Ni buts ni soumises » Au petit trot

« Ô Canada

La sensation camerounaise »

Au petit trot

Les Bleues ont démarré leur Coupe du monde par une victoire. L’avenir dira si c’est une bonne nouvelle. Face à un adversaire qui n’avait pas tellement envie de gagner, elles ont géré la rencontre de bout en bout sans se faire tellement de frayeur. La qualification pour les huitièmes de finales est (déjà) en bonne voie mais le quart contre l’Allemagne se profile de plus en plus, sauf si la Norvège crée la surprise.

Le discours (de façade) du staff de l’équipe de France a bien pris dans les médias : le premier match est le plus important, il faut absolument battre l’Angleterre, l’adversaire le plus difficile du premier tour, sous peine de ne pas voir les huitièmes de finales. On écoutera avec attention pour savoir comment ce discours va évoluer pour expliquer que la Colombie puis le Mexique sont des équipes aussi dangereuses que l’Angleterre.

Dans la réalité, l’importance du premier match était assez faible et l’intérêt d’une victoire était même discutable. Pas au point de chercher à perdre, ce qui n’est pas dans l’esprit et sans doute pas non plus dans la règle mais au moins à ne pas se focaliser trop sur ce match.

Il aurait été envisageable de faire tourner l’effectif, mais cela se fait plus facilement lors d’un troisième match de poule après deux victoires. La composition de départ a montré que Philippe Bergerôo ne faisait pas l’impasse sur ce match mais le rythme est resté assez bas pour ne pas user prématurément les organismes. Le peu de velléités offensives adverses et les conditions météorologiques font aussi qu’il n’était sans doute ni possible ni nécessaire d’aller plus vite.

On évitera donc de tirer trop de conclusions définitives d’un premier match de poule. Ni sur le rythme des Françaises ni sur le niveau des Anglaises, surtout que les premières en ont fait assez pour gagner et que les secondes ne cherchaient sans doute pas à le faire.

Laure Boulleau titulaire

On a au moins un premier élément de réponse à la seule question qui se posait encore au sujet de l’équipe type : Laure Boulleau semble être titulaire au poste d’arrière gauche. Pour le reste, on a pu voir l’équipe qui est alignée depuis près de deux ans quand tout le monde est disponible.

Comme souvent dans ce genre de matchs faciles, Sarah Bouhaddi n’a pas paru totalement concentrée mais l’essentiel sera qu’elle le soit lors des matchs à élimination directe. On aurait pu associer à peu près n’importe quelles joueuses de l’effectif en charnière centrale tant les Anglaises ont été inoffensives. Un match où le rôle de la défense centrale est de relancer, ce n’est pas tellement pour Laura Georges qui sera beaucoup plus à l’aise quand il y aura des adversaires avec qui aller au combat. En attendant, elle a pu tranquillement reprendre après les petites blessures qui ont perturbé sa préparation. Wendie Renard est plus faite pour ce rôle, elle a alterné les relances courtes et longues sans forcer.

Dans un match où la défense n’est pas sous pression, on attend toujours beaucoup de latérales aussi offensives que Laure Boulleau et Jessica Houara. Mais comme toutes les autres, il était sans doute un peu tôt pour les voir s’épuiser dans les allers-retours, surtout face à un adversaire qui bloquait autant les couloirs. On les reverra dans un contexte qui leur sera beaucoup plus favorable face à des adversaires moins bien organisés puis, on l’espère, face à des adversaires qui ne considèreront pas la France comme un favori contre qui il ne faut surtout pas jouer.

Présentes et disponibles, Amandine Henry et Camille Abily ont bouché les quelques espaces et tenté d’orienter le jeu sans grande envolées. Ce n’est pas ce match qui va mettre en valeur le volume de jeu de l’une et le sens du jeu de l’autre.

Les ailes bloquées

Un des enjeux de la partie a été la gestion des ailes. La France joue dans un 4-4-2 assez asymétrique avec deux ailières (ou milieux excentrées) qui ont des profils diamétralement opposés. Là où Louisa Necib utilise sa technique pour repiquer dans l’axe, Élodie Thomis profite de sa vitesse pour déborder. Assez naturellement, la France a besoin d’une latérale gauche très offensive pour éviter que son jeu ne penche trop vers la droite puisque Louisa Necib vient régulièrement jouer le rôle de meneuse en phase offensive.

Les deux joueuses ont leurs admirateurs et leurs détracteurs (dans des proportions différentes) mais toutes deux sont particulièrement craintes par les adversaires des Bleues.

Pour contrer Élodie Thomis, Lucy Bronze s’est quasiment transformée en une deuxième arrière gauche pour venir épauler Claire Rafferty. De l’autre côté, c’est plutôt Fara Williams qui a partagé avec Alex Scott la surveillance stricte de Louisa Necib, la suivant à peu près dans toutes les zones du terrain en dehors des coups de pieds arrêtés que la joueuse de l’OL a tiré côté droit. L’ailière Jill Scott venant parfois compléter la prise à trois.

En donnant un peu plus de rythme, les Bleues auraient pu tirer partie de ces surnombres anglais sur les côtés pour trouver des espaces dans l’axe.

C’est d’ailleurs sur une action totalement axiale que la France a marqué mais de façon fortuite. Amandine Henry a trouvé Gaëtane Thiney à 40m du but adverse. La Juvisienne s’est avancée avec à quelques mètres d’elle Louisa Necib mais a cherché Élodie Thomis elle-aussi dans l’axe devant elle. Son ballon contré, elle l’a récupéré puis laissé Eugénie Le Sommer marquer. Bref, si les Bleues sont bien passées dans l’axe, les deux joueuses de côtés étaient aussi dans l’axe avec leurs gardes du corps, ce qui ne libérait pas vraiment d’espace.

Mais actuellement, Eugénie Le Sommer n’a pas vraiment besoin d’occasion pour marquer. Preuve de sa confiance, elle n’a pas hésité à tenter plusieurs autres frappes de loin, qui ont connu moins de réussite. Sa complice d’attaque Gaëtane Thiney a moins tenté mais a rappelé sur deux ou trois accélérations ou contrôles de balles qu’elle jouait comme les autres avec le frein à main mais que ça ne devrait pas durer.

Samedi, c’est la Colombie qui se dressera sur la route des Bleues. Aux Jeux Olympiques de Londres, elle avait bien résisté après avoir encaissé un but d’Élodie Thomis en tout début de match. Même si les choses sont bien engagées pour le huitième de finale, il est probable que Philippe Bergerôo fera confiance aux mêmes, réservant sa rotation pour le troisième match avec une équipe éventuellement déjà qualifiée.



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