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L’Europe à crédit

La finale de la Ligue des Championnes oppose Wolfsbourg à Tyresö. Le tenant du titre et l’un des principaux outsiders du début de saison présentent deux visions opposées de l’augmentation des moyens dans le football féminin. Présentation de deux équipes nouvelles sur la scène européenne mais à l’effectif très expérimenté.

Cette année à Lisbonne, la finale de la Ligue des Championnes opposera un club allemand à un club suédois. Ce sera la 6e fois et il y a toujours eu une équipe de l’un des deux pays1. En début de saison, les deux équipes émargeaient parmi les favorites aux côtés de Potsdam, Lyon, Malmö ou du PSG.

Wolfsbourg, tenant du titre a éliminé Malmö au deuxième tour et Potsdam en demi-finales avec entre temps des tours plus faciles contre les Estoniennes de Parnü et le FC Barcelone. Pour Tyresö, c’est le premier tour qui a été le plus difficile contre le PSG. Les Danoises du Fortuna Hjørring et les Autrichiennes de Neulengbach n’ont pas pesé très lourd et les demi-finalistes surprise de Birmingham à peine plus.

Des équipes nouvelles

Bien que Wolfsbourg soit tenant du titre, les deux équipes n’ont pas d’histoire très ancienne dans la compétition : les Allemandes n’en sont qu’à leur deuxième participation et les Suédoises à la première. Leur arrivée directement au sommet de la compétition (en finale à chaque participation) est le fruit d’une ambition programmée appuyée par d’importants moyens dont l’utilisation est assez différente. Là où Wolfsbourg construit sur la durée2 en recrutant quelques joueuses par saison, Tyresö procède par coups avec beaucoup de joueuses qui ne restent que quelques matchs3.

L’assise financière n’est pas non plus la même. Le VfB Wolfsbourg est une filiale de Volkswagen, ce qui ne garantit pas des moyens illimités mais assure une certaine sécurité. Au contraire, Tyresö sous l’impulsion de son président Hans Lindberg a fait appel à un grand nombre de sponsors, faisant ressembler son maillot à un patchwork publicitaire. Surtout, le club suédois a dépensé nettement plus qu’il n’avait et se retrouve en quasi faillite. L’équipe qui jouera la finale sera dispersée juste après, en plein milieu de la saison suédoise. Mais c’est l’avenir même de l’équipe qui est en jeu.

Christen Press et les sponsors de Tyresö

Christen Press et les sponsors de Tyresö

Tyresö au bord du gouffre

Tyresö est déjà qualifié pour la prochaine édition de la Ligue des Championnes, depuis sa deuxième place derrière Malmö obtenue en novembre dernier mais il n’est pas sûr qu’il pourra la jouer, et il ne devrait pas se qualifier pour la suivante. Après 5 journées, il est en milieu de tableau avec 2 victoires, 1 nul et 2 défaites, et les matchs remportés doivent beaucoup au retour de Marta : la Brésilienne n’a pas été alignée lors des deux premières journées4. Mais elle devrait quitter le club après la finale européenne, tout comme les Américaines Whitney Engen et Meghan Klingenberg et l’Espagnole Véronica Boquete qui retournent aux États-Unis, et la capitaine Caroline Seger dont le contrat arrive également à échéance en plein milieu de la saison suédoise et ne devrait pas être renouvelé en raison de la situation financière du club, qui est telle que l’UEFA a dû avancer la prime de participation à la finale pour lui permettre d’organiser le déplacement à Lisbonne. Un moment la survie même du club jusqu’à la finale était en question.

Whitney Engen

Whitney Engen

Sentant qu’il était temps de trouver une place plus sûr, l’entraîneur Tony Gustavsson a récemment postulé pour succéder à Tom Sermani à la tête de la sélection américaine5.

Si l’on ajoute les départs d’Ali Krieger et Ashlyn Harris qui n’ont pas attendu et sont rentrées à Washington pour le début de la saison NWSL, et ceux de Kirsten van de Ven, Sara Thunebro, Jennifer Hermoso, Caroline Graham Hansen6 et Karin Lissel, il ne restera dans quelques jours que Linda Sembrant, Lisa Dahlqvist et peut-être Christen Press (dont le départ n’est pas encore sûr) de l’équipe qui est venue à Charléty pour se qualifier contre le PSG7. Et c’était cette saison.

Le Brésil après l’Amérique

Pour pallier ces départs, et malgré les dettes, Tyresö a recruté la gardienne finlandaise Tinja-Riikka Korpela et a enregistré le retour de congé maternité de Madelaine Edlund. Et surtout, il est allé chercher quatre Brésiliennes : Rilany, Thaisa, Mayara et Fabiana, cette dernière n’ayant toujours pas obtenu de permis de travail, elle n’a pas encore porté les couleurs du club suédois.

Dans ce contexte d’un effectif renouvelé très profondément au milieu de la saison européenne et avec des joueuses préservées en championnat pour préparer la finale, difficile d’établir une équipe type. Toutefois, on peut avoir quelques pistes sur l’équipe qui sera alignée contre Wolfsbourg. Elle devrait être assez proche de celle alignée lors des deux derniers matchs à enjeu, ceux des demi-finales contre Birmingham.

Bien sûr, il y aura devant les atouts principaux de Tyresö, la serial-buteuse Christen Press et la superstar Marta. Elles devraient être accompagnées de la jeune Malin Diaz Petersson. Au milieu, le trio composé de Lisa Dahlqvist derrière Caroline Seger et Veronica Boquete ne fait pas non plus de doute, Thaisa jouant surtout quand l’Espagnole est préservée.

À l’arrière, Tony Gustavsson a aligné contre Birmingham une défense composée de Linda Sembrant et Whitney Engen dans l’axe, de Meghan Klingenberg à droite et Line Røddik Hansen à gauche. C’est dans ce secteur que se situe l’une des deux incertitudes, Rilany pouvant chiper une place à la Norvégienne Line Røddik Hansen (ce qui décalerait Meghan Klingenberg à gauche).

L’autre doute concerne le poste de gardienne de but : Carola Søberg et Tinja-Riikka Korpela alternent depuis le début de l’année, y compris sur la scène européenne. Les prestations de la Suédoises dans les matchs importants la saison dernière donneraient plutôt l’avantage à la Finlandaise.

Wolfsbourg dans la continuité

Loin de l’agitation qui entoure Tyresö, Wolfsbourg se situe dans la continuité des deux saisons précédentes. Continuité manifestée en début de saison par les blessures qui avaient déjà marqué la fin de saison précédente. Josephine Henning, Zsanett Jakabfi, Viola Odebrecht ou Selina Wagner ont débuté leur saison très tard (il y a deux mois pour cette dernière).

Le recrutement a été concentré sur deux faiblesses constatées la saison dernière. La gardienne Alisa Vetterlein a été remplacée par Almuth Schult, titulaire en équipe nationale depuis l’arrêt de Nadine Angerer, et la Suédoise Nilla Fisher est arrivée pour arrêter le bricolage en défense centrale qui avait vu Lena Goeßling dépanner à peu près toute la saison dernière derrière. Mais la longue blessure de Josephine Henning, puis celles d’Ivonne Hartmann et Maren Tetzlaff ont obligé Ralf Kellermann à régulièrement recentrer Luisa Wensing8. Par ricochet, cela a souvent libéré une place pour une autre recrue de la saison, la Suissesse de Californie, Noëlle Maritz.

Par un effet papillon de l’autre côté, le retrait progressif de Conny Pohlers, très peu titularisée mais presque toujours entrée en jeu, a recentré l’éternelle Martina Müller et libéré une place sur l’aile gauche (ou en milieu gauche, c’est selon), prise par Verena Faißt, suppléée au poste de latérale par Stephanie Bunte.

Au milieu, le duo Nadine Keßler-Lena Goeßling n’a pas d’équivalent et a un peu éclipsé Viola Odebrecht (pas aidée non plus par les blessures), les ailes étant principalement occupée par Verena Faißt voire Zsanett Jakabfi à gauche et Anna Blässe à droite, pour servir les attaquantes Martina Müller et Alexandra Popp.

Mais si Ralf Kellermann fait principalement évoluer son équipe en 4-4-2, il lui arrive de varier, en particulier avec une meneuse derrière une attaquante, qui peut être Lina Magull ou Selina Wagner.

La fin de la préférence nationale

Une autre caractéristique du recrutement de Wolfsbourg est qu’il s’est tourné vers l’étranger. La saison dernière, l’effectif n’était composé que d’Allemandes à l’exception de la Hongroise Zsanett Jakabfi9. À l’intersaison sont arrivées la Suédoise Nilla Fisher et la Suissesse Noëlle Maritz mais aussi la Serbe Jovana Damnjanović et la Nigériane Desire Oparanozie (repartie en Turquie depuis) en attaque. Et l’an prochain, l’effectif comptera en plus la Norvégienne Caroline Graham Hansen.

Il faut dire que Wolfsbourg a sans doute déjà recruté la plupart des joueuses allemandes disponibles, même si Babett Peter arrivera aussi cet été de Francfort.

Tout se joue dans la dernière ligne droite

Après le triplé de la saison dernière, cette saison était celle de la confirmation. La Coupe d’Allemagne a été perdue dès le mois de novembre face à Francfort, futur vainqueur. Mais les deux autres titres sont toujours accessibles aux Louves. Outre la finale de la Ligue des Championnes, Wolfsbourg est toujours dans la course au titre, troisième à un point des leaders Francfort et Potsdam. Et les deux dernières journées verront deux oppositions directes entre Francfort et Potsdam d’abord puis entre Wolfsbourg et Francfort.

Dans le pire des cas, Wolfsbourg pourrait tout perdre, y compris la qualification pour la prochaine saison en finissant troisième et en perdant la finale. Mais les Allemandes sont largement favorites à Lisbonne et semblent en meilleure forme que Potsdam pour priver Francfort de titre.

Tyresö
Poste Nat. Prénom Nom Nais. Matchs Temps Buts
21 G SUE Carola Søberg 29/07/1982 12 1080
32 G FIN Tinja-Riikka Korpela 05/05/1986 4 360
2 D BRE Rilany Aguiar Da Silva 26/06/1986 9 529 0
3 D USA Whitney Engen 28/11/1987 11 916 1
5 D DAN Line Røddik Hansen 31/01/1988 26 1859 3
6 D BRE Elisabet Klinga 05/04/1991 8 528 0
23 D SUE Linda Sembrant 15/05/1987 25 2024 3
25 D USA Meghan Klingenberg 02/08/1988 24 1928 1
7 M SUE Lisa Dahlqvist 06/02/1987 26 2263 5
8 M BRE Thaisa Moreno 17/12/1988 9 567 0
12 M SUE Malin Diaz Petersson 03/01/1994 13 906 1
15 M SUE Johanna Rytting Kaneryd 12/02/1997 5 166 3
17 M SUE Caroline Seger 19/03/1985 23 1865 0
88 M BRE Mayara Da Fonseca Bordin 04/09/1987 5 209 0
9 A ESP Verónica Boquete 09/04/1987 19 1606 5
10 A BRE Marta Vieira da Silva 19/02/1986 15 1181 16
11 A SUE Madelaine Edlund 15/09/1985 9 567 2
13 A USA Christen Press 29/12/1988 26 2209 30
89 A BRE Fabiana da Silva Simões 08/04/1989 0 0 0

Les statistiques des joueuses de Tyresö sont calculées à partir de l’été 2013, ce qui correspond aux matchs retours du championnat suédois et à la totalité de la Ligue des Championnes.

Marta

Marta

Wolfsbourg
Poste Nat. Prénom Nom Nais. Matchs Temps Buts
1 G ALL Almuth Schult 09/02/1991 26 2340
12 G ALL Jana Burmeister 06/03/1989 1 90
29 G ALL Merle Frohms 28/01/1995 2 180
2 D ALL Luisa Wensing 08/02/1993 27 2385 1
4 D SUE Nilla Fischer 02/08/1984 26 2275 3
6 D ALL Maren Tetzlaff 03/08/1988 4 289 0
16 D SUI Noelle Maritz 23/12/1995 16 1233 0
17 D ALL Laura Vetterlein 07/04/1992 1 23 0
18 D ALL Ivonne Hartmann 15/09/1981 9 366 0
20 D ALL Stephanie Bunte 14/02/1989 22 1728 3
22 D ALL Verena Faißt 22/05/1989 23 1722 2
27 D ALL Josephine Henning 08/09/1989 12 915 0
3 M HON Zsanett Jakabfi 18/02/1990 13 958 3
7 M ALL Viola Odebrecht 11/02/1983 16 950 1
9 M ALL Anna Blässe 27/02/1987 26 1789 4
13 M ALL Nadine Keßler 04/04/1988 26 2086 17
14 M ALL Lina Magull 15/08/1994 17 1069 6
19 M ALL Andrea Wilkens 16/01/1984 0 0 0
28 M ALL Lena Goeßling 08/03/1996 26 2025 4
8 A ALL Lyn Meyer 21/11/1994 3 111 3
10 A ALL Selina Wagner 06/10/1990 8 363 4
11 A ALL Alexandra Popp 06/04/1991 25 2159 13
15 A ALL Jasmin Sehan 16/06/1997 0 0 0
23 A SER Jovana Damnjanović 24/11/1994 14 508 6
25 A ALL Martina Müller 18/04/1980 28 2260 24
26 A ALL Conny Pohlers 16/11/1978 26 672 10


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