Ni buts ni soumises » Tout ça pour ça

« Allemagne-Norvège, la revanche

La D1, le nouvel Eldorado »

Tout ça pour ça

Malgré les analyses qui prévoyaient du changement avant l’Euro, c’est encore l’Allemagne qui gagne à la fin, en battant la Norvège comme souvent. Sans être aussi dominatrices que d’habitude, les Allemandes ont su faire face à l’adversité et aux blessures pour remporter un 6e titre de rang.

Au rayon des déceptions, la France était favorite mais n’a pu atteindre le dernier carré, sans perdre, et l’Angleterre termine avec le plus mauvais bilan de la compétition.

Dans bien longtemps, quand on aura oublié quel formidable joueur était Gary Lineker, on se souviendra encore de sa phrase sur l’Allemagne qui gagne à la fin. Était-ce vraiment la peine d’organiser un Euro juste après deux compétitions internationales où les meilleures équipes européennes avaient été la Suède et la France, d’affaiblir l’Allemagne en l’amputant d’une bonne moitié d’équipe type pour finir comme d’habitude par une victoire de l’Allemagne en finale contre la Norvège ?

Les Allemandes ont rarement été flamboyantes pendant le tournoi, elles ont connus leurs premières contre performances depuis des années (un nul puis, horreur, une défaite) mais elles ont remporté les matchs qui comptent, 1-0 en quart, demi et finale avec plus ou moins de réussite mais toujours avec maîtrise. Il faut s’y faire. Quand l’Allemagne est forte, elle gagne largement (6-2 en finale il y a quatre ans), quand elle ne l’est pas, elle gagne seulement.

Cette victoire n’est cependant pas entièrement une surprise : quintuple tenante du titre, personne n’aurait osé exclure l’Allemagne des prétendantes. D’autant plus que la mauvaise passe allemande qui avait paraît-il raté ses dernières compétitions internationales était largement à relativiser, puisqu’elle se résumait à un match perdu dans les prolongations face au Japon. Les États-Unis, que personne n’imagine sur le déclin, et la Suède n’avaient pas fait mieux quelques jours plus tard. Au premier tour, l’Allemagne avait tranquillement remporté ses trois matchs, avec seulement une frayeur en fin de match contre le Canada. Mais la France, réputée avoir réussi son tournoi au contraire de sa voisine d’outre Rhin, était passée à la moulinette des partenaires d’Inka Grings. Bien sûr, après la défaite contre le Japon, les analyses téléologiques ont interprété les scores serrés du premier tour comme des signes avant-coureurs.

L’absence des Jeux Olympiques n’est pas un autre signe de déclin, mais la conséquence directe de cette défaite contre le Japon, puisque le système – discutable – de qualification pour l’Europe envoyait à Londres les deux équipes européennes (hors Angleterre) les mieux classées de la Coupe du monde et que les tirs aux buts lors de France-Angleterre n’avaient pas été favorables au Allemandes. La France, bien que nettement battue par l’Allemagne au premier tour, se retrouvait en demi-finale et gagnait donc (avec la Suède) sa place pour les Jeux.

Le rajeunissement allemand

Néanmoins, double tenante du titre et organisatrice, l’Allemagne ne pouvait se contenter de ce résultat et Silvia Neid proposait sa démission, refusée par la DFB. L’équipe était déjà à un tournant de génération, Birgit Prinz était proche de sa retraite et n’entrait même pas sur le terrain pour le quart contre le Japon. Kerstin Garefrekes annonçait son retrait après la compétition, Inka Grings suivant de près.

Toutefois, en dehors de ces monstres sacrés, le changement de génération devait se faire en douceur. Des 18 autres joueuses de la Coupe du monde, seules Ariane Hingst, Martina Müller et la gardienne Ursula Holl (temps de jeu total, une mi-temps contre la France pour la première citée) devaient ne pas être sur la liste de l’Euro, ce qui devait assurer une solide continuité de 15 joueuses. 5 blessures plus tard1, il fallait renouveler nettement plus.

La richesse du réservoir allemand est telle que ces absences n’ont finalement pas tellement été pénalisante et que Silvia Neid a continué à avoir le choix, sauf peut-être au poste d’arrière gauche où les absences conjuguées de Babett Peter et de Verena Faißt ont forcé à la titularisation de Jennifer Cramer. À droite, Leonie Maier n’a pas tellement plus d’expérience – elle a comme sa consœur démarré sa carrière internationale en début d’année – mais elle a gagné sa place à la régulière, la titulaire habituelle Bianca Schmidt (et sa remplaçante Luisa Wensing) étaient sur le banc en Suède.

De même, le duo de récupération le plus fréquemment utilisé depuis la Coupe du monde était constitué de Simone Laudehr et de Lena Goeßling, toutes deux présentes à l’Euro. Les absences de Kim Kulig et de Viola Odebrecht ont sans doute simplifié le choix mais il est vraisemblable que Nadine Keßler, meilleure joueuse du championnat d’Allemagne et capitaine championne d’Europe en club aurait joué de toute façon puisqu’elle est revenue régulièrement en sélection dès les premiers matchs de l’année. Elle n’est pas loin d’être la joueuse du tournoi, et son nom devrait ressortir dans les cérémonies de fin d’année.

C’est finalement sur les côtés de l’attaque que la pénurie s’est faite le plus sentir, d’autant plus que Melanie Behringer avait déjà quelque peu perdu sa place. Les absences ne la lui ont pas rendue (elle n’a joué que 25 minutes), mais si cela a profité à Lena Lotzen et dans une moindre mesure à Melanie Leupolz, ce sont surtout les expérimentées Simone Laudehr et Anja Mittag qui ont joué dans les moments clés.

Bref le rajeunissement était de toute façon en route dans l’équipe type et la cascade de blessures a surtout permis de voir dans le groupe des joueuses Melanie Leupolz, Isabelle Linden et Sara Däbritz dont le rôle n’a pas été déterminant. Les autres nouvelles auraient sans doute été présentes de toute façon.

L’entrée décisive d’Anja Mittag

Les Allemandes démarraient la finale dans la même composition que la demi-finale à l’exception de Célia Okoyino Da Mbabi qui reprenait sa place aux dépens d’Anja Mittag. La Norvège était aussi dans sa composition classique si ce n’est que Cathrine Dekkerhus remplaçait numériquement Ingvild Isaksen, la buteuse du premier match entre les deux équipes2. Cela reculait la capitaine Ingvild Stensland à la récupération et plaçait l’entrante à côté de Solveig Gulbrandsen.

Bien sûr, l’histoire retiendra que la Norvège a obtenu deux pénalties, et que Nadine Angerer a arrêté les tentatives des deux Norvégiennes les plus expérimentées, Trine Rønning et Solveig Gulbrandsen. L’Allemagne a su résister en première mi-temps quand son système ne tournait pas rond : l’animation qui avait fonctionné contre la Suède avec Anja Mittag en pointe peinait nettement plus avec Célia Okoyino da Mbabi dont le jeu semblait moins adapté. À la pause, Silvia Neid adaptait son schéma pour conserver son avant-centre en faisant entrer l’expérimentée Anja Mittag (98e sélection) à la place de la jeune Lena Lotzen sur l’aile droite mais pour entrer dans l’axe et libérer les mouvements de Celia Okoyino Da Mbabi et de Dzenifer Marozsán.

Et cela ne mettait pas longtemps à fonctionner. Le but vient certes d’un corner pour la Norvège mais le ballon est repoussé et Marit Christensen récupère le ballon dans son camp. Plutôt que de permettre à ses coéquipières de se réorganiser, elle cherche Trine Rønning restée aux abords de la surface allemande ; qui tente de décaler Caroline Hansen côté droit mais qui trouve Simone Laudehr. Avec un appui sur Dzsenifer Marozsán et une passe en profondeur de Nadine Keßler, les Allemandes se sortent du pressing de Caroline Hansen, Ingvild Stensland et Solveig Gulbrandsen et envoient Célia Okoyino Da Mbabi en direction du but devant Toril Akerhaugen et Trine Rønning toujours très avancée depuis le corner. Seule Marit Christensen couvre mais elle est au centre alors que l’action est à gauche. C’est sans doute parce qu’elle pense que ses coéquipières ne reprendront pas la nouvelle attaquante de Francfort3 qu’elle infléchit sa course pour venir à sa rencontre, laissant entièrement libre Anja Mittag qui suivait l’action. La défenseuse aurait sans doute mieux fait de couvrir l’axe, mais c’est collectivement que la Norvège a laissé jouer un 2 contre 3 qui ne vient même pas directement après un corner puisque les Norvégiennes avaient récupéré le ballon repoussé par la défense.

En fin de match, Even Pellerud va tenter de revenir en faisant entrer ses attaquantes. Contrairement au match contre le Danemark, il va choisir de faire entrer l’expérimentée Leni Kaurin plutôt que la jeune Emilie Haavi. Silvia Neid va bien naturellement faire l’inverse en remplaçant Simone Laudehr par Bianca Schmidt habituellement latérale sur l’aile gauche.

Les déceptions anglaise et française

Cette année, la compétition semblait plus ouverte que jamais puisque deux équipes avaient donc un bilan meilleur que l’Allemagne sur les deux dernières compétitions mondiales, la France deux fois demi-finaliste et la Suède, troisième du mondial et pays organisateur. Avec la cascade de blessure allemande, cela ressemblait vraiment à une occasion qui ne se représenterait pas de briser l’hégémonie. C’était certainement effectivement le cas, mais même les meilleures conditions ne suffisent donc pas.

La Suède n’a pas réussi son Euro puisque son objectif était la victoire. Mais elle ne l’a pas vraiment raté avec trois matchs nettement remportés après une ouverture délicate, avant de se trouver obligée de jouer contre l’Allemagne en demi-finale contrairement à la route toute tracée pour la finale. Les Suédoises n’ont pas fait un mauvais match contre l’Allemagne mais n’ont participé à la finale que par un tour d’honneur à la mi-temps. La star annoncée Lotta Schelin a un bilan qui ressemble à celui de sa sélection : meilleure buteuse avec 5 buts en 5 matchs, mais sans réussir à envoyer son équipe en finale.

Quelle suite pour les Bleues

Le bilan chiffré de la France est le meilleur de son histoire : pour la première fois, les Bleues quittent une compétition invaincue et avec trois victoires4. C’est même la première fois qu’elles remportent plusieurs matchs dans un Euro. En d’autres temps, Bruno Bini aurait réussi à utiliser ces chiffres pour tirer un bilan positif de la compétition. Mais la médiatisation aidant, et avec les attentes suscitées par cette équipe, une élimination en quarts de finales est évidemment un échec, même après trois bon matchs de poules, surtout après trois bons matchs de poules même.

Noël Le Graët a annoncé qu’il allait rencontrer Bini prochainement, sans préciser si c’était pour le démettre ou le confirmer. La question du changement de sélectionneur se pose évidemment : indépendamment de l’analyse que l’on peut faire de la compétition, c’est la loi du genre : un sélectionneur est tributaire de ses résultats dans les phases finales. Mais le président de la FFF va devoir gérer une situation difficile où il s’est mis tout seul. Dans l’euphorie de la défaite face à la Suède lors du match pour la troisième place de la dernière Coupe du monde, le fraîchement élu président de la FFF qui découvrait le football féminin a proposé une prolongation de contrat au sélectionneur. Mais les termes de cette prolongation sont assez étonnants de méconnaissance de la discipline. Le contrat était de deux ans, renouvelables jusqu’en 2015 en cas de qualification pour l’Euro. Étant donné la faiblesse des éliminatoires, cela revenait à un contrat de quatre ans5, avec deux phases finales au milieu. Dès la signature, les interrogations ont fleuri : que se passera-t-il en cas de contre performance aux Jeux Olympiques ou à l’Euro ? Londres a été une déception mais la place de demi-finalistes n’était pas un échec patent. Ce n’est pas le cas de l’Euro.

Le groupe de qualification pour la Coupe du monde 2015 au Canada ne devrait pas poser de problème aux Bleues, mais les Bleues devraient être nettement moins favorites.

Quatre ans après

L’autre grosse déception de l’Euro est l’équipe d’Angleterre, arrivée en Suède avec un statut de 4e équipe européenne (et 7e mondiale), invaincue sur la saison et de vice-championne d’Europe en titre. Toutefois, ce bilan flatteur était comme souvent à relativiser : comme les Bleues en leur temps, les Anglaises ne s’étaient frotté au gratin avant la préparation en dehors d’un match contre la France. Et si le premier match de préparation était un intéressant nul contre le Japon, le second était une lourde défaite 4-1 contre la Suède.

Même si l’Angleterre était surestimée comme souvent, sa performance a été particulièrement ratée. Passe encore pour le premier match contre l’Espagne qui a présenté un football intéressant propre à gêner une équipe dont la qualité technique n’est pas la qualité première. Mais le match nul contre la Russie tient du miracle, même s’il souligne les qualités mentales anglaises. Et la défaite 3-0 contre une équipe de France bis a vraiment ressemblé à un naufrage. Un jour peut-être que la place réservée de Hope Powell sera remise en question.

Autre demi-finaliste il y a quatre ans, on annonçait que les Pays-Bas avaient fait leur révolution, qu’il ne s’agissait plus d’une équipe destinée seulement à faire déjouer son adversaire. On ne l’a pas vraiment vu, les Néerlandaises sont les seules à ne pas avoir marqué et si elles ont montré leur capacité à engluer une bonne équipe contre l’Allemagne, elle n’ont pas été capable de proposer plus contre la Norvège et surtout contre l’Islande.

Nord et sud

On a un peu hâtivement conclu à un rééquilibrage au sud du football féminin après deux journées où l’Italie et l’Espagne (et la France) avaient été séduisantes. La suite n’a pas été à la hauteur, jamais ces deux équipes n’ont semblé en mesure d’être dangereuses lors des quarts de finales. Du coup, leur niveau reste dans la norme de ce qu’on pouvait attendre de ces équipes.

De même, les nations scandinaves (et assimilées) sont sans doute moins dominatrices que dans les années 90 où la Norvège était peut-être la meilleure équipe du monde, mais elles ont été quatre sur cinq en quart de finales, et encore trois en demi-finales. Le cas Suédois a été évoqué. L’Islande a réalisé son meilleur Euro (après avoir concédé trois défaites il y a quatre ans), ne perdant que contre l’Allemagne et la Suède.

Le Danemark est demi-finalistes sans gagner un match (mais avec une seule défaite) et a montré de belles choses avec une ligne d’attaque très jeune, tout comme celle de la Norvège qui n’a pas été tellement meilleure que la Suède mais qui a profité de son tableau pour jouer la finale.

Un Euro moins prolifique

Avec 56 buts, soit 2,24 par match, cet Euro est le moins prolifique de l’histoire, mois encore que les 2,33 de 1997 et très loin des 3 buts et plus des deux dernières éditions. Il faut dire qu’il n’y a pas eu de score prolifique en dehors des victoires de la Suède 5-0 sur la Finlande et 4-0 sur l’Islande. Aucune équipe n’a perdu tous ses matchs, d’ailleurs le premier tour a vu 8 matchs nuls en 18 matchs (plus deux en élimination directe). Tout cela semble indiquer un resserrement des valeurs, même si à la fin, ce sont toujours les mêmes qui gagnent.

  1. Babett Peter, Linda Bresonik, Alexandra Popp, Kim Kulig et Verena Faißt
  2. Le seul but encaissé par Nadine Angerer pendant le tournoi
  3. À tort, Toril Akerhaugen était sans doute assez rapide pour gêner l’attaquante au moment de centrer ou de frapper.
  4. Aux Jeux Olympiques, elles avaient aussi remporté trois victoires, pour trois défaites. Sinon, elles n’avaient jamais excédé deux victoires.
  5. D’ailleurs elle aurait déjà été moins grotesque formulée comme une prolongation de 4 ans avec clause d’éviction en cas d’élimination lors des éliminatoires de l’Euro.


Un commentaire pour “Tout ça pour ça”

  1. Furrealz? That’s malvuloesry good to know.

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