Ni buts ni soumises » Paris relance le championnat

« La mi-saison en attendant la trêve

Philippe Bergerôo l’affranchi »

Paris relance le championnat

L’OL concède face au PSG sa première défaite de la saison à l’issue d’un match qu’il a globalement dominé.

Mathématiquement, l’équipe parisienne reste dans la course pour le titre mais c’est sans doute dans la course à la qualification européenne qu’elle a fait une bonne opération.

Malgré le titre racoleur destiné à faire comme tout le monde, la victoire parisienne à Gerland ne devrait pas changer grand chose en fin de saison. Pour que l’OL ne remporte pas le titre, il faudrait que les Lyonnaises perdent des points lors de deux matchs alors qu’elles ont déjà joué 5 matchs sur 6 contre leurs adversaires directes. Sans faire injure au reste du plateau, c’est très improbable.

Le PSG peut sans doute regretter son match totalement manqué à Charléty contre Juvisy pour le titre mais file droit vers une deuxième qualification européenne d’affilée, du jamais vu en dehors de Lyon depuis les deux titres de Montpellier en 2004 et 2005. C’était un autre temps.

La journée a même failli être encore plus positive sous ce rapport pour les Parisiennes puisqu’à cinq minutes de la fin de leurs matchs respectifs contre Soyaux et Saint-Étienne, Montpellier et Juvisy étaient encore tenus en échec.

Les Parisiennes pourraient s’assurer un peu plus cette qualification et se concentrer sur leur petite chance de titre en battant Montpellier lors de la prochaine journée. Mais on disait la même chose de Lyon pour le dernier match…

Fermé à double tour

La première raison de la première défaite lyonnaise est bien sûr l’équipe parisienne. Le paradoxe est que si c’est le PSG à gros budget qui est le premier à faire tomber l’OL, c’est avec des valeurs de solidarité plus que de technique, de combat plus que de jeu. Si les nouveaux moyens dont dispose le PSG sont une cause de cette victoire, c’est plus par la professionnalisation du club, avec la possibilité de rivaliser physiquement, que par le recrutement qu’ils ont permis.

Il faut dire que Tobin Heath est toujours aux abonnées absentes, que Marie-Laure Delie est blessée et que Shirley Cruz était en reprise. Si l’on ajoute le match fantomatique de Linda Bresonik, Paris a eu bien besoin du reste de son effectif.

La surprise du milieu

Certes les deux joueuses avaient déjà été alignées ensemble contre Hénin-Beaumont1 et lors de la préparation à Chypre mais la titularisation de Caroline Pizzala et de Kheira Hamraoui était une vraie surprise alors que Shirley Cruz était de retour. Les deux font partie (avec Nonna Debonne) de celles dont Farid Benstiti attendait qu’elles passent un palier.

En dehors des aspects conjoncturels de blessures et de méformes, on peut sans doute voir des raisons de fond dans le choix de ces deux joueuses. Farid Benstiti accord toujours beaucoup d’importance à l’impact physique et à la taille des joueuses. Une raison sans doute de préférer Caroline Pizzala (1m68) et Kheira Hamraoui (1m78) à Shirley Cruz (1m62) et Aurélie Kaci (1m63).

Kheira Hamraoui

Kheira Hamraoui

La composition de la défense partait du même principe. Sabrina Delannoy était préférée à droite à Jessica Houara. Le PSG était préparé à défendre 90 minutes ce qu’il a fait avec succès. Il a couru après le ballon tout le match : avec un peu plus de 450 ballons joué, il en a joué une centaine de moins qu’au match aller et en gros 200 de moins que contre Juvisy ou Montpellier. À titre de comparaison, Lyon a joué près de 800 ballons, ce qui doit être son plus gros total pour un match au sommet.

Un jeu inoffensif

Dans cet état d’esprit, le travail des joueuses offensives était difficile. La principale satisfaction aura été le match de Kosovare Asllani. Pourtant la Suédoise a attendu près d’un quart d’heure pour toucher son premier ballon. Ensuite sa vitesse et sa précision ont été précieuses pour permettre au PSG de remonter. Elle a eu plus de mal dans la vingtaine de minute passée en pointe, servant comme Lindsey Horan avant elle de point d’appui ou plutôt de cible pour les missiles envoyées par sa gardienne et sa défense centrale qui atteignaient assez rarement leur but.

Après le match contre Juvisy, Linda Bresonik a de nouveau traversé le match sans y prendre vraiment part, touchant très peu de ballons et en perdant la moitié sans même tenter de faire la différence.

Il n’est donc pas étonnant que le PSG ne se soit procuré que deux vraies occasions et 5 tirs seulement. Ce qui est peut-être une autre raison de la titularisation de Kheira Hamraoui, excellente tireuse de coup franc : quand on manque de possibilités dans le jeu, autant se donner toutes les chances sur coup de pied arrêté.

Ce choix a été payant puisque c’est la Nordiste qui a tiré le coup franc prolongé par Laura Georges.

L’ennemi dans la glace

Un poncif du discours autour de l’équipe de l’OL est qu’elle est son principal adversaire. Il comporte sans doute une part de vérité. Certes le PSG a appliqué avec sérieux un plan de jeu robuste et simple qui par certains aspects ressemble à celui de Wolfsbourg et Potsdam, les deux autres équipes l’ayant battu récemment. Mais il ne faut pas confondre causes et conséquences. Toutes les équipes qui gagné contre Lyon ont misé sur l’impact physique2 mais toutes les équipes qui ont misé sur l’impact physique n’ont pas gagné contre Lyon, à commencer par le PSG et Potsdam lors de leurs matchs aller respectifs.

Avec 22 tirs dont 11 cadrés, un poteau de Lotta Schelin, une frappe de Corine Franco à côté du but vide et un certain nombre de coups francs repris de la tête par Saki Kumagai ou Wendie Renard en particulier, Lyon a eu l’occasion de l’emporter. Et il n’a concédé que deux véritables occasions sur coup franc, le but de Laura Georges et une tête de Kosovare Asllani. On négligera dans l’analyse les contres de fin de matchs où Lyon jouait avec une défense à 1 (Saki Kumagai), vaguement soutenue sur les côtés par Amandine Henry et Amel Majri.

Bref il est probable qu’avec ce genre de prestation, les Lyonnaises ne perdront pas souvent. Toutefois, et c’est encore plus vrai dans un championnat comme la D1 où le titre se joue en général à moins de deux défaites3, c’est bien la capacité à ne perdre aucun de ces matchs qu’elles domine qui est la marque d’une grande équipe.

Le mystère Lotta Schelin

Le but parisien vient en particulier d’une erreur d’appréciation de Sarah Bouhaddi, sortie sans être sûre d’avoir la balle. C’est le défaut de sa qualité à aller chercher régulièrement tous les ballons aériens, qualité très appréciable comme l’a montré le match de Karima Benameur. Ce but a sans doute un peu coupé les jambes de Lyonnaises pas habituées à être menées.

Mais cela ne justifie pas le fait de ne pas avoir réussi à marquer dans ce match, ce qui arrive une ou deux fois par saison aux Lyonnaises4. Quand la star de l’équipe est son avant-centre, son rôle est bien entendu de débloquer ce genre de situation.

Lotta Schelin a rarement marqué dans des matchs serrés, mais c’est peut-être aussi que ses buts ont desserré des matchs. Son début de saison a été assez décevant. Mais avec 11 buts en une demi saison, ce jugement est à l’aune de tout le talent qu’on lui connaît et de sa stratosphérique saison dernière5.

Lotta Schelin et Laura Georges

Lotta Schelin et Laura Georges

Sa prestation contre le PSG est décevante tout court. 19 ballons touchés en 55 minutes seulement quand le statistiques de l’attaquante d’une équipe aussi dominatrice tournent plutôt à 10 de plus, et surtout plus de la moitié ont été perdus sans que ce soit vraiment lié à une prise de risque. Bref, la Suédoise a été introuvable et n’a pas vraiment pesé sur la défense adverse.

Élodie Thomis qui l’a remplacée a été beaucoup plus disponible, mais dans une configuration différente où ce sont successivement Eugénie Le Sommer et Laetitia Tonazzi qui ont occupé l’axe, pesant nettement plus face à un PSG qui ne cherchait plus à avancer.

Mais là où au match aller le remplacement d’Élodie Thomis qui avait perdu 12 ballons sur 18 par Laetitia Tonazzi qui n’en a perdu qu’un sur 22 avait changé la face du match, les changements n’ont pas changé grand chose. Wendie Renard a fini le match à plus de 100 ballons dont une partie en position de pivot offensif dans les dernières minutes, symbolisant une équipe prête à tout tenter mais manquant beaucoup trop de précision pour se montrer vraiment dangereuse.



Un commentaire pour “Paris relance le championnat”

  1. Un match dont la description rappellera à CHR$ le Lyon-PSG masculin de 2004-2005, archi-dominé par les Rhodaniens, pour une défaite 0-1 (Ljuboja, 45e).

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