Ni buts ni soumises » Brétigny contre Tonazzi, 10 ans d’histoire

« La D1, le nouvel Eldorado

Veillée d’armes européenne »

Brétigny contre Tonazzi, 10 ans d’histoire

Le choc au sommet de la deuxième journée entre Lyon et Juvisy est l’occasion de revenir sur le parcours des deux buteuses les plus prolifiques des 10 dernières années1 et plus généralement sur les buteuses du championnat de France.

Même si le PSG est désormais le principal concurrent de l’OL, Lyon-Juvisy est le choc historique de la D12. Depuis 10 ans, beaucoup de joueuses se sont illustrées dans ces rencontres mais parmi celles qui vont s’affronter cette fois, deux attaquantes ont longtemps symbolisé le camp d’en face avant de changer de maillot. Laetitia Tonazzi a marqué 13 fois contre Lyon avant de quitter Juvisy (et de marquer 3 buts l’an dernier contre son ancien club). Sandrine Brétigny a marqué 7 fois contre Juvisy, et après un détour par Francfort, elle revient à Gerland avec le maillot essonnien.

Bien sûr, il ne s’agit pas des deux meilleures attaquantes du championnat, ni actuellement, ni sur les dernières saisons : ce titre revient sans conteste à Lotta Schelin (qui est aussi la meilleure buteuse des confrontations entre les deux clubs grâce au 8 buts de la saison dernière qui portent son total à 15).

Toutefois, elles partagent des caractéristiques de vraies buteuses, toujours régulières devant le but et pas toujours estimées à leur juste valeur.

Parcours croisés, destins parallèles

Les deux joueuses se sont régulièrement croisées sur les pelouses du championnat de France, avant d’échanger leur place en club3. Mais leurs carrières présentent un certain parallélisme. Deux fois meilleures buteuses (2003 et 2007 pour Sandrine Brétigny, 2008 et 2011 pour Laetitia Tonazzi), elles n’ont jamais réussi à capitaliser sur ces titres. Après ses 42 buts de la saison 2006-2007, la première a enchaîné avec un total à 25 mais l’arrivée de Lotta Schelin l’a cantonnée ensuite au banc, avec seulement 16 titularisations lors des 4 saisons suivantes. Ce qui ne l’empêchera pas de finir deux fois deuxième meilleure buteuse du championnat pendant ce temps là (en particulier en 2011 avec 19 buts en seulement 681 minutes et 2 titularisations).

Sandrine Brétigny en 2004 contre Juvisy

Sandrine Brétigny en 2004 contre Juvisy

Laetitia Tonazzi n’a pas eu ce problème à Juvisy où elle a été titulaire indiscutable pendant 10 ans. Mais malgré son efficacité et sa présence devant le but elle n’a jamais vraiment réussi à s’imposer chez les Bleues : présente depuis 2003, elle doit attendre les éliminatoires de la Coupe du monde 2007 pour être régulièrement titulaire. L’échec des Bleues et l’arrivée d’un sélectionneur qui préfère jouer sans avant centre la poussent d’abord sur le banc puis hors de la sélection.

Le blues chez les Bleues

Symboliquement, l’attaque des Bleues alignée par Élisabeth Loisel pour son dernier match contre la Belgique en novembre 2006 était composée de Sandrine Brétigny et Laetitia Tonazzi4. Et le reste de leur parcours en sélection se ressemble, fait d’occasions manquées (le pire pour une buteuse) et de déceptions.

En 2003, Sandrine Brétigny est meilleure buteuse du championnat mais c’est Laetitia Tonazzi qui participe à la Coupe du monde. Pour l’Euro 2005, l’avant-centre des Bleues est encore Marinette Pichon, la Lyonnaise sort de deux saisons moyennes et la Juvisienne revient seulement de blessure et Élisabeth Loisel lui préfère Candie Herbert (mais pas au point de la faire jouer).

Les deux joueuses sont sélectionnées pour l’Euro 2009 et si Sandrine Brétigny remplace Candie Herbert (encore) pour l’ouverture contre l’Islande puis joue quelques minutes contre l’Allemagne, Laetitia Tonazzi n’entre pas en jeu. Et elles assistent ensemble du banc à l’impuissance de leurs coéquipières face aux Pays-Bas, sans avant-centre jusqu’à l’entrée de Candie Herbert (toujours) à la fin du temps réglementaire.

Laetitia Tonazzi

Laetitia Tonazzi

De nouveau en 2011, la Juvisienne d’alors reste à la maison alors qu’elle vient de finir meilleure buteuse du championnat, et sa dauphine Sandrine Brétigny va faire du tourisme en Allemagne. De l’avis de Bruno Bini, ses 19 buts en 2 titularisations (et 17 entrées en jeu) en font une option intéressante pour les matchs serrés où la France aura besoin d’un joker. Mais quand l’occasion se présentera, il ne le jouera pas : lors du quart contre l’Angleterre, elle entre bien à la 80e minute, mais ressort une demi-heure plus tard, sans doute parce que le score de 1-1 ne nécessite pas de marquer un but de plus. Et contre les États-Unis ou la Suède cela ne semble pas nécessaire non plus.

L’absence des deux attaquantes pour les Jeux Olympiques de Londres ne fait pas vraiment débat après une saison blanche pour l’une et mitigée pour l’autre. Leur grand retour a lieu pour le dernier Euro : Laetitia Tonazzi retrouve enfin les Bleues mais doit renoncer sur blessure, un peu comme en 2005. Après 10 ans de sélection, elle n’a toujours pas joué une minute lors d’un Euro. Elle est remplacée par Sandrine Brétigny qui s’est relancée à Francfort. Mais comme en 2011, elle a un statut de joker dans une équipe qui n’en utilise pas, même contre le Danemark.

Finalement, entre blessures, choix de l’entraîneur et méformes au mauvais moment, les deux attaquantes françaises les plus prolifiques des 10 dernières années cumulent moins de 180 minutes de jeu en phase finale (alors que la France en a disputé 6, soit 26 matchs).

Une buteuse est plus efficace sur le terrain

Il n’y a cependant pas qu’en équipe de France qu’on note ce décalage entre le discours sur l’efficacité de Sandrine Brétigny et son cantonnement sur le banc. Farid Benstiti qui déclare qu’elle va être une des forces de Juvisy parce que « dans les matchs où l’on n’arrive pas à marquer, elle, ça ne lui posera aucun souci » l’a pourtant régulièrement laissée sur le banc dans les matchs serrés quand il était à Lyon, préférant même faire entrer d’abord Laure Lepailleur en attaque en demi-finale retour de la Ligue des Championnes en 2007.

Les plus efficaces depuis 10 ans

Laetitia Tonazzi et Sandrine Brétigny sont les deux joueuses les plus efficaces en D1 lors des 10 dernières saisons, même si la seconde est suivie de près par Hoda Lattaf qui a profité de son escapade allemande pour lui remonter 19 buts. Le total toute compétition confondue ne change guère. Tout juste donne-t-il un petit bonus aux Lyonnaises qui ont plus eu l’occasion de marquer en Coupe d’Europe même si 15 des 21 buts de Laetitia Tonazzi (seulement devancée par les 33 de Lotta Schelin et les 24 de Camille Abily) ont été marqués pour Juvisy.

Nombre de buts en D1 depuis 2003-2004
Place Nom Buts
1 Laetitia Tonazzi 160
2 Sandrine Brétigny 148
3 Hoda Lattaf 145
4 Marie-Laure Delie 112
5 Camille Abily 111
6 Élodie Thomis 109
7 Élodie Ramos 100
8 Marinette Pichon 94
9 Eugénie Le Sommer 93
10 Lotta Schelin 84

Depuis 5 ans cependant, c’est Eugénie Le Sommer qui mène le bal sans coup d’éclat à 30 buts ou plus, mais avec une régularité métronomique, à Saint-Brieuc comme à Lyon. Elle est suivie par Lotta Schelin dont il ne faut pas oublier qu’elle n’est arrivée en France qu’en 2008. La troisième place de Marie-Laure Delie à ce classement (comme la 4e au classement sur 10 ans) est aussi la marque d’une belle régularité pour une joueuse qui n’a pourtant jamais atteint les 20 buts en une saison. Enfin, Sandrine Brétigny pâtit ici d’une saison quasi blanche en 2012 (57 minutes seulement en D1, mais un but) et de sa saison en Allemagne.

Nombre de buts en D1 depuis 2008-2009
Place Nom Buts
1 Eugénie Le Sommer 89
2 Lotta Schelin 84
3 Marie-Laure Delie 77
4 Laetitia Tonazzi 73
5 Camille Abily 69
6 Gaëtane Thiney 60
7 Elodie Thomis 56
7 Katia Cilene Teixeira Da Silva 56
9 Hoda Lattaf 54
10 Sandrine Brétigny 51

En 2005 et 2006, Marinette Pichon avait porté le record de buts en une saison de D1 à un niveau qu’on pensait inaccessible. Mais dès la saison suivante, Sandrine Brétigny le portait à 42 buts (en 21 matchs joués…). La même saison, Hoda Lattaf était loin avec 26 buts, un total qui lui aurait donné le titre de meilleure buteuse tous les ans depuis 2010.

Nombre de buts marqués en une saison de D1
Place Nom Buts Saison
1 Sandrine Brétigny 42 2006-2007
2 Marinette Pichon 38 2004-2005
3 Marinette Pichon 36 2005-2006
4 Laetitia Tonazzi 27 2007-2008
4 Katia Cilene Teixeira Da Silva 27 2008-2009
6 Hoda Lattaf 26 2006-2007
7 Sandrine Brétigny 25 2007-2008
8 Lotta Schelin 24 2012-2013
9 Eugénie Le Sommer 22 2011-2012
9 Sandrine Brétigny 22 2008-2009

Enfin, chez les Bleues, Marinette Pichon est très largement la meilleure buteuse mais au train ou va Marie-Laure Delie, elle pourrait ne pas le rester. On note que le classement est mené par les joueuses actuelles, la première vraie retraitée Stéphanie Mugneret-Béghé arrivant à la 12e place.

Nombre de buts en sélection
Place Nom Buts Sélections
1 Marinette Pichon 81 112
2 Marie-Laure Delie 47 61
3 Gaëtane Thiney 35 92
4 Hoda Lattaf 30 109
5 Eugénie Le Sommer 28 78
6 Élodie Thomis 27 94
7 Camille Abily 23 120
8 Louisa Necib 22 101
9 Élise Bussaglia 20 115
10 Sandrine Soubeyrand 18 198
10 Sonia Bompastor 18 156

Bien entendu, ni Laetitia Tonazzi (13e avec 14 buts en 57 sélections), ni Sandrine Brétigny (20e avec 9 buts en 22 sélections) ne sont au sommet de ce classement, car elles ont trop peu de sélection et plus encore, trop peu de temps de jeu. Pourtant Laetitia Tonazzi marque toutes les 190 minutes en sélection, à peu près comme Gaëtane Thiney et Élodie Thomis, et légèrement moins bien qu’Eugénie Le Sommer (un but toutes les 160 minutes).

La plus efficace est de loin Marie-Laure Delie qui marque toutes les 80 minutes, devant Marinette Pichon (110 minutes) et Eugénie Le Sommer.

Si l’on tient compte des joueuses qui ont marqué moins de 10 buts (mais plus de 55), Sandrine Brétigny a le même rendement que Marie-Laure Delie, mais avec seulement 9 buts marqués.

Et on se souviendra qu’Astrid Lagrevol a le meilleur ratio avec un but toutes les 70 minutes (7 buts, dont un quadruplé contre l’Algérie en mai 1998) et que Sandrine Fusier s’intercale entre Marinette Pichon et Eugénie Le Sommer avec 9 buts, un toutes les 140 minutes, entre 1993 et 1997. La première jouait à Lyon, la seconde à Juvisy. Bien sûr.



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