Ni buts ni soumises » Sur la route de Vancouver – Cinquième station, Bondoufle

« Quelles Bleues pour 2019 ?

Une finale entre habituées »

Sur la route de Vancouver – Cinquième station, Bondoufle

Pour son dernier match avant l’annonce de la liste pour la Coupe du Monde, l’équipe de France a difficilement battu le Canada. Les vrais enseignements de ce match ne seront connus qu’en juin. C’est lors de la compétition officielle qu’on aura des éléments pour savoir si les Bleues savent maintenant gagner dans la difficulté ou si elles n’ont finalement aucune marge face aux équipes qui les bousculent physiquement.

Malgré quelques essais, le match a globalement confirmé ce qu’on sait depuis plusieurs mois sur le groupe qui traversera l’Atlantique et sur l’équipe type.

C’est l’histoire du verre à moitié vide… Les Bleues ont été bousculées et mises en difficulté en fin de match par un adversaire pas vraiment meilleur que beaucoup de ceux qu’elles ont rencontré récemment. On peut donc s’inquiéter de ce match où le jeu n’a pas été très abouti, où plusieurs joueuses ont semblé à côté de leur jeu, le tout à quelques encablures de la Coupe du Monde.

Mais on peut aussi voir les choses sous un autre jour où une équipe privée de deux titulaires indiscutables et en fin de saison a réussi à battre la huitième nation mondiale qui dispose du type de jeu qui la gêne le plus sans être trop mise en danger, tout en faisant des essais sur son côté gauche.

Si la France remporte la Coupe du Monde, c’est à coup sûr la seconde version que l’histoire retiendra. Si elle ne passe pas au moins les quarts de finale1, on verra rétrospectivement dans ce match et dans le précédent en Algarve contre les États-Unis les prémisses de l’échec.

Les commentateurs peuvent bien commenter, c’est au staff de l’équipe de France qu’il revient d’analyser ce qui est positif et ce qui ne l’est pas. On n’accordera pas grand crédit au discours du sélectionneur résumé par un « je suis très content ». D’une part parce que c’est le résumé lapidaire d’une déclaration un peu plus nuancée et d’autre parce que c’est le message qu’il fait passer aux médias à deux mois de l’échéance et sans doute pas son analyse du match.

Eugénie Le Sommer, une nouvelle fois buteuse décisive.

Eugénie Le Sommer, une nouvelle fois buteuse décisive.

Le staff est toujours le mieux placé pour savoir quelles consignes il a donné aux joueuses et ce qu’il en attendait. Par exemple, l’association côté gauche entre Laure Boulleau et Amel Majri n’a pas semblé du tout convaincante. Les deux joueuses ont toutes les deux l’habitude de prendre le couloir et la Lyonnaise a visiblement eu pour instruction de rentrer dans l’axe pour laisser le couloir, ce qui n’est pas vraiment son jeu surtout côté gauche. Paradoxalement, elle a été moins en vue offensivement que quand elle joue un cran plus bas.

Mais il peut y avoir plusieurs conclusions à cette association. Qu’il faudra n’en faire jouer qu’une à la fois. Qu’il faudra donner d’autres consignes à l’une et à l’autre, comme de rester plus derrière pour la Parisienne et de prendre plus franchement le couloir pour la Lyonnaise. Ou au contraire de refaire ce qui a été fait, mais en combinant plus souvent.

En attendant Louisa Necib

De toute façon, cette association ne sera sauf catastrophe pas une solution prioritaire en phase finale où la place de milieu gauche reviendra à Louisa Necib.

L’absence de cette dernière a beaucoup pesé même si ce genre de match n’est pas celui qu’elle préfère, son jeu en possession de balle ou en déviation dos à l’adversaire s’accommodant mal d’une adversité aussi rugueuse. Elle aurait cependant à coup sûr permis de mieux combiner sur le couloir gauche.

Mais comme on l’a aussi bien vu en Algarve, elle a beaucoup manqué sur les coups de pieds arrêtés. Dans des matchs aussi serrés que celui ci et ceux des derniers tours d’une Coupe du Monde, chaque occasion de marquer est bonne à prendre. Et à jeu égal, une équipe capable de marquer sur chaque coup-franc et chaque corner possède un atout important.

Avec Louisa Necib à la frappe et Wendie Renard à la retombée pour reprendre ou pour focaliser l’attention de la défense, la France dispose de cet atout. Malgré le talent des diverses frappeuses vues au Portugal et à Bondoufle, aucune n’a semblé capable de distribuer des ballons aussi décisifs.

L’équipe type est en place

La difficulté du côté gauche et le faible apport offensif de Sabrina Delannoy ont un peu par défaut confirmé ce qui était déjà connu de l’équipe type où neuf postes sont déjà attribués. Pendant un certain temps, il pouvait y avoir un peu d’incertitude sur une place en défense centrale entre Sabrina Delannoy et Laura Georges, et sur la possibilité pour Élise Bussaglia et Marie-Laure Delie de bousculer la paire titulaire respectivement à la récupération et en attaque. Mais la question semble désormais réglée : pour les matchs importants, ce sera Laura Georges derrière Amandine Henry et Camille Abily avec Gaëtane Thiney et Eugénie Le Sommer devant.

Il reste en suspens la place d’arrière gauche par abondance de bien. La hiérarchie est difficile à établir parce que depuis qu’Amel Majri pris sa chance chez les Bleues en début de cette saison, elle n’a quasiment jamais été disponible en même temps que sa concurrente Laure Boulleau. La seconde a manqué toute la fin de l’année 2014 alors que la première n’était pas en Algarve. Seuls indices d’une hiérarchie, lorsque les deux étaient disponibles la Lyonnaise a été titularisée contre le Brésil et l’Allemagne tandis que la Parisienne ne l’était que contre la Nouvelle-Zélande dans une équipe remaniée. Jusqu’à ce match contre le Canada où Philippe Bergerôo a tenté de les aligner toutes les deux.

L’autre poste en balance est celui situé à l’autre bout du terrain, sur l’aile droite. Élodie Thomis a passé toute la première saison de Philippe Bergerôo comme titulaire indiscutable. Mais cette saison, diverses blessures l’ont un peu fragilisée. Son match contre le Canada n’a pas non plus convaincu. Il faut dire que la configuration du match n’était pas faite pour la mettre en valeur avec une équipe canadienne jouant très bas durant toute la première mi-temps. A posteriori avec l’ouverture du score, on peut imaginer que Kenza Dali aurait été plus à son aise en première mi-temps, et qu’a contrario, Élodie Thomis aurait mieux su profiter des espaces qui se sont ouverts en deuxième mi-temps. S’il y a une place à prendre pour une joueuse offensive comme Claire Lavogez ou Kenza Dali, c’est sans doute celle là, et c’est sans doute une des incertitudes qui restera sur la composition de l’équipe de France pour les matchs importants. Toutefois, la Lyonnaise garde encore un temps d’avance : jusque là, elle a toujours été titulaire quand elle était disponible.

23 joueuses sûres, 7 à débattre

Philippe Bergerôo a annoncé que la liste pour la Coupe du monde serait donnée le 23 avril. D’ici là, les sélectionnées potentielles n’auront pu se montrer que lors de la finale de la Coupe de France entre Lyon et Montpellier et de la demi-finale aller de Ligue des Championnes entre le PSG et Wolfsbourg.

Autant dire qu’aucune joueuse ne va se révéler d’ici là. Clarisse Le Bihan a été convoquée pour le dernier match mais si elle avait étonné le staff au point de bousculer la hiérarchie, elle serait sans doute au moins entrée en jeu.

On peut donc déjà être à peu près certain que la liste qui sera publiée le 23 avril sera la même que celle du match de Lorient2 contre les États-Unis. Les deux seules joueuses de cette dernière qui n’étaient pas à Bondoufle sont Louisa Necib et Jessica Houara, qui seront non seulement à la Coupe du Monde mais qui y seront titulaires. D’ailleurs elles sont sur la photo officielle qui a été prise à Clairefontaine lors du stage précédent le match contre le Canada.

Le groupe est même tellement connu et resserré qu’il est paradoxalement plus difficile de déterminer quelles seront les 7 joueuses supplémentaires conviées au stage3. Aurélie Kaci et Sandie Toletti qui ont participé au tournoi en Algarve et qui ont été rappelée contre le Canada en feront partie à coup sûr.

Les enseignements de l’équipe de France B

Il y aura une troisième gardienne4, vraisemblablement Amandine Guérin qui n’a pas été rappelée cette année chez les A mais qui a joué quatre matchs sur cinq avec l’équipe de France B.

Pour les quatre autres, c’est beaucoup plus incertain. On peut supposer qu’il y aura au moins deux joueuses offensives et deux joueuses défensives.

Derrière, Marine Dafeur était en Algarve pour palier le forfait d’Amel Majri, ce qui en fait la seule défenseuse appelée cette saison en dehors du groupe de 23. On peut imaginer que Kelly Gadea, Charlotte Bilbault ou Marion Makuch, piliers de l’équipe B ne sont pas loin. Mais la transition entre A et B n’est pas d’une grande limpidité.

Ainsi Clarisse Le Bihan a été appelée en A avec comme argument qu’elle avait été la meilleure en B lors de l’Istria Cup en Croatie, où elle n’a pourtant été titularisée qu’une seule fois en quatre matchs. On pourra imaginer si sa semaine à Clairefontaine a convaincu en constatant si son nom est sur la liste des 30.

Sinon, Marina Makanza peut espérer en faire partie puisqu’elle était systématiquement sélectionnée jusqu’en fin d’année 2014 et qu’elle a pour le coup été titularisée cette année à chaque match de l’équipe B. À un degré moindre, c’est aussi les profil de Viviane Asseyi et de Pauline Crammer qui ont longtemps fait partie du groupe des Bleues avant d’être des joueuses cadres de l’équipe B.

Mais on se dit qu’à peu près n’importe laquelle des joueuses appelées en B pourrait venir faire le nombre, en particulier parmi les plus jeunes comme Aminata Diallo, Aïssatou Tounkara, Ève Périsset ou Lucie Pingeon.



Un commentaire pour “Sur la route de Vancouver – Cinquième station, Bondoufle”

  1. Fine analyse de ce précieux match contre le Canada qui devrait permettre au staff d’affiner sa composition d’équipe lors de matchs à fort enjeux. Bien qu’Amel Majri ne capitalise pas la même expérience que Laure Boulleau, la lyonnaise a démontré qu’elle dépasse en technique, vivacité, fluidité et vision du jeu la parisienne trop souvent abonnée aux passes en retrait sur des phases offensives, des remises incertaines à ses coéquipières et son faible apport dans le jeu offensif. Ces symptômes des arrières latéraux furent flagrants pendant les compétitions de l’ère Bruno Bini et souvent payés cash. Quant à Elodie Thomis il est évident que sa seule pointe de vitesse tourne à l’inutile face à des équipes regroupées et physiques telles que les canadiennes. Pour amener plus d’occasions et de danger sur son aile droite, il faudra qu’elle se démène et assure beaucoup plus techniquement, qu’elle varie ses gammes. A-t-elle encore une marge de progression dans le championnat français ? Mais le fait le plus inquiétant est la perte du fonds de jeu des françaises et leur nervosité face à une adversaire cassant le match comme l’ont fait les canadiennes qui ont failli arriver à leur fin: déstabiliser leur adversaire en tuant le jeu. Il semble évident qu’à Vancouver il faudra démontrer plus de ressources mentales, une sérénité à l’épreuve des provocations qui amèneront plus de maîtrise dans le jeu.

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