans laisse la place aux nouvelles générations qui ont brillé dans les compétitions de jeunes et doivent désormais prendre le relais.

L’élimination 1-0 face à une équipe d’Angleterre en pleine progression et à l’issue d’un match relativement équilibré n’était pas en soi une très grosse contre performance, même en quart de finale. Mais venant après un premier tour ponctué de matchs lénifiants et qui avait nécessité un coup-franc miraculeux dans les derniers instants pour permettre d’accéder au tour suivant, elle constituait le point d’orgue d’un Euro raté.

La tristesse du premier tour aurait pu allègrement passer à la trappe en cas de bon parcours par la suite, c’est la loi du genre. De même, une défaite dans un match à élimination directe peut n’être qu’un match raté. Mais la collusion des deux dresse un bilan particulièrement défavorable, sans doute le pire de l’histoire des phases finales des Bleues en raison de leur statut actuel et de l’adversité qui leur était opposée.

Olivier Echouafni confirmé puis remplacé

L’idée de remplacer le sélectionneur Olivier Echouafni était donc assez naturelle. Son bilan d’une seule défaite en quinze matchs s’efface largement devant celui d’une seule victoire en phase finale sans aucun but dans le jeu.

Pourtant dès la fin de l’Euro, le président de la FFF Noël Le Graët confirmait le sélectionneur dans ses prérogatives. Son éviction trois semaines est donc arrivée par surprise. La méthode peut surprendre.

Il est probable que la fédération ne pouvait pas rester muette à la fin de l’Euro sur l’avenir du sélectionneur mais ne voulait pas se séparer d’un sélectionneur sans en avoir recruté un autre. C’est ce qui était arrivé il y a un an quand le départ de Philippe Bergerôo était acté – à défaut d’être annoncé – et qu’il avait fallu attendre la dernière minute pour lui trouver un remplaçant en la personne d’Olivier Echouafni, qui semblait avoir été choisi parce qu’il passait dans les couloirs de la fédération à ce moment là et qu’il était entraîneur diplômé et disponible.

L’ancien joueur niçois n’a pas totalement démérité, son équipe a remporté la SheBelieves Cup, tournoi prestigieux mais amical. Et elle a manqué son Euro, pas tant pour ne pas avoir dépassé les quarts de finale que pour n’avoir jamais donné l’impression de pouvoir le faire.

Pour le remplacer, Noël Le Graët a réussi à débaucher Corinne Diacre. Le mois écoulé entre l’annonce du maintien d’Olivier Echouafni et son éviction a sans doute été occupé à négocier avec le club de Clermont pour libérer la nouvelle sélectionneuse de sa dernière année de contrat.

Élue meilleur entraîneur de D2 par le magazine France Football en 2015, Corinne Diacre amène plus de certitude que son prédécesseur dont les passages sur les bancs d’Amiens et de Sochaux avaient beaucoup moins convaincus les supporters de ces clubs. Mais elle a aussi un passé du côté féminin qui lui permet d’arriver en terrain connu.

Première à 100

Née dans le Nord, c’est à Saint-Chamond, près de Saint-Étienne qu’elle signe sa première licence de joueuse. Elle suit ensuite sa famille à Aubusson dans la Creuse mais c’est à Soyaux qu’elle débute réellement sa carrière de joueuse, « découverte » par Claude Fort, le président du club qui l’hébergera un temps pour lui épargner les allers-retours entre la Creuse et la Charente.

À quatorze ans, elle découvre le Parc des Princes en remportant le championnat de France de jonglage mais c’est bien dans le vrai football qu’elle fait carrière. Fidèle à Soyaux de 1988 à 2006, elle est appelée pour la première fois en équipe de France par Aimé Mignot en mars 1993 pour un match contre la Suède perdu 3-1 avec un but de Pia Sundhage. C’est l’ancien entraîneur (des garçons) de l’OL qui la fixera définitivement en défense centrale. Son style la fera plus souvent comparer à Franz Beckenbauer ou Laurent Blanc qu’à Carlos Mozer ou Claudio Gentile.

En avril 1997 pour sa trentième sélection elle prend le brassard de capitaine des Bleues, succédant à Sandrine Roux. Elle le portera 65 fois avant de le rendre après la Coupe du monde 2003 à la suite de désaccords avec Élisabeth Loisel.

Les capitaines de l’équipe de France
Capitaine Matchs Période
Sandrine Soubeyrand 84 2003-2013
Corinne Diacre 65 1997-2003
Wendie Renard 52 2013-2017
Sandrine Roux 38 1992-1997
Sonia Bompastor 38 2003-2006
Élisabeth Loisel 13 1983-1989
Ophélie Meilleroux 12 2007-2012
Sabrina Delannoy 9 2014-2016
Michèle Wolf 8 1982-1984
Élise Bussaglia 5 2009-2016
Amandine Henry 4 2015-2017
Marie-Noëlle Fourdrignier Warot 4 1980-1981
Gaëtane Thiney 4 2012-2013
Élodie Woock 3 1998-2003
Marie-Christine Tschopp 3 1972-1973
Stéphanie Mugneret-Béghé 2 2005
Bernadette Constantin 2 1990-1993
Nelly Reb 1 1970
Jessica Houara d’Hommeaux 1 2014
Marinette Pichon 1 2003
Gaëlle Blouin 1 2001
Camille Abily 1 2016
Danielle Vatin 1 1982
Ghislaine Royer Souef 1 1976
Élodie Thomis 1 2009
Michèle Monier 1 1971
Laura Georges 1 2006
Annie Bataille 1 1975

À la fin des années 90, elle est reconnue comme l’une des meilleures joueuses au monde : elle est sélectionnée pour le match exhibition disputé en marge du tirage au sort de la Coupe du monde 1999 et elle fait partie des premières joueuses étrangères sollicitées pour disputer le championnat WUSA, la première version du championnat professionnel américain. Elle choisit cependant de rester en Charente où elle est cadre technique de la Ligue du Centre-Ouest.

Son parcours est jalonné de hauts et de bas comme cet Euro 2001 raté avec une expulsion ubuesque contre le Danemark mais aussi avec le but de la qualification de la France pour sa première Coupe du monde à Geoffroy-Guichard.

Elle est la première Bleue à atteindre les 100 sélections en 2003 lors d’une victoire 4-0 en Hongrie (doublés de Marinette Pichon et Hoda Lattaf). Elle termine son parcours en sélection après l’Euro 2005 où elle assiste à l’éclosion de la génération qui a depuis porté l’équipe de France.

Désormais Camille Abily a annoncé sa retraite, Louisa Necib a arrêté l’an dernier et il est probable qu’elle pousse vers la sortie Laura Georges, Élise Bussaglia et Élodie Thomis. Il ne resterait alors que Sarah Bouhaddi parmi ses coéquipières de l’Euro anglais.

On l’a un peu oublié depuis mais sa notoriété a explosé au début des années 2000 grâce à Téléfoot où elle a tenu une chronique épisodique, en commençant par une interview du duo dirigeant la Fifa, Sepp Blatter et Michel Platini.

La carrière d’entraîneuse

Sa carrière de joueuse prend fin sur deux graves blessures. Touchée au genou en octobre 2006 lors d’un match contre Montpellier, elle est absente un an. Mais à son retour, après quelques matchs en équipe réserve, elle se blesse à nouveau au bout de vingt minutes de sa deuxième entrée en jeu contre le Saint-Brieuc d’Eugénie Le Sommer et doit arrêter sa carrière de joueuse même si elle reprendra une licence et apparaîtra sur quelques feuilles de matchs en D2 pendant sa carrière d’entraîneuse. La (petite) histoire retiendra qu’elle a joué ses derniers matchs en D1 comme attaquante.

Bruno Bini en fait son adjointe en sélection mais lui laisse la possibilité d’aller entraîner Soyaux, d’abord comme adjointe de Bernadette Constantin puis comme entraîneuse principale à partir de 2010. Son premier fait d’arme est de faire remonter l’équipe charentaise en remportant le groupe B de D2 devant Issy. La saison suivante est plus difficile en D1 puisque son équipe ne remporte que deux matchs contre Hénin-Beaumont et Muret. Les trois équipes descendent en D2. Soyaux est alors au bord du gouffre, ayant consenti de gros efforts pour attirer la gardienne anglaise Rebecca Spencer, la défenseuse américaine Kathleen Smith et l’attaquante irlandaise Fiona O’Sullivan. Elle reste la saison suivante et permet à nouveau à Soyaux de remonter en remportant le groupe B de D2 devant La Roche-sur-Yon et Le Mans. Mais en fin de saison, elle quitte son club de toujours après une ultime victoire 6-0 sur Condé afin de se consacrer à l’obtention du DEPF1, nécessaire pour entraîner une équipe professionnelle.

La suite est connue : quelques semaines après l’obtention de son diplôme, elle est choisie par le président du Clermont Foot Claude Michy pour succéder à Helena Costa démissionnaire avant même de commencer. Suivent trois saisons terminées aux 12e, 7e et 12e place avec l’un des plus petits budgets de Ligue 2, et une désignation comme meilleur entraîneur de la division par France Football.

Après été pionnière à la télévision, elle est ainsi la première femme à obtenir le DEPF par la voie traditionnelle2 et la première à entraîner une équipe professionnelle en France3.

Une entraîneuse confirmée

Elle sera la huitième à entraîner l’équipe de France depuis 1970. Comme Pierre Geoffroy4, Élisabeth Loisel et Bruno Bini5, elle arrive en terrain connu. Comme Aimé Mignot, Philippe Bergerôo et Olivier Echouafni, elle pourra s’appuyer sur une expérience en tant qu’entraîneuse d’une équipe professionnelle6.

Sur le papier, sa nomination présente plus de garantie que celle de son prédécesseur et l’année supplémentaire passée devrait lui donner les coudées plus franches pour assurer la transition entre la « génération 2005 » et les joueuses qui ont remporté de nombreux titres et places d’honneurs dans les catégories de jeunes.

Sa première sélection va être attendue avec impatience, en particulier par les tenants de la révolution. Pourtant elle ne devrait pas faire table rase du passé. Alors que Camille Abily a déjà annoncé sa retraite internationale, Laura Georges, Élise Bussaglia et Élodie Thomis pourraient ne pas être rappelées mais elles avaient déjà eu un rôle très intermittent pendant l’Euro. De toute façon, la continuité des compositions avec les changements de sélectionneurs rappelle que ce n’est pas sur cet aspect que se fera la différence mais bien sur la tactique et le fond de jeu qui a manqué lors des deux dernières compétitions.

Bilan des sélectionneurs de l’équipe de France
Selectionneur Debut Fin J V N D Bp Bc Pts
Pierre Geoffroy 19/09/1970 30/05/1976 13 2 1 10 19 30 0,539
Francis-Pierre Coché 26/02/1977 16/05/1987 40 12 13 15 47 52 1,225
Aimé Mignot 24/10/1987 05/07/1997 82 37 17 28 127 102 1,561
Élisabeth Loisel 04/10/1997 22/11/2006 117 63 24 30 220 132 1,821
Bruno Bini 28/02/2007 22/07/2013 101 70 17 14 271 74 2,248
Philippe Bergerôo 20/09/2013 12/08/2016 55 42 5 8 142 25 2,382
Olivier Echouafni 16/09/2016 30/07/2017 15 8 6 1 23 7 2,000

La date de 2019 est depuis longtemps dans toutes les têtes, on pouvait se poser la question de la place de l’Euro 2017 dans la route vers de mondial à la maison. Corinne Diacre arrive avec l’avantage d’une ligne d’horizon claire. On peut ajouter une autre perspective importante. En 2024, Paris devrait organiser les Jeux Olympiques. La plupart des joueuses qui vont participer aux matchs de septembre contre l’Espagne et la Colombie devraient être encore en âge de postuler en 2024. Voilà toute une génération qui peut envisager de disputer deux compétitions mondiales à domicile durant sa carrière (puisque contrairement aux garçons, les Jeux Olympiques sont bien une autre Coupe du monde).

Deux ans de matchs amicaux

Déjà qualifiée, la France ne va donc disputer que des matchs amicaux pendant les deux prochaines années. Cela ne pose pas vraiment les problèmes que cela pose chez les garçons, au contraire. L’adversité dans les qualifications pour les tournois internationaux n’est pas suffisante pour permettre vraiment à une équipe comme la France de travailler. Les Bleues ont totalement manqué leur premier tour de l’Euro mais elles l’ont terminé invaincu. Et dans un groupe de qualification, il n’y aurait pas plus d’une équipe du niveau de l’Islande, de la Suisse ou de l’Autriche. La dernière fois que l’équipe de France a terminé un match de qualification sans l’avoir remporté, c’était en septembre 2010 en barrage contre l’Italie. Il y avait eu 0-0. La dernière fois qu’elle a perdu un match, c’était en juin 2007 en Islande.

La liberté dans le calendrier va permettre au nouveau staff de l’équipe de France d’affronter des équipes capables de la pousser dans ses retranchements à chaque fois, et comme on en reste souvent à la simple lecture des résultats, à ne pas se féliciter de victoires 1-0 en Grèce ou en Roumanie comme si c’était des performances encourageantes dans la perspective d’affronter les meilleures mondiales.

Au moment de l’attribution de la Coupe du monde 20077, Corinne Diacre rêvait qu’elle revienne à la France ce qui lui permettrait de finir sa carrière dessus. Finalement, elle devrait être la sélectionneuse de l’équipe de France qui jouera la Coupe du monde à domicile en 2019, avec une légitime ambition comme quatrième nation mondiale8.



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