Ni buts ni soumises » Paris mange les louves

« Une finale entre habituées

Paris au rendez-vous »

Paris mange les louves

Le PSG a réalisé un véritable exploit en allant s’imposer 2-0 à Wolfsbourg en demi-finale aller de la Coupe des Championnes. L’équipe allemande était jusque là invaincue dans cette compétition qu’elle a remporté pour ses deux participations.

Les joueuses de Farid Benstiti ont montré que si leur effectif n’avait pas à rougir face celui de l’équipe adverse sur le papier, c’était aussi le cas sur le terrain.

Toutefois, il faudra finir le travail dimanche prochain à Charléty, les équipes allemandes et celle-ci en particulier ayant déjà montré qu’elles étaient capable de renverser des situations mal engagées.

On a beaucoup parlé de l’exploit du PSG réussissant à se qualifier pour sa première demi-finale de Ligue des Championnes en battant Glasgow. C’est très dommageable à deux titres.

D’abord parce que cette qualification ne faisait que réparer une forme d’aberration statistique. Le PSG était jusque là la seule équipe française à avoir disputé la Coupe d’Europe sans jamais arriver en demi-finales. Le tirage au sort qui l’avait vu affronter rapidement dans la compétition successivement Francfort en 2011-2012 et Tyresö la saison dernière (soit deux futurs finalistes) était une bonne explication de ce phénomène. Mais la place du PSG est d’aller régulièrement au moins en demi-finale.

L’autre inconvénient de cette débauche de superlatifs est qu’il n’en reste plus en stock pour le tour suivant. À la rigueur, la qualification en quarts de finales contre Lyon avait une meilleure allure d’exploit que l’exécution d’une très faible équipe écossaise.

Là c’est un authentique exploit que vient de réaliser l’équipe de Farid Benstiti en allant s’imposer 2-0 à Wolfsbourg. L’équipe allemande ne participe à la Ligue des Championnes que pour la troisième fois (comme le PSG) mais elle a remportée le titre les deux premières fois et n’avait encore jamais connu la défaite, ne concédant que quatre nuls en 24 matchs.

Double championne d’Europe en titre, l’équipe de Wolfsbourg dispose d’un effectif impressionnant avec 17 joueuses qui ont remporté la compétition1, toutes internationales et totalisant près de 900 sélections. Mais le PSG n’a pas vraiment à rougir sur le papier. Seules 5 des ses joueuses ont remporté la Ligue des Championnes2, Aurélie Kaci et Caroline Seger ont aussi joué une finale. Mais cette différence est surtout liée au fait que les titres de Wolfsbourg sont très récents3. 19 parisiennes sont internationales pour près de 1000 sélections.

Shirley Cruz

Shirley Cruz

Comme son adversaire, le PSG est adossé à un club professionnel qui lui permet d’avoir un budget et des conditions de travail nettement au dessus de la moyenne européenne. L’histoire est un peu différente parce que si le VfL Wolfsbourg provient de l’intégration du Wendschotter SV Wolfsbourg en 20034, comme pour beaucoup de sections féminines de clubs professionnels masculins, le PSG dispose d’une équipe féminine depuis la création du club au début des années 70. Toutefois, jusqu’à la fin des années 2000, cette équipe ne disposait pas vraiment de plus de moyens qu’une équipe qui n’aurait pas été liée à un club professionnel. L’arrivée de QSI à la tête du club a permis de poursuivre et d’augmenter la montée en puissance qui avait déjà été entamée quelques années plus tôt.

Le PSG est donc considéré depuis la saison dernière comme l’un des favoris au titre continental. Il manquait de le montrer sur le terrain. La qualification contre Lyon était un premier pas. Mais la manière – attendre et compter sur un exploit individuel – pour efficace qu’elle ait été ressemblait plutôt à celle de la petite équipe qui cherche à maximiser l’alea pour augmenter ses chances de battre la grosse.

Le banc du PSG

Contre Wolfsbourg, c’est par le jeu que le PSG est allé chercher sa victoire. Il n’y a pour ainsi dire eu qu’une équipe sur le terrain. Wolfsbourg ne s’est procuré qu’une occasion à peu près franche en tout début de match quand Alexandra Popp a buté sur Katarzyna Kiedrzynek.

À tel point qu’on aurait presque le sentiment que c’était Wolfsbourg qui était faible. D’ailleurs il lui manquait plusieurs joueuses importantes. Mais Wolfsbourg n’a pas eu besoin de Nadine Keßler5 pour être en tête de la Bundesliga et en demi-finale de la Ligue des Championnes. Il est difficile à dire si Almuth Schult aurait arrêté l’un des deux buts mais elle n’aurait sans doute pas permis d’améliorer sensiblement le jeu de son équipe. Luisa Wensing et Lena Goeßling ont sans doute plus manqué même si Wolfsbourg a eu l’occasion de jouer 7 matchs convaincants sans la première et que la seconde a assez été absentes pour que son équipe sache jouer sans elle. Zsanett Jakabfi n’a presque pas joué cette saison et Viola Odebrecht pas du tout, et parler des absence de Maren Tetzlaff ou Laura Vetterlein obligerait à citer celles de Léa Declercq ou Ghoutia Karchouni côté PSG.

Mais certes, Wolfsbourg était diminué. Le PSG devait de son côté composer avec les blessures plus ou moins graves de Laura Georges, Fatmire Alushi (cependant présentes sur la feuille de match), Lindsey Horan et Josephine Henning.

Sabrina Delannoy ouvre le score pour le PSG

Sabrina Delannoy ouvre le score pour le PSG

La profondeur de banc est sans doute une grande force du PSG cette saison et c’est clairement une stratégie calculée. Cela explique certainement en partie la qualification contre Lyon en 8e : le PSG a l’effectif pour jouer trois matchs de haut niveau en une semaine, Lyon ne l’avait pas (ou ne s’en est pas servi). Le PSG est aussi plus capable que Wolfsbourg de se passer de trois titulaires. À condition sans doute qu’il ne s’agisse pas de Shirley Cruz, absente du dernier gros match des Parisiennes contre Lyon.

Par rapport à ce match, Farid Benstiti a répondu d’une manière totalement opposée à un problème similaire : Laura Georges et Josephine Henning légèrement blessées, il les avait toutefois alignées contre Lyon, écartant sa capitaine Sabrina Delannoy côté droit et faisant monter Jessica Houara d’un cran. Contre Wolfsbourg, il n’a cette fois pas hésiter à faire confiance à Annike Krahn et Sabrina Delannoy, ce qui lui a permis de laisser tout l monde à son vrai poste. Le paradoxe est que le PSG a tellement dominé que la défense centrale n’a quasiment pas eu à s’employer (et dans ce contexte la qualité de relance de Sabrina Delannoy apporte certainement beaucoup plus que les qualités de duelliste de Laura Georges).

Les côtés de la défense qui sont ceux de l’équipe de France et le cœur de l’équipe composé de Shirley Cruz et Caroline Seger ont été au niveau que l’ont pouvait attendre, c’est à dire très élevé. Mais l’attaque n’a pas été en reste. Il n’y a pas eu beaucoup d’occasion mais le jeu dos au but de Marie-Laure Delie a été précieux pour permettre au PSG d’avancer en permanence et de maintenir la pression sur la défense allemande.

De l’intérêt d’un calendrier adapté

Un autre axe de la victoire parisienne a été une nette supériorité physique assez à rebours des idées reçues sur les confrontation franco-allemandes. Pourtant depuis que les clubs français sont professionnels, ils n’ont plus vraiment de complexe à avoir, encore moins pour les équipes de Farid Benstiti qui accorde une grande importance à la question.

Le PSG n’avait joué que ses deux matchs contre Glasgow depuis celui contre Lyon le 21 février. Entre temps, Wolfsbourg en a joué 8, le dernier trois jours avant cette demi-finale. On se demandait si le PSG allait plus manquer de rythme que Wolfsbourg ne serait fatigué. On a sans doute une réponse. Et d’ici le match retour, Wolfsbourg va encore jouer un match de Bundesliga contre Essen.

Maintenant, il reste à transformer cette victoire en qualification. Le match restera de toute façon un exploit, mais il sera dans le vide si les Parisiennes ne sont pas à Berlin le 14 mai. La manière incite encore plus à l’optimisme que le simple résultat. Mais on se gardera (et on espère que le staff et les joueuses parisiennes s’en gardent encore plus) de penser que la qualification est déjà acquise.

Les deux précédentes victoires française dans un match aller en terre allemande s’étaient conclues par une élimination. Mais il s’agissait de deux victoires 1-06 : en 2006, Montpellier était allé s’imposer 1-0 à Francfort en demi-finale aller, mais s’était incliné 3-2 au retour (en l’absence de Sonia Bomastor et Camille Abily suspendues). La saison dernière, Lyon avait gagné 1-0 à Potsdam avant de perdre 2-1 au retour7. Là il y a un but de plus à défendre, et la possibilité de faire mieux que le défendre.

Wolfsbourg avait concédé le nul 1-1 sur sa pelouse au tour précédent contre Rosengård et s’est retrouvé mené 2-1 avant de ne prendre l’avantage qu’à 10 minutes de la fin. De même, lors de la finale de l’an dernier, il avait été mené 2-0 puis 3-2 avant de l’emporter. Il s’agit donc d’une équipe qui a la capacité de rattraper une situation mal engagée.



Un commentaire pour “Paris mange les louves”

  1. PAs tout à fait d’accord avec vous quand vous dites que “le PSG a tellement dominé que la défense centrale n’a quasiment pas eu à s’employer”.

    Paris n’a pas “tellement dominé”, loin de là. Paris a eu la maîtrise c’est à dire qu’il était bien en place défensivement notamment, bien organisé. Cela lui a permis de ne pas se faire renverser pas Wolfsburg et donc de garder le controle. Si la défense centrale n’a pas eu à s’employer c’est parce que tout le monde était concerné par les taches défensives.

    Paris a marqué sur peno et sur un exploit individuel de Cruz. Il ne s’est pas procuré beaucoup d’occasions comme pourrait laisser croire votre “tellement dominé”.

    Et c’est bien pour ça que ce n’est pas encore gagné. Il faudra avoir la même si ce n’est plus de maitrise collective et défensive qu’au match aller car les allemandes vont prendre tous les risques.

Répondre