Ni buts ni soumises » À un tir près

« Au pied de la montagne

Le dernier carré programmé »

À un tir près

Il y a un air de déjà-vu dans ce quart de finale terminé aux tirs aux buts avec le sentiment qu’il y avait la place de passer. On aura bien sûr du mal à trouver des satisfactions d’une élimination mais les Bleues ont démontré qu’elles pouvaient maintenant faire jeu égal avec la meilleure nation mondiale.

Au delà du résultat brut, il ne s’agit certainement pas d’une régression par rapport à une élimination face à une équipe plus faible. Ce qu’il reste maintenant à faire, c’est de ne plus être l’équipe qui fait jeu égal avec la meilleure, mais à être la meilleure avec laquelle les autres cherchent à faire jeu égal. Peut-être à Rio ?

Un quart de finale. Une séance de tirs aux buts. Une élimination face à l’Allemagne. Beaucoup d’éléments de ce France-Allemagne sont des recyclages de l’histoire du football (y compris masculin). D’ailleurs il ne doit pas y avoir un commentaire d’après match qui ne tourne pas autour du thème « c’est toujours la même chose ».

En cinq quarts de finales (deux en Coupe du monde, deux à l’Euro et un aux Jeux Olympiques), la France a dû jouer quatre séances de tirs aux buts, ce qui est effectivement beaucoup. Elle a remporté tous son huitième (celui contre la Corée était le premier) et perdu ses deux demi-finales et ses deux matchs pour la troisième place.

La tentation est grande de penser que la France stagne à ce niveau de quarts de finaliste.

Mais on pourra pourtant s’autoriser à penser que perdre aux tirs aux buts face à l’Allemagne ce n’est pas tout à fait la même chose que le faire face au Danemark ou aux Pays-Bas, ou même gagner face à l’Angleterre.

Il y a deux écoles : celle de la défaite injuste de l’équipe qui a dominé. Et celle de l’équipe incapable de convertir ses occasions qui ne mérite pas de passer.

Photo Nati et Emi

Photo Nati et Emi

En se plaçant du point de vue de l’équipe d’Allemagne, ces deux réactions sont finalement assez exagérées. L’Allemagne a su faire le dos rond quand elle ne voyait pas le ballon pendant près d’une heure, mais elle a ensuite aussi eu sa période de domination. Elle finit avec un léger avantage en terme de possession de balle. Si elle a un peu moins tiré que les 24 tirs dont 4 cadrés des Bleues, elle a cadré 7 de ses 17 tentatives ce qui n’est pas non plus négligeable.

Mais ses attaquantes n’ont pas non plus été d’une efficacité époustouflante : il leur a fallu un pénalty sur une action qui n’était pas encore une occasion de but pour finalement marquer. Anja Mittag a été sortie dès la mi-temps, Célia Sasic n’a pas tellement eu l’occasion de se mettre en évidence, pas plus qu’Alexandra Popp. Et Simone Laudehr manque une occasion pas tellement moins nette que celles manquées en tout début de match par Louisa Necib ou en toute fin de match par Gaëtane Thiney.

Bien que les tirs aux buts soient un geste technique1, on évitera de tirer des conclusions trop binaires. La vérité de ce match, c’est que les deux équipes ont fini à égalité. C’est évidemment cruel pour l’équipe qui est éliminée.

Des progrès malgré tout

Le problème que posaient les éliminations des Euros 20092 et 2013, mais aussi le fait de devoir aller jusqu’au tirs aux buts pour éliminer l’Angleterre, c’est que malgré le discours misérabiliste qui avait cours, il s’agissait d’adversaire moins forts. La défaite contre le Canada en 2012 était du même acabit.

On parlait de la France qui joue bien et qui perd de façon cruelle, mais les Bleues n’avait jamais fait le poids contre l’Allemagne ou les États-Unis. Contre les premières, elles avaient été largement battues à chaque fois et contre les secondes, la qualité des enchaînements ne doit pas masquer qu’elles n’avaient jamais été en position de rater des occasions, le seul but venant d’un centre de Sonia Bompastor mal apprécié par Hope Solo.

Seul le match contre le Japon en demi-finales des Jeux de Londres pouvait donner cette impression que les Bleues faisaient jeu égal avec l’une des meilleures équipes du monde. Et encore, la domination française avait surtout eu lieu pendant la dernière demi-heure à 2-0 pour le Japon.

Il y a certainement une continuité dans la progression qui aurait sans doute été plus visible si la troisième nation mondiale n’avait pas été opposée à l’une des deux premières dès les quarts de finales par le non-tirage au sort3. Mais on peut espérer à l’avenir que des parcours dégagés comme en ont eu les Bleues en d’autres occasions4 leur permettront de pousser la compétition plus loin. Toutefois, il restera toujours à réaliser l’exploit contre les équipes mieux classées.

Selon la légende, après la demi-finale perdue par l’équipe de France de Handball masculin aux championnats du monde 2007 en Allemagne face au pays organisateur avec un arbitrage jugé litigieux, le sélectionneur de l’équipe de France aurait expliqué à ses joueurs que comme on ne pouvait rien sur ces éléments défavorables, la meilleure chose à faire était d’être toujours tellement au-dessus qu’ils ne seraient plus que des péripéties5. Son équipe a depuis remporté 7 des 10 compétitions qu’elle a disputé (et encore, deux des trois qu’elle n’a pas remporté était les euros disputé avec le frein à main en début des années olympiques).

C’est sans doute la voie à suivre pour ne pas subir l’incertitude d’un ballon qui roule dans un sens ou dans l’autre.

Le jeu et les joueuses

Il n’y avait pas de grosse surprise au coup d’envoi, les deux équipes étaient à peu près dans les compositions prévues. Seule Amel Majri entrait à la place de Laure Boulleau blessée. Il s’agissait sans doute de l’absence la moins pénalisante pour l’équipe de France, non pas pour la qualité de la joueuse absente mais parce que c’était sans doute le poste où la remplaçante était le plus près de la titulaire6. En face, c’était Melanie Leupolz qui était préférée à Dzsenifer Marozsan7.

Les deux équipes avaient annoncé qu’elles mettraient une grosse pression en début de match. Les Françaises pour rester dans leur habitude de marquer très vite pour se rendre la suite plus facile. Les Allemandes pour mettre la pression sur leurs adversaires et les faire douter.

À ce jeu, ce sont les joueuses de Philippe Bergerôo qui prenaient la main. Au bout de 40 secondes, Élodie Thomis prenait de vitesse Tabea Kemme et Annike Krahn pour servir parfaitement Louisa Necib au point de pénalty, qui ne cadrait pas sa reprise. Cette action sera finalement le résumé de toute la première heure.

Les Allemandes en étaient réduite à faire des fautes et à laisser passer l’orage.

La sortie d’Élodie Thomis

À la mi-temps, les Bleues avaient eu la possession du ballon et avaient tiré 14 fois contre seulement 6 pour les Allemandes. Mais les deux équipes n’avaient cadré que deux tirs.

La deuxième mi-temps reprenait sur le même rythme et le tournant du match intervenait à la 69e minute quand Philppe Bergerôo décidait de sortir Élodie Thomis pour faire entrer Claire Lavogez.

Le sélectionneur de l’équipe de France a certainement fait beaucoup progresser son équipe et son équipe a été parfaitement menée pour être à son meilleur niveau le jour J8 et pas avant. Mais ses changements ont semblé couper les ailes à son équipe, au propre et au figuré9. Claire Lavogez a fait une entrée remarquable tout comme Kheira Hamraoui plus tard qui a permis à la France de reprendre la maîtrise au milieu. Mais la première a pris la place d’une Élodie Thomis qui mettait l’arrière garde allemande à l’agonie, ce qui a permis à Tabea Kemme de remettre son jeu à l’endroit, même si l’entrée de Sarah Däbritz à la place d’Alexandra Popp à peu près au même moment a aussi joué dans le rééquilibrage de ce côté gauche allemand.

De même, la sortie de Marie-Laure Delie a fait avancer Camille Abily dans un poste de soutien de l’attaquante plus difficile à tenir au bout de 100 minutes et pour lequel elle a besoin d’un vrai point d’appui que ne constitue pas Gaëtane Thiney. Le duo d’attaque composé de Camille Abily et Gaëtane Thiney n’avait pas fonctionné contre l’Écosse au tournoi de Chypre 2014, il avait peu de chance de fonctionner contre l’Allemagne en quart de finale de Coupe du monde. La qualité des deux joueuses n’est pas en cause mais aucune n’a le profil d’une avant-centre. Cela explique d’ailleurs l’entrée difficile de la Juvisienne, obligée de jouer à un poste qui n’est pas son meilleur face à la meilleure équipe du monde avec derrière elle une équipe fatiguée qui peine à la servir.

Le remplacement d’Anja Mittag par Dzsenifer Marozsan à la mi-temps a aussi permis à l’Allemagne de se trouver un point d’appui pour sortir les ballons ce qu’elle n’avait pas du tout en première période.

Sarah Bouhaddi concentrée pendant 120 minutes

Sarah Bouhaddi avait été beaucoup critiquée pour son début de Coupe du monde. Elle avait répondu dans la presse et elle l’a aussi fait sur le terrain. Elle a constamment servi de point d’appui pour permettre à sa défense de se donner de l’air, et cette fois ci ses coéquipières ont évité de la mettre trop en difficulté. La précision de son jeu au pied a permis le développement de plusieurs actions.

Jessica Houara a comme d’habitude rendue une copie impeccable tant offensivement que défensivement. Elle a beaucoup cherché Élodie Thomis dans le dos de Tabea Kemme et elle n’est sans doute pas étrangère au match quelconque d’Alexandra Popp. Et elle a été à deux doigts d’offrir à Gaëtane Thiney le but de la victoire dans les derniers instants du match.

Wendie Renard et Laura Georges ont éteint Anja Mittag et bien contrôlé Célia Sasic en limitant les prises de risques. La capitaine a limité ses projections vers l’avant. Elle n’aura par contre par réussi à marquer durant cette Coupe du monde.

Remplaçante au pied levé de Laure Boulleau, Amel Majri a confirmé qu’elle était mieux qu’une remplaçante, n’hésitant pas à provoquer encore et encore, y compris en toute fin de match alors qu’elle semblait touchée.

Malgré les démentis allemands, il y avait bien un plan anti Amandine Henry, consistant en partie à ne pas lui laisser d’espace et en partie à faire faute sur elle dès qu’elle s’échappait. Elle n’a donc pas eu son rayonnement habituel. Mais elle n’a pas été en dessous de Lena Goeßling, ce qui est une référence. La joueuse de Wolfsbourg a même été sortie à 10 minutes de la fin du temps règlementaire, sans doute pour permettre l’entrée de Melanie Behringer pour tenter de faire la décision sur coup de pied arrêté.

Camille Abily a contrôlé le tempo de la partie, ce qui devait permettre aux Bleues de tenir physiquement tout le match. Elle a régulièrement tenté de trouver directement ses attaquantes avec une réussite irrégulière. Replacée en attaque en fin de prolongation, elle n’a pas trouvé la faille.

Élodie Thomis aurait pu être la joueuse du match. Elle a profité de l’attention portée à Eugénie Le Sommer pour avoir quelques libertés sur son côté droit qu’elle a proprement ravagé. Elle a offert plusieurs balles de buts pour ses coéquipières, en a donné quelques une moins précises mais souvent à la suite d’actions qui avec une autre joueuse n’auraient même pas donné l’occasion de rater une passe. Sa sortie est certainement le tournant du match.

Pourtant Claire Lavogez a fait une très bonne entrée en tentant beaucoup et en apportant l’appui défensif demandé. Elle a provoqué plusieurs action chaude et c’est sa combativité qui a amené la dernière occasion française de Gaëtane Thiney. Il y a un an, elle marquait le tir au but décisif dans le même stade en quart de finale de la Coupe du monde M20 face à la Corée du Sud. Elle a eu moins de réussite cette fois.

De l’autre côté, on a enfin retrouvé Louisa Necib au meilleur de son jeu. Usant de sa technique pour se sortir de situations difficiles mais lâchant son ballon dans le bon temps, elle est (et de loin) la joueuse qui a le plus tenté sa chance. Son but est une récompense logique de son match.

Eugénie Le Sommer est sans doute la seule joueuse française qui a déçu sur ce match. Mais cela vient sans doute de ce qu’elle était la plus attendue et qu’elle n’a pas été lâchée d’une semelle pendant 90 minutes. Elle a été remplacée pour la prologation par Gaëtane Thiney qui n’a eu que 10 minutes pour tenter quelque chose, ce qu’elle a beaucoup fait avec peu de réussite. Ensuite avec la sortie de Marie-Laure Delie, elle s’est retrouvée seule en pointe dans une position qui ne convient pas à ses qualités.

Marie-Laure Delie a beaucoup pesé sur la défense allemande et permuté à l’occasion avec Élodie Thomis pour faire des misères au côté gauche allemand. Mais elle n’a pas réussi à marquer.

Elle a été remplacée durant la deuxième période de la prolongation par Kheira Hamraoui qui a parfaitement récupéré et relancé, sans commettre aucune faute, ce qu’on lui reproche souvent.

  1. Et le fait que les Bleues n’aient remporté que la séance face à une Angleterre notoirement faible dans cet exercice et qu’elles sont en majorité des joueuses de l’OL qui perd avec une régularité consternante toutes ses séances doit sans doute mener à une réflexion sur le travail à effectuer pour que cela soit au moins une loterie plutôt qu’une assurance de défaite.
  2. Bien que présentée comme un exploit…
  3. Même si ce n’est ni très fair-play ni très facile, on regrette presque que les Bleues n’aient pas laissé le premier match aux anglaises.
  4. En 2009 et 2013, en dehors d’un match du premier tour contre l’Allemagne dans le premier cas, elles avaient un chemin vers la finale sans aucune équipe mieux classée. En 2011, c’était jusqu’en demi-finales.
  5. La légende brode sans doute sur une phrase prononcée immédiatement après le match nettement plus critique sur l’arbitrage et nettement moins volontariste : « Ce Mondial est fait pour les Allemands et la pression des instances internationales a certainement joué. Nous savions qu’il fallait 3-4 buts d’avance pour gagner d’un but. » Ce qui ne change pas vraiment l’idée que plus une équipe a d’avance sur son adversaire, plus elle sera à l’abri des coups du sort. Et puis quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende.
  6. Une absence d’une des deux attaquantes de pointe aurait aussi pu être très bien compensée par l’entrée de Gaëtane Thiney, mais il aurait alors manqué une solution en cours de match.
  7. Note pour Thomas Bihel qui non seulement a zozoté son nom pendant plus d’une heure mais qui s’est en plus permis de reprendre Laure Lepailleur : Dzsenifer Marozsan est née à Budapest de parents hongrois et le Wikitionnaire indique comment se prononce le “zs” en hongrois.
  8. Même si le meilleur niveau ne suffit pas pour battre l’équipe d’Allemagne, le match n’est sans doute pas très loin d’être le meilleur que puisse faire une équipe de France à l’heure actuelle.
  9. Il semble qu’Élodie Thomis a demandé elle-même à sortir pour un début de crampe.


4 commentaires pour “À un tir près”

  1. J’ai peur que Thiney devienne “le nouveau Ginola” et qu’on lui rabâche son occaz toute sa vie

  2. Le tournant du match n’était-il pas plutôt l’ouverture du score ? Les Françaises se sont immédiatement mises à paniquer à partir de ce moment-là. Et si Lavogez a globalement fait une bonne entrée, elle nous a gratifiés d’une simulation très laide qui, si elles nous avait fait gagner, aurait transformé l’image de notre équipe unanimement saluée comme la plus impressionnante, en l’image d’une équipe de tricheuses.

    Autre chose, avez-vous l’intention d’écrire un papier sur le traitement de la compétition par le journal l’Equipe, à la fois sans précédent en nombre de pages, mais aussi d’une condescendance telle que la défaite semble les avoir soulagés ?

  3. Oui tout à fait d’accord avec @Fabien, le Journal l’équipe a franchement abusé.

    Pour le match lui même, “rien” à redire, je pense que les bleues ont vraiment fait de leur mieux, elles ont tout donné mais voilà pour faire rompre l’Allemagne apparemment il en faut davantage. Et ce plus il va falloir aller le chercher en élevant le niveau du championnat (D1). La D1 est trop simple, aucun enjeu, aucun suspense, trop confortable pour les joueuses importantes de l’EdF qui évoluent notamment à Lyon. Tant que a sera comme ça, les bleues auront du mal à passer dans les matchs couperets face à l’Allemagne. En Bundesliga, les “chocs”se jouent presque chaque semaine, on attend la dernière seconde de la dernière journée pour connaître l’identité du vainqueur du championnat. Tout ça contribue à avoir des joueuses de qualité qui savent résister à la pression. Il faut vraiment voir la piste d’un championnat plus relevé.

    Pour terminer,la phrase prononcée en fin de math par je ne sais qui comme quoi l’Allemagne serait favorisée est vraiment ridicule. Quel aveux de faiblesse!!!
    Si les organisateurs avaient vraiment voulu favoriser l’Allemagne, il aurait été plus simple de la placer dans le groupe du Japon qui lui a un parcours tracé vers la finale.

    Non vraiment non. De tels propos viennent ternir la belle prestation des bleues malgré la défaite.

  4. Bref, si tu vas à Rio n’oublie pas ton libéro…

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