Ni buts ni soumises » Rodez, l’équipe de la saison

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Rodez, l’équipe de la saison

Rodez réalise la meilleure saison de son histoire aussi bien en D1 qu’en Coupe de France où le RAF va affronter Lyon en demi-finale. Il s’impose clairement comme la meilleure des équipes de cet « autre championnat », celui qu’on trouve en dessous des quatre équipes qui se partagent les places d’honneur.

La bonne saison ruthénoise s’appuie s’un collectif rodé où un nouvel entraîneur et quelques nouvelles joueuses ont apporté une grande stabilité et une grande efficacité contre les adversaires directs.

Le Rodez Aveyron Football était 5e à la fin des matchs aller et a retrouvé cette place à trois journées de la fin. Sauf catastrophe il devrait la garder jusqu’à la fin de la saison et empocher le titre honorifique de meilleure équipe après le quatuor de tête pour lequel on voyait plus Guingamp ou Saint-Étienne en début de saison. Quoi qu’il arrive, avec au moins 49 points (et sans doute entre 52 et 55), il aura dépassé son score habituel depuis la montée en D1 qui était de 45 ou 46 points, permettant suivant les années d’obtenir une place entre la 6e et la 8e.

Déborah Garcia

Déborah Garcia

Et comme pour marquer le coup, il se retrouve aussi pour la première fois de son histoire en demi-finale de Coupe de France. Bien sûr le tirage au sort contribue à ce parcours. Quand les joueuses ruthénoises tombent en quart contre Juvisy en 2014 ou Lyon en 2008, en 8e contre Lyon en 2011 et Montpellier en 2012 (en ne cédant qu’aux tirs aux buts) et 2013, le chemin est plus difficile que cette année où le l’adversaire le plus huppé a été en quart de finale une équipe guingampaise en très grande difficulté. D’ailleurs l’an dernier, Rodez avait comme cette année terminé son quart de finale par une séance de tirs aux buts, perdue alors contre Saint-Étienne.

Bref si la demi-finale contre l’ogre lyonnais doit un peu aux circonstances, il est le fruit d’une progression constante d’un club qui a atteint régulièrement les 8e de finales, puis les quarts avant d’entrer en demi-finale cette fois-ci. Et bien entendu, cette progression est parallèle à l’évolution du club en championnat.

Une montée en puissance maîtrisée

Quand le RAF affronte l’OL en quart de finale en 2008, il s’agit d’une ambitieuse équipe de D3. Ambitieuse au point de monter, dans un contexte certes facilité par les circonstances. En effet, il termine 6e mais derrière quatre réserves d’équipes de D1 (Lyon, Montpellier, Saint-Étienne et Toulouse) et Muret, ce qui lui vaut de se qualifier pour l’un des deux tournois de barrages pour la montée en D2. Ces tournois regroupent quatre équipes dont trois montent. Une unique victoire contre Flacé-Mâcon permet aux coéquipières de Solène Barbance de finir à la troisième place devant leurs victimes et de monter. C’est une revanche sur la saison précédente où – ayant fini deuxième de la saison régulière derrière Albi – les Ruthénoises s’étaient écroulées lors du tournoi finale en ne récoltant qu’un nul insuffisant pour monter.

Mais si l’extraction de D3 aura été chaotique, le passage en D2 sera météorique. La première saison sert à apprendre et s’achève à la deuxième place, certes à 6 points de La Roche-sur-Yon qui aura emporté les deux confrontations directes mais également 19 points devant Tours qui complète le podium. La seconde saison est celle de la montée après un parcours totalement maîtrisé avec une seule défaite. Rodez découvre donc en 2010 la première division.

Fanny Hoarau

Fanny Hoarau

Le bilan dans l’élite était jusqu’à cette saison d’une régularité confondante avec 45 points (6 victoires, 5 nuls, 11 défaites en 2011 et 2014) ou 46 (7 victoires, 3 nuls et 12 défaites les autres saison), soit assez pour ne pas se faire trop peur pour le maintien mais pas pour viser beaucoup plus haut.

Cette saison Rodez se présente clairement comme la meilleure équipe derrière l’habituel quatuor. Mais ce n’est pas contre les équipes de tête que le bilan ruthénois est le plus flatteur. Cela avait particulièrement mal commencé avec 18 buts encaissés et aucun marqué contre le PSG, Juvisy, Montpellier et Lyon à l’aller. Au retour, le bilan s’est amélioré avec une courte défaite contre le PSG, un nul arraché face à Juvisy et une défaite plus lourde contre Montpellier en alignant une équipe privée de Solène Barbance et Flavie Lemaître.

Dans le même temps, Albi a réussi à battre Montpellier, et Saint-Étienne a poussé Juvisy et Montpellier au nul.

C’est donc dans les confrontations directes que Rodez assure sa domination. Seuls Soyaux et Saint-Étienne ont remporté l’un de leurs matchs contre le RAF (mais ont perdu l’autre), et Albi a obtenu deux nuls.

Et surtout, Il ne perd pas de points contre les plus mal classés : là où Saint-Étienne, Soyaux et Albi ont concédé des nuls contre Nîmes ou Saint-Maur (ou les deux), Rodez a fait le plein1.

Classement général en D1 sans les quatre équipes de tête

Classement général en D1 sans les quatre équipes de tête
Place Nom Pts J G N P Bp Bc Diff
1 Rodez 38 12 8 2 2 28 14 14
2 Soyaux 37 13 7 3 3 22 14 8
3 Albi 32 12 5 5 2 17 14 3
4 Guingamp 31 12 6 1 5 17 14 3
5 Saint-Etienne 29 11 5 3 3 20 13 7
6 La Roche-sur-Yon 28 12 5 1 6 20 23 -3
7 Nîmes 18 12 1 3 8 14 26 -12
8 Saint-Maur 17 12 1 2 9 17 37 -20

Des filles et des garçons

Le RAF est une sorte d’intermédiaire entre des clubs purement amateurs comme Juvisy ou Soyaux et les sections féminines de clubs professionnels masculins. Sous le nom de Stade Ruthénois, il a connu quelques heures de gloires chez les garçons avec un passage en D2 au début des années 90 au cours duquel il atteint les demi-finales de la Coupe de France, battu seulement par l’OM quelque jours après sa finale de Bari contre l’Étoile Rouge. En 1993 le club devient Rodez Aveyron Football et crée sa section féminine. Depuis il navigue chez les garçons entre la CFA2 et le National. Il a donc cette singularité d’être la seule équipe de D1 à faire partie d’un club comptant une équipe masculine qui dispute un championnat national mais qui n’est pas professionnelle2.

Depuis la demi-finale au Vélodrome, les Ruthénois ont régulièrement atteint les 32e de finales où les équipes de L1 entrent en lice comme la saison dernière où le Stade Paul-Lignon les a vu affronter Montpellier. Leur entraîneur était alors Franck Plenecassagne qui fait très symboliquement le lien avec l’équipe féminine. Il est cette saison l’entraîneur de l’équipe féminine U19 mais il a surtout été pendant huit saison l’entraîneur de l’équipe première qu’il a menée de la DH à la première division. Après deux ans de D1, il est remplacé en 2012 par l’ancienne internationale Élodie Woock qui quitte le club au bout d’un an pour raison professionnelles3. Elle est remplacée par l’entraîneur de Claix Nicolas Bach qui reste deux saisons avant d’annoncer son départ. Pour l’anecdote, il finit son aventure aveyronnaise en cumulant son pose d’entraîneur de l’équipe féminine avec un travail d’adjoint de celui de l’équipe masculine Grégory Ursule, nommé en remplacement de Franck Plenecassagne.

Une saison au paradis

Pour le remplacer, Nicolas Bach suggère aux dirigeants ruthénois le nom de Sébastien Joseph qui jusque là avait plutôt entraîné des équipes de jeunes et travaillé à la Ligue des Alpes. Sous ses ordres l’équipe semble donc avoir franchi un palier. Sa méthode qui consiste à responsabiliser beaucoup les joueuses et à s’appuyer sur une équipe très stable porte ses fruits.

Sébastien Joseph

Sébastien Joseph

À l’intersaison, Rodez a fait jouer la traditionnelle relation privilégiée avec Toulouse. Neuf des 24 joueuses apparues cette saison sous le maillot ruthénoise sont passées par les Violettes. Pour des clubs amateurs comme Albi et Rodez, il est normal de s’appuyer sur des joueuses qui ont eu besoin soit pour leurs études soit pour leur travailler de passer par la capitale régionale.

La navette a fonctionné à plein à l’intersaison : Maëva Buscaylet (et Chloé Mouly qui jouait beaucoup moins) partie au TFC a croisé Solène Barbance et Chloé Bornes qui avaient passé six mois sur les bords de la Garonne après leur départ d’Albi dans le courant de la saison dernière, ainsi que Manon Alard de retour au club quatre ans plus tard. Manon Guitard revient elle-aussi après être partie à Toulouse mais elle a fait un crochet de quelques mois par le LOSC.

Deux joueuses importantes ont quitté le club cet été. Sophie Vaysse, la meilleure Rafette de la saison dernière, est partie occuper le banc de Juvisy et Anaïs Ribeyra a retrouvé Nicolas Bach à Grenoble-Claix (après un court passage par Tremblay). Deux autres auront manqué quasiment toute la saison. Charlène Farruggia et Anne-Sophie Ginestet ont toutes les deux subi une rupture des ligaments croisés (avec l’équipe de France universitaire pour la seconde) et commencent seulement à reprendre.

Rodez a aussi tenté le recrutement de deux très jeunes joueuses mais la Lyonnaises Bettina Matondo est repartie au bout d’un mois pour Le Puy et la Paloise Laura Rueda n’est pas restée beaucoup plus longtemps, partie à Juvisy. En dehors de l’axe Ruthéno-Toulousain, le recrutement est donc venu d’Aurillac-Arpajon avec les arrivées d’Océane Saunier et de Sofia Guelatti.

Un axe Déborah Garcia-Marine Haupais-Solène Barbance-Flavie Lemaître

L’équipe type est assez proche de celle de la saison dernière, les remplacements se faisant quasiment poste pour poste. Dans l’axe défensif a côté de la capitaine Marine Haupais, la revenante Manon Alard remplace Anne-Sophie Ginestet. Chloé Bornes a pris à droite la place de Maëva Buscaylet alors que la championne du monde des moins de 20 ans Fanny Hoarau a définitivement pris la place à gauche.

Chloé Bornes, Manon Alard, Marine Haupais et Fanny Hoarau

La défense de Rodez : Chloé Bornes, Manon Alard, Marine Haupais et Fanny Hoarau

Au milieu, si les deux natives de Decazeville Audrey Cugat et Laurie Cance sont fidèles au postes, la Cadurcienne Sophie Vaysse a été remplacée par la Ruthénoise Solène Barbance. C’est sans doute un des grands exploits du RAF : réussir à remplacer une joueuse aussi importante par une autre qui l’est peut-être encore plus. Solène Barbance était de la montée en D2 mais elle était partie avant la montée en D1 à Toulouse où elle a joué deux saisons dans l’élite. Elle a ensuite connu parcours atypique : un transfert au PSG où elle arrive blessée et où elle ne joue presque pas, une année en Irlande à Peamount avant de revenir en France tenter sa chance en D1. Mais elle quitte Muret (comme la moitié de l’effectif) en court de saison, rejoint Albi en D2 avec qui elle monte. Elle quitte ensuite l’équipe tarnaise pour trouver asile à Toulouse en D2 avant enfin de revenir à Rodez cette saison. Son fort caractère qui lui a valu de ne pas accepter des situations qui la dérangeaient à Muret et Albi est sans doute un atout précieux pour la force mentale de Rodez cette saison.

L’attaque enfin bénéficie des retours de blessures de Stéphanie De Revière et Marine De Sousa. Les deux anciennes joueuses de Montpellier avaient manqué la quasi totalité de la saison dernière.

Solène Barbance (face à Aurore Paprzycki de Saint-Maur)

Solène Barbance (face à Aurore Paprzycki de Saint-Maur)

L’équipe type est très resserrée : onze joueuses seulement ont joué plus d’une mi-temps par match en moyenne et à chaque match neuf d’entre elles au moins sont titularisées (à l’exception du déplacement à Juvisy où elles n’étaient que sept). Les deux recrues cantaliennes Sofia Guellati et Océane Saunier ont eu droit à un peu plus d’une demi-heure de moyenne par match et aucune autre ne dépasse significativement le quart d’heure. Bref, Rodez s’appuie sur une ossature très claire.

Déborah Garcia - Chloé Bornes, Manon Alard, Marine Haupais, Fanny Hoarau - Audrey Cugat, Solène Barbance, Laurie Cance - Marine De Sousa, Flavie Lemaître, Stéphanie De Revière
Laurie Cance

Laurie Cance



Un commentaire pour “Rodez, l’équipe de la saison”

  1. Finalement, la demi-finale a été assez rude… Mais belle saison tout de même !

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