Ni buts ni soumises » PSG-Juvisy, histoire d’un derby

« Trois journées pour le maintien

L’Europe à crédit »

PSG-Juvisy, histoire d’un derby

Le PSG affronte Juvisy deux fois en cette fin de saison, pour une place en finale de Coupe de France et pour la qualification européenne. Il est dans la position du favori qui dispose des moyens les plus importants. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Retour sur une autre époque.

D’ici la fin du mois de mai, le PSG se rendra deux fois au stade Robert-Bobin de Bondoufle pour affronter Juvisy. Le 11 en demi-finale de la Coupe de France et le 25 pour l’avant dernière journée du championnat dans ce qui ressemblera sans doute à un barrage pour la qualification à la prochaine Ligue des Championnes.

Le club parisien se présentera comme le club le plus puissant des deux. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

Juvisy a une longue histoire dans l’élite et l’un des plus beau palmarès du football français. Il s’est partagé le championnat avec le FC Lyon pendant les années 90 et est resté au sommet depuis. Dans un contexte totalement amateur, et avec le soutien indéfectible du conseil général de l’Essonne, il a longtemps disposé d’une organisation et de moyens supérieurs à ses concurrents.

Amélie Coquet et Laure Boulleau s'affrontent lors des derbies PSG-Juvisy depuis près de 10 ans.

Amélie Coquet et Laure Boulleau s'affrontent lors des derbies PSG-Juvisy depuis près de 10 ans.

Le PSG est aussi ancien que Juvisy : sa section féminine date comme celle de l’Étoile Sportive de Juvisy-sur-Orge de 1971. C’est une particularité de l’équipe parisienne. Elle est la seule équipe de l’élite adossée à un club professionnel qui n’est pas issue de l’absorption d’une équipe existante mais qui a été crée dès le départ comme une section du club1. Mais bien que participant régulièrement au championnat de première division dans les années 80 puis depuis 2001, le PSG a attendu 2009 pour se glisser dans les équipes de haut de tableau, lors d’une saison marquée par le recrutement d’Élise Bussaglia, Jessica Houara et Julie Soyer, et la pige des « Américaines » Camille Abily et Sonia Bompastor. Avant cela, il venait de passer huit ans entre la 5e et la 10e place.

La révolution parisienne de 2005

Une première tentative de révolution avait bien eu lieu en 2005 après une 10e place qui n’avait pas eu de conséquence fâcheuse puisqu’à l’époque il n’y avait que deux équipes reléguées. Mais ce classement avait semblé indigne du standing du club à l’entraîneur d’alors Cyril Combettes.

Avec le soutien de ses dirigeants, il réorganise donc complètement l’équipe féminine à l’intersaison, un petit peu à la hussarde : une dizaine de joueuses, dont une partie de l’histoire du club comme Ingrid Boyeldieu, Stéphanie Hoffele, Béatrice Basse, Nathalie Coutat ou Florence Freyermuth2 est priée par courrier de se trouver une autre destination. Pour les remplacer, le PSG attire la prometteuse Briochine Mériame Ben Abdelwahab et trois joueuses du CNFE3 Émilie L’Huillier, Laure Boulleau et Sabrina Delannoy. Surtout, l’équipe de D3 est démantelée4 : une partie des joueuses se retrouve en équipe première, d’autres en DH et le reste à la porte.

Du coup, l’effectif parisien ne compte cette saison là qu’une petite vingtaine de joueuses.

En 2005, Juvisy n’a pas besoin de révolution. Vice-champion en titre derrière Montpellier5, l’arrêt de Stéphanie Mugneret-Béghé après l’Euro anglais et celui d’Aline Riera pour maternité sont compensés par le recrutement de deux internationales, la Sojaldicienne Anne-Laure Casseleux et l’Héninoise Amélie Coquet qui rejoignent huit autres Bleues.

Une équipe réduite

Dès le match aller, on constate qu’il n’y a pas photo entre l’équipe qui s’apprête à faire une saison « à la lyonnaise » avec 21 victoire (et une défaite pour du beurre en fin de saison), 85 buts marqués et la moitié de la sélection nationale à chaque rassemblement, et celle qui compte tenir toute une saison avec un effectif réduit et pas d’équipe réserve.

Menée par sa capitaine Sandrine Soubeyrand, passée cette saison là en défense centrale pour laisser la jeunesse gambader au milieu, Juvisy s’impose 4-0 lors de la 3e journée avec des buts de Marinette Pichon, Élise Bussaglia, Virginie Mendes et Laetitia Tonazzi.

Mais c’est le match retour qui restera dans les mémoires. Pas tellement pour son résultat : Juvisy s’impose cette fois 5-0 au stade Georges-Maquin avec un triplé de Marinette Pichon et des buts de Peggy Provost et de Sandrine Soubeyrand. Pas non plus parce que Juvisy aligne une quasi équipe de France, en dehors de l’ancienne parisienne Laure Dupont, de Virginie Mendes et d’Émilie Trimoreau.

Nelly Guilbert, Peggy Provost, Sophie Guyennot, Virginie Mendes, Élise Bussaglia, Émilie Trimoreau, Sandrine Soubeyrand, Alexandra Guiné et Marinette Pichon

Nelly Guilbert, Peggy Provost, Sophie Guyennot, Virginie Mendes, Élise Bussaglia, Émilie Trimoreau, Sandrine Soubeyrand, Alexandra Guiné et Marinette Pichon

Ce qui distingue ce match, c’est qu’en ce 18 décembre 2005, le PSG ne parvient pas à aligner 11 noms sur la feuille de match. Depuis près d’un mois, le PSG ne dispose que de 13 joueuses, dont deux gardiennes et ne peut donc procéder qu’à un seul remplacement, l’entrée d’Émilie Gassin. Mais contre Juvisy, cette dernière est absente, tout comme Gwenaël Gérard, Stéphanie Legrand et Stéphanie Morel. Le PSG se présente donc à 9 sur la pelouse de Viry-Châtillon, avec deux gardiennes : la capitaine Bérangère Sapowicz dans les buts et sa remplaçante Cécilie Quatredeniers comme arrière gauche.

Le plus étonnant est que Juvisy aura le plus grand mal à se défaire des partenaires de Candice Prévost qui limiteront la casse à 1-0 avant de craquer en fin de match. La journée suivante, le retour des absentes ponctuelles ainsi que ceux de Laure Boulleau, Laetitia Duffour et Émilie L’Huillier permettront à Cyril Combettes d’aligner une équipe complète, de faire trois changements et de battre Hénin-Beaumont 2-0.

En fin de saison, le résultat sera mitigé : certes le PSG sera à distance respectable de la zone de relégation mais restera 8e, loin de l’objectif de première moitié de tableau et deux points derrière Hénin-Beaumont mené par la bannie Ingrid Boyeldieu, 11 buts au compteur alors que les meilleures buteuses parisiennes Maryse Gobert, Candice Prévost et Stéphanie Morel culmineront à 4.

Juvisy au contraire réussira pleinement son objectif en remportant le titre en particulier grâce aux 36 buts de Marinette Pichon.

L’inversion des forces

Même si le PSG avait battu Juvisy deux fois lors de ses deux premières saisons en D1, la tendance sera ensuite nettement à l’avantage de Juvisy avec 11 victoires et 2 nuls entre 2003 et 2010, jusqu’à un match au Parc des Princes (le seul jusque là pour le PSG) en 2010, remporté par le PSG grâce à un but de Camille Abily. Depuis, le bilan est équilibré entre les deux équipes.

Mais en Coupe, c’est étonnamment le PSG qui a l’avantage. La demi-finale à venir sera la troisième entre les deux équipes. La première a été remportée largement (7-0) par Juvisy en 2005 mais la seconde est revenue aux Parisiennes en 2008 grâce à un doublé de Marie-Laure Delie. Ce qui permettra au PSG de participer à la finale jouée au Stade de France en ouverture du France-Colombie préparatoire à l’Euro 2008 (et devant des tribunes à peu près vides).



Un commentaire pour “PSG-Juvisy, histoire d’un derby”

  1. Encore une fois article très intéressant.
    Ce qui est marquant entre autres, comme en témoigne la première photo, c’est que les carrières des joueuses au plus haut niveau peuvent être très longues. Les événements que tu évoques en 2005 incluent beaucoup de joueuses encore en activité actuellement. Les filles qui sont les meilleures commencent très tôt au plus haut niveau. Par exemple, je ne sais pas quelle âge a Laure Boulleau, mais je l’imaginais plutôt jeunette…vingtenaire, quoi…

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