Ni buts ni soumises » Amandine Henry, le rêve américain

« Les Bleues peuvent-elles y croire ?

Les Jeux avant l’Euro »

Amandine Henry, le rêve américain

Amandine Henry jouera la saison prochaine dans le championnat américain NWSL pour les Portland Thorns. Elle sera la cinquième française à jouer pour un club professionnel américain mais la première a être précédée par un statut de star. Si tout se passe bien, ce sera une bonne nouvelle pour l’équipe de France

C’était un secret de polichinelle depuis qu’Amandine Henry avait déclaré lors de plusieurs interview qu’elle se considérait en fin de cycle à Lyon après neuf ans passés au club et que Portland l’avait placée sur sa Discovery List1. C’est désormais officiel, la n°6 de l’OL et des Bleues jouera la saison prochaine pour la franchise NWSL2 des Portland Thorns.

La saison prochaine est bien sûr une façon de parler puisque les saisons française et américaine sont décalées. La NWSL commence au mois d’avril pour s’achever en septembre avec une pause au mois d’août pendant les Jeux Olympiques mais Amandine Henry ne rejoindra Portland qu’à l’issue de son contrat avec Lyon qui court jusqu’à la fin de la saison française en juin. Il est même possible qu’en raison de la période de préparation pour les Jeux, elle ne débute sous ses nouvelles couleurs qu’au retour de Rio.

La cinquième

Quatre joueuses françaises l’ont précédée dans les championnats professionnels américains3. La première est Marinette Pichon, arrivée en 2002 dans la franchise du Philadelphia Charge. On joue alors la deuxième saison de la WUSA4 qui est la première tentative de championnat entièrement professionnel et qui attire toutes les meilleures joueuses mondiales. Avant le dépôt de bilan de la ligue en 2003, l’ancienne joueuse de Saint-Memmie joue deux saisons et est nommée meilleure joueuse et meilleure attaquante lors de la première.

En 2003, elle est rejointe par sa coéquipière chez les Bleues Stéphanie Mugneret-Béghé qui signe pour les Boston Breakers avec qui elle jouera donc une saison avant de retourner à Juvisy à la fin de la ligue.

Six ans plus tard, une nouvelle tentative de ligue professionnelle est lancée, la WPS5. Parmi les joueuses retenues figurent les Françaises Sonia Bompastor et Camille Abily qui jouent alors à Lyon. La première avait été choisie au deuxième tour de la draft par le Washington Freedom6 et la seconde est recrutée par le Los Angeles Sol de Marta.

La première saison des deux joueuses est très satisfaisante et les conduit à faire partie de la sélection pour le All-star game même si elles n’y participeront pas, retenues en équipe de France pour l’Euro 2009. Camille Abily est en outre vice-meilleure buteuse de la ligue derrière sa coéquipière Marta. La saison suivante, Sonia Bompastor fait de nouveau partie du All-star game et Camille Abily est championne avec le FC Gold Pride.

On retient que leur transfert avait été houleux en raison du décalage entre la fin de saison de l’OL en juin et le début de la saison américaine en avril. La direction du club lyonnais avait tenté de faire pression sur les joueuses pour les empêcher de partir mais elles avaient profité de l’absence de contrat professionnel de footballeuse en France pour rompre leur contrat amateur7.

Incidemment, c’est ce départ qui va inciter Jean-Michel Aulas à pousser la FFF à créer ce qui est désormais le contrat fédéral. Titulaire d’un tel contrat, Amandine Henry ne peut pas le rompre sans l’accord de son club, ce qui explique en partie qu’elle finisse la saison à Lyon et ne rejoigne Portland qu’en cours de saison américaine.

L’argent est maintenant en Europe

Mais le rapport de force s’est aussi inversé entre les clubs français et les franchises américaines. Les échecs au bout de trois saisons de la WUSA et de la WPS8 ont poussé les Américains à revoir un peu leur modèle et à viser plus petit en fixant un salary cap très bas. En 2015, il était de 265 000 $ par an par franchise. Avec un effectif de 20 joueuses et même en décomptant les allocated players9, cela ramène à un salaire mensuel moyen inférieur à 1 300 $. Le plus haut salaire en 2015 (hors allocated players donc) était de l’ordre 3 000 $, ce qui correspond en gros au bas de la grille de salaire de clubs comme le PSG ou Montpellier, Lyon étant au-dessus.

Dans le même temps, la France a créé un contrat professionnel et l’arrivée des clubs masculins dans le paysage a considérablement renforcé les moyens des clubs qui y sont adossés.

Ainsi si Portland semble avoir tenté de mettre les moyens pour attirer Amandine Henry, son salaire ne sera certainement pas aligné sur ce qu’elle touchait à Lyon et encore moins sur ce qu’elle aurait pu toucher en allant au bout des négociations avec l’OL. Même en comptant sur d’éventuels compléments, soit en nature comme un logement ou un véhicule, soit par le biais de revenus de sponsoring, ce n’est à coup sûr pas l’attrait financier qui l’envoie outre Atlantique.

« Le plus gros transfert de l’histoire de la NWSL »

Cette différence entre les « pauvres Américains » et les « riches Européens » explique sans doute en partie la tonalité des réactions à cette signature. L’arrivée de la joueuse française est présenté par les médias américains comme le plus gros transfert de l’histoire de la NWSL. C’est sans doute une exagération liée au fait que les stars américaines n’entrent pas dans ce cadre de transferts et que la précédente grande star (passée elle-aussi par Portland) Nadine Angerer venait en toute fin de carrière.

Mais cela traduit aussi le statut que possède désormais Amandine Henry. Si les quatre françaises qui l’ont précédée étaient internationales A, elles n’avaient pas vraiment de référence hors de France, ni en sélection ni en Coupe d’Europe. Au contraire, la Nordiste est double championne d’Europe en club, deuxième meilleure joueuse de la dernière Coupe du monde (sans atteindre les demi-finales et à un poste qui n’est pas le plus en vue d’habitude), deuxième meilleure joueuse d’Europe et parmi les dix joueuses nommées pour le titre de meilleure joueuse Fifa.

Alors que l’annonce n’était pas officielle et qu’il ne parlait encore que d’une joueuse qu’il tentait de faire signer sans dévoiler son nom, l’entraîneur de Portland Mark Parsons expliquait que normalement il ne pensait pas qu’il y avait une possibilité de recruter une joueuse de ce calibre et qu’il avait d’abord contacté d’autres joueuses principalement parce qu’elles lui semblaient plus accessibles.

Le nombre de places pour les joueuses étrangères10 est limité à trois, mais avec la possibilité d’échange entre franchises. Autant dire que Portland ne casse pas sa tirelire et ne bloque pas une de ces places pour une joueuse qu’il ne compte pas aligner. Elle arrive dans une équipe où elle devrait retrouver plusieurs anciennes joueuses du PSG, Lindsey Horan, Tobin Heath et Allie Long. Cette dernière est passée à Paris avant que celui-ci ne change de standing11 mais a marqué l’histoire du club par un doublé permettant au club de battre Francfort à Charléty (victoire insuffisante pour se qualifier) lors de sa première campagne européenne. Reconvertie au milieu, elle pourrait être la principale victime de l’arrivée d’Amandine Henry.

Un championnat plus dense

À l’américaine, le système de la NWSL est conçu pour équilibrer les forces et les règles permettent lors des intersaisons aux équipes les plus faibles de se renforcer aux dépens des plus fortes. Si l’on ajoute que chaque franchise dispose de 18 à 20 joueuses professionnelles, le niveau est en moyenne plus élevé qu’en France ou à peu près partout ailleurs et surtout la densité est très importante. Il n’y pas la différence de niveau entre les équipes qu’on voit en D1.

Outre le dépaysement, c’est sans doute ce que va chercher Amandine Henry : une compétition où une équipe qui joue le titre aura plus que quelques matchs disputés dans la saison. Sur le plan du football, elle n’aura évidemment aucun complexe à avoir. Largement au-dessus sur le plan technique, elle est une des joueuses françaises qui n’a rien à envier non plus aux Américaines sur le plan physique. Elle va sans doute progresser mentalement en jouant régulièrement avec et contre des championnes du monde. Toutefois si Marinette Pichon ou Camille Abily arrivaient en ayant à prouver (et d’abord à elles-mêmes) qu’elles étaient au niveau des stars qui les entouraient, ce n’est pas le cas d’Amandine Henry.

Il y a toujours des incertitudes avec un tel changement, concernant l’adaptation à un nouveau pays et à une nouvelle culture. Il y a aussi un risque de blessure dans un championnat très physique et joué en partie sur des terrains synthétiques de qualité variable. Mais il est vraisemblable que cette expérience va faire progresser Amandine Henry. C’est un bon point pour l’équipe de France.

Il y aura aussi des inconvénients mais qui seront sans doute négligeables. Il y aura donc une joueuse importante des Bleues de l’autre côté de l’Atlantique avec tout ce que cela comporte de difficultés : soit de fatigue en faisant venir la joueuse pour les matchs internationaux, soit en perte de repères collectifs en ne la faisant pas venir. Autre point de discorde entre club et sélection, l’Euro aux Pays-Bas se déroulera normalement en plein milieu de la saison 2017 de NWSL. Comme il s’agit de football où la Fifa impose des dates où les clubs sont tenus de libérer les internationales, cela ne devrait pas pénaliser l’équipe de France.

Celle qu’on regrette

Si globalement ce transfert devrait être essentiellement positif pour l’équipe de France, il n’en va naturellement pas de même pour l’OL. Amandine Henry est sans doute la meilleure joueuse du club et à 26 ans elle pouvait être considérée avec Eugénie Le Sommer et Wendie Renard comme la base sur laquelle appuyer la reconstruction avec les départs ou retraites annoncées dans les saisons prochaines de cadres comme Camille Abily ou Lotta Schelin. Elle sera bien sûr difficile à remplacer parce qu’elle est peut-être la meilleure du monde à son poste. Lyon semble parti pour frapper un gros coup à l’intersaison, à la fois pour la remplacer sur le terrain mais aussi pour réaffirmer son statut et ses ambitions. On parle en particulier de l’arrivée de Dzsenifer Marozsán qui si elle ne joue pas au même poste permettrait à l’OL de maintenir son statut. Plutôt que d’être le club qui se fait prendre sa meilleure joueuse, il serait celui qui va chercher l’une des meilleures joueuses allemandes dans l’un des meilleurs clubs allemands.

  1. Comme toujours dans le sport américain, le recrutement en NWSL est bardé de règles visant à assurer un équilibre entre les franchises. La Discovery List est la liste de joueuses sans contrat avec la ligue américaine avec qui une franchise négocie.
  2. National Women Soccer League
  3. D’autre françaises ont aussi joué pour des universités américaines comme Laura Georges à Boston ou Inès Jaurena en Floride.
  4. Women’s United Soccer Association
  5. Women’s Professional Soccer
  6. Draft qui ne concernait à ce stade que le droit pour la franchise de négocier avec le club. Ainsi Lotta Schelin avait été choisie par Saint-Louis au troisième tour et Louisa Necib par Washington au quatrième mais aucune des deux ne donnera finalement suite.
  7. Et démissionner des emplois pour lesquels l’OL leur versait une rémunération.
  8. Même si la fin de la WPS est dû à un conflit entre la ligue et le propriétaire d’une des franchises, le seuil de rentabilité n’était pas atteint les faillites de franchises se succédaient.
  9. Les allocated players sont les joueuses payées par les fédérations américaine et canadienne (et mexicaine jusqu’à cette saison) dont le salaire n’est donc pas dans le plafond salarial. Il s’agit principalement des internationales des équipes américaine et canadienne. Il y en a deux ou trois par franchise en général.
  10. International players, soit les joueuses qui ne sont ni Américaines, ni détentrices d’une green card, ni Allocated players.
  11. QSI a racheté le PSG en juin 2011 mais les investissements sur l’équipe féminine ont réellement commencé la saison suivante. On peut cependant considérer le passage des américaines Allie Long et Ella Masar comme les prémisses de ce changement d’ère.


6 commentaires pour “Amandine Henry, le rêve américain”

  1. Elle a raison d’aller voir ailleurs, elle a tout gagner avec Lyon, la D1 est loin d’être passionnante pour une joueuse comme elle. Après partir pour la saison prochaine avec l’Euro c’est peut-être un peu plus problématique. A voir si aussi ses genoux tiendront sur des pelouses comme celles-là bas. En tout cas un bon challenge pour elle.

    D’autres joueuses de l’EDF devrait peut-être prendre exemple, l’herbe peut paraître plus verte ailleurs. De plus, ça permettrait à certaines de sortir de leur train train quotidien, je pense notamment à des Necib, Renard, Le Sommer. Qui on tout gagner et qui peuvent se permettre de voir ce qu’il se passe ailleurs, pas forcément aux USA, mais Angleterre, Allemagne. Thiney aussi, qui pourrait sortir de son confort à Juvisy. Elle est dans une situation différentes, mais rester à Juvisy n’est pas forcément bon non plus. Elle ne progresse plus, comme les autres.

  2. Très triste de la voir partir parce que c’était un régal absolu de la voir jouer, et que désormais on ne la verra plus que pour les matchs de l’équipe de France. Une milieu récuperatrice physique, étonnamment rapide et à la relance exceptionnelle. Irremplaçable !

    Cela dit, si l’OL cherche vraiment des joueuses de la trempe de Marozsan pour pallier son absence, le renouvellement peut faire du bien à l’équipe ! Mais il faudra quand même une récupératrice, et à ce poste Kumagai reste un choix par défaut.

  3. Au fait, Portland, ça vaut quoi dans le paysage de clubs US ?

  4. Si le championnat se termine en septembre que fera-t-elle d’octobre à avril en dehors des matchs internationaux ?

  5. @Patrique : du tricot.

  6. C’est une équipe “moyenne +” j’ai l’impression. Y a Heath et Holiday je crois. Après le championnat US reste assez ouvert. Mais pour être honnête, et sans chauvinisme aucun, je ne crois pas qu’il y ait une équipe US du niveau de l’OL… (je parle du onze de départ actuel)

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