Ni buts ni soumises » Marie-Charlotte Léger, avant-centre des Bleues

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Marie-Charlotte Léger, avant-centre des Bleues

Ce soir, la France affronte la Norvège avec beaucoup d’absentes en attaque. Cela pourrait être l’occasion de voir enfin les grands débuts de celle qui est annoncée comme la future avant-centre des Bleues, Marie-Charlotte Léger.

À bientôt 20 ans, elle n’a pas encore vraiment démarré sa carrière internationale mais si elle n’est pas la plus précoce de l’histoire, elle est dans la lignée de ses actuelles coéquipières d’attaque et son parcours dans les sélections de jeunes parle pour elle.

Initialement appelée pour le match contre la Norvège, la leader de l’attaque bleue Eugénie Le Sommer a finalement dû déclarer forfait sur blessure. Clarisse Le Bihan est également indisponible, Gaëtane Thiney n’entre plus dans les plans du sélectionneur qui n’a pas non plus rappelé Valérie Gauvin, Laetitia Tonazzi ni Pauline Crammer qui avaient à une époque fait partie de ses listes, ni même une nouvelle comme Sarah Palacin ou Flavie Lemaître. Les joueuses qui remplacent numériquement les deux Bretonnes sont la Lyonnaise Delphine Cascarino et la Montpelliéraine Viviane Asseyi qui jouent actuellement plutôt sur un côté que dans l’axe.

Bref, il n’y a que deux avant-centres dans la liste, Marie-Laure Delie et Marie-Charlotte Léger. Bien sûr, le poste d’attaquante de soutien du 4-4-2 habituel de l’équipe de France peut-être tenu par une milieu très offensive, profil commun à Gaëtane Thiney et Clarisse Le Bihan par exemple. On verra donc peut-être Claire Lavogez ou Camille Abily dans ce rôle.

Mais la logique voudrait que la meilleure buteuse française actuelle du championnat puisse enfin s’exprimer sous le maillot bleu.

D’Hénin-Beaumont à Montpellier en passant par Metz

Née le 13 mars 1996 à Abbeville, Marie-Charlotte Léger fait ses débuts en D2 à Hénin-Beaumont en septembre 2012 à l’occasion de la réception de Compiègne. Elle marque d’entrée de jeu sur une passe de l’actuelle parisienne Léa Declercq. Cette saison là, elle fait l’aller retour entre l’équipe de D2 qui survole son groupe (19 victoires et un nul en 20 matchs) et dont les buteuses sont Aurélie Desmaretz (cette saison à Lillers après un passage à Arras l’an dernier) et Pauline Cousin (joueuse de l’Olympique de Marseille depuis deux ans), et l’équipe U19 qui finit première de son groupe du championnat de la catégorie avant de perdre en demi-finale. Elle marque 9 buts en 11 matchs en D2 et 11 buts en 8 matchs en U19.

Elle fait ses débuts en D1 pour la première journée de la saison 2013-2014 avec moins de réussite qu’en D2. Mais l’adversaire est de taille puisqu’il s’agit de Lyon. Elle réalise ensuite une bonne saison pour une joueuse de 18 ans, titularisée à peu près une fois sur deux et ajoutant quelques entrées en jeu pour finir avec quatre buts (dont trois contre la lanterne rouge Muret qui en encaisse 109 cette saison là). L’équipe d’Hénin-Beaumont termine à Gerland en alignant une équipe composée en grande partie des U19 de la saison précédente mais à cause d’un nul au même moment entre Saint-Étienne et Montpellier, elle est reléguée et la moitié de la jeune équipe alignée ce jour là part sous d’autres cieux.

Marie-Charlotte Léger se retrouve à Algrange qui fait le chemin inverse de la D2 vers la D1 et qui passe sous les couleurs du FC Metz. Collectivement, le parcours messin ressemble beaucoup au parcours héninois de l’année précédente avec une 10e place plus proche de la 9e et du maintien que de la 11e, mais avec une relégation à la clé.

Sur le plan individuel, elle s’affirme comme l’attaquante principale du club, malgré le recrutement de deux joueuses américaines, et finit la saison avec 8 buts.

Elle devient également capitaine de l’équipe de France U19 qu’elle contribue grandement à qualifier pour l’Euro en Israël en marquant cinq fois (sur huit buts au total) lors des trois matchs de qualification. Puis lors de la phase finale, elle trouve encore deux fois le chemin des filets. C’est elle qui ouvre le score en demi-finale contre l’Espagne lors de la traditionnelle élimination aux tirs aux buts.

Dans la cour des grandes

C’est donc assez naturellement que plusieurs équipes s’intéressent à elle à l’intersaison. Approchée par Lyon, elle préfère rejoindre Montpellier où elle a plus d’assurance d’avoir du temps de jeu. Et malgré la présence dans l’effectif héraultais de concurrentes comme Sofia Jakobsson, Viviane Asseyi, Valérie Gauvin et Laetitia Tonazzi, elle est la seule attaquante à avoir participé à tous les matchs (même si la Suédoise a eu plus de temps de jeu) et elle est la meilleure buteuse du club en ayant déjà quasiment atteint son total cumulé des deux saisons précédentes. Ses trois buts lors des deux premières journées lui valent même d’être appelée par Philippe Bergerôo contre le Brésil pour le premier match de la saison. Elle fait son entrée dans les arrêts de jeu sans avoir l’occasion de toucher le ballon.

Depuis elle a systématiquement fait partie de la sélection même si elle n’a retrouvé le terrain que pour une dizaine de minutes contre les Pays-Bas.

Attaquante puissante et opportuniste, elle a un profil particulièrement intéressant pour une équipe de France capable de dominer mais qui peine à marquer. Comme la plupart des jeunes joueuses, elle est souvent alignée sur un côté mais son vrai poste est clairement dans l’axe. Les diverses absences devraient lui donner l’occasion de s’exprimer mais le moment où elle n’aura plus besoin d’absences pour cela ne devrait pas tarder.

Précoce, mais pas trop

Bien qu’étant arrivée jeune en D1 puis en équipe de France, elle est assez loin des records de précocité. Véronique Roy et Sylvie Vuillaume ont connu leur première sélection (contre la Suisse dans les deux cas) avant d’avoir 15 ans. Mais c’était une autre époque, respectivement en 74 et 80. Parmi les joueuses actuelles, Camille Abily a débuté à 16 ans en 2001, mais elle n’a en réalité disputé que 4 minutes en deux matchs avant de ne revenir que trois ans plus tard à la suite de blessures. Laura Georges a commencé à 17 ans en 2001 et a enchaîné immédiatement, tout comme Sarah Bouhadi quatre ans plus tard. Louisa Necib, Laure Boulleau, Élise Bussaglia et Élodie Thomis ont aussi commencé à 18 ans. On notera que pour la plupart, il s’agit de joueuses passées par le CNFE, le centre de formation de Clairefontaine mis en place à la fin des années 90 qui a largement élevé le niveau du football français et permis à beaucoup de jeunes joueuses d’intégrer la sélection en prenant la place de joueuses moins bien préparées1. Ce qui explique aussi la très grande stabilité de l’équipe de France, un tiers de l’équipe présente à la dernière Coupe du monde était déjà à l’Euro 2005 en Angleterre.

En débutant à 19 ans et demi, Marie-Charlotte Léger est donc plutôt dans la norme actuelle, maintenant que les sélections de jeunes sont bien ancrées et que la différence de formation entre les génération n’est plus déterminante. Amandine Henry et Eugénie Le Sommer ont débuté plus vieilles de quelques semaines.

À l’age qu’a maintenant Marie-Charlotte Léger (20 ans dans deux mois), Laura Georges avait déjà 29 sélections, Élise Bussaglia 20 et Sarah Bouhaddi 18. Plus tôt, Emmanuelle Sykora en comptait 22 et avait marqué 8 buts, tout comme Marinette Pichon (en 12 sélections). Là aussi, on voit que (beaucoup) d’autres joueuses ont connu des démarrages beaucoup plus fulgurants. Mais ça ne dit rien sur la suite de la carrière : si Marinette Pichon continuera sur sa lancée, Astrid Lagrevol qui comptait 9 sélections et 7 buts à cet âge en 1998 ne sera plus rappelée ensuite (ce qui lui permet de conserver encore maintenant le meilleur ratio de but marqué par match chez les Bleues). Et si Eugénie Le Sommer comptait déjà 7 sélections et 2 buts à 20 ans tout comme Hodda Lattaf, Gaëtane Thiney et Marie-Laure Delie ont attendu d’avoir quasiment 22 ans pour avoir leur première sélection.

En club, le constat est à peu près le même : avec 52 matchs joués, Marie-Charlotte Léger est dans une norme assez classique à son âge dans les années récentes2 mais ses 24 buts sont assez remarquables. Bien sûr, ce total est loin des 45 buts de Pauline Crammer (qui comptait déjà 82 matchs de D1 à cet âge) ou des 34 d’Amandine Henry, une troisième nordiste d’Hénin-Beaumont. D’autres joueuses ont beaucoup marqué comme Vivane Asseyi (28 buts), Marie-Pierre Castera (24) ou Fanny Tenret (22) mais en jouant beaucoup plus, autour de 60 ou 70 matchs. Son profil la rapproche donc beaucoup plus de Marie-Laure Delie (25 buts en 47 matchs), Élodie Thomis (31 pour 55) ou Lilas Traïkia (26 pour 45), qui ne sont pas celles qui ont fait les moins belles carrières.

Bien sûr son ratio reste loin de celui de Lindsey Horan (26 buts en 34 matchs) et surtout d’Ada Hegerberg (26 buts en 22 matchs) mais il est certainement plus facile de marquer avec le PSG ou Lyon (ou Montpellier) qu’avec Hénin-Beaumont ou Metz.

Parmi les autres attaquantes des Bleues, Eugénie Le Sommer finissait à 19 ans et 10 mois sa deuxième saison avec Saint-Brieuc où elle avait joué 37 matchs et marqué 9 buts. Un an plus tard, elle était meilleure joueuse et meilleure buteuse de D1 avant de rejoindre Lyon. Clarisse Le Bihan comptait déjà 78 matchs mais n’avait marqué que 12 buts3, alors que Gaëtane Thiney n’avait joué que 43 matchs de D1 pour seulement 7 buts. Mais c’était à Saint-Memmie où elle jouait plutôt au milieu puisque la tâche de marquer était dévolue à Marinette Pichon puis à Déborah Jeannet.

Enfin, il est vraisemblable qu’il y a dix ans, elle aurait été au CNFE qui alignait une équipe en D1 et qu’elle aurait donc joué dans l’élite une partie des matchs qu’elle a disputé dans le championnat U19 qui n’existait pas alors. Ce qui rend sans doute les comparaisons assez aléatoires.



2 commentaires pour “Marie-Charlotte Léger, avant-centre des Bleues”

  1. Sympa l’article détaillé, mais on (enfin surtout moi) aurait aimé un peu moins de statistiques sur les âges etc…
    Et plus sur son jeu à proprement parlé
    Ce qui n’enlève rien à la qualité de l’article,
    Big up

  2. Dommage de ne pas avoir fait un article sur le match France-Norvège, qui aurait été plus intéressant, car au final Leger n’a pas plus jouer que les autres fois ou elle a été prise. Vu son peu de temps de jeu, ja l’a voit mal aux JO surtout avec la CM de sa catégorie juste après.
    De plus comparer Thiney et Leger c’est un fort car c’est pas le meme profile et pas le meme rôle. Leger se compare avec Delie, voir Le Sommer et si on remonte a M.Pichon mais certainement pas avec Thiney.

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