Ni buts ni soumises » D1 2012-2013 - Bilan de la saison

« Lotta Schelin, le cauchemar des Bleues ?

Passage à l’Euro »

D1 2012-2013 - Bilan de la saison

La saison s’achève sur le doublé de Lyon et la retraite de Sonia Bompastor. Bilan d’une saison de D1.

Lyon champion, le PSG en Ligue des Championnes, Juvisy et Montpellier dans le carré de tête, le reste du peloton à distance, Saint-Étienne et Guingamp relativement tranquilles, des promus qui luttent pour le maintien avec Vendenheim et dans une certaine mesure Rodez, il y a eu assez peu de surprise dans ce championnat.

Retour sur pronostic

Les présentations de saison sont souvent l’occasion de faire des pronostics. Mais les bilans sont rarement celle de les confronter à la réalité. Une saison aussi peu surprenante que celle qui vient de s’écouler est l’occasion de le faire sans trop se couvrir de honte. Revenons donc sur les hypothèses faites lors de la rentrée.

En haut de classement, le titre de Lyon et la seconde place du PSG étaient prévus. Juvisy a démenti le pronostic que tout club engagé en Ligue des Championnes finissait quatrième, mais sa place dans le quatuor de tête avec Montpellier ne faisait pas de doute.

Le maintien assez facile de Guingamp et Saint-Étienne, adossé à des clubs pros a été confirmé, même si les Vertes ont connu une mise en route difficile. Mais la cinquième place d’Yzeure est une vraie surprise pour un club qui avait perdu plusieurs joueuses importantes. Mais porté par les 18 buts de Laura Bouillot1 et avec la très bonne gardienne Américaine Libby Stout, le club auvergnat a pris la place convoitée de championne du deuxième peloton. Autant dire que le pronostic de début de saison « entre 8e et 12e » a été largement démenti, Yzeure n’ayant pratiquement pas quitté les 7 premières places.

Le reste du plateau a lutté pour le maintien. C’était attendu pour Issy, Vendenheim et Arras. Ça l’était aussi pour Rodez qui après avoir été à la lutte lors de la phase aller a pris de l’air lors des matchs retours. Toulouse était en revanche attendu nettement plus haut qu’une douzième place avec une seule victoire dans la saison. Il faut croire que la marche depuis la D2 est plus importante que ça, et que l’expérience de plusieurs joueuses habituées à la D1 voire aux sélections ne suffit pas.

Les surprises n’étaient pas prévues

Si à quelques détails près, le classement ne recèle pas de grosse surprise et cadre à peu près avec le pronostic, la liste des joueuses à suivre n’a pas été suivie par la réalité. Pourtant, la définition avaient habilement été laissée dans le flou, entre révélation à venir et star à ne pas manquer.

La deuxième catégorie a assez naturellement été la moins ratée : Hoda Lattaf a effectivement réalisé une saison époustouflante, sans doute sa meilleure depuis son retour à Montpellier. Annike Krahn et Linda Bresonik ont confirmé qu’elles pouvaient jouer un rôle important dans les nouvelles ambitions parisiennes. Laetitia Tonazzi n’a pas mis Lotta Schelin sur le banc, mais elle a eu du temps de jeu et un rôle important aussi bien tactiquement que dans la rotation de l’effectif, et son absence contre Wolfsbourg a certainement pesé. Par contre, la saison de Sandrine Dusang a encore été empoisonnée par une blessure qui lui a fait manquer une demi-saison, et elle ne s’est pas complètement imposée dans la défense juvisienne. Il aurait sans doute été plus visionnaire de porter l’attention sur Camille Catala./p>

Les tentatives de prévoir les révélations de la saison dans les autres clubs se sont soldés par à peu près autant d’échecs. Les saisons de Flavie Lemaitre et de Gwenaëlle Migot ont été tout à fait honorable. Mais leurs coéquipières respectives Laurie Cance ou Nora Coton-Pélagie se sont plus fait remarquer. La saison d’Aurélie Mula est légèrement relevée par son doublé contre Issy lors de la dernière journée, mais auparavant elle avait attendu la 17e journée pour marquer son seul autre but. Ce qui en fait toutefois la meilleure buteuse du club.

Laurie Cance, l'une des révélations de la saison

Laurie Cance, l'une des révélations de la saison

Le choix de l’américaine Megan Manthey comme joueuse à suivre côté stéphanois n’était sans doute pas le bon : aucun but en 6 apparitions, elle a disparu des feuilles de matchs en février, supplantée par la jeunesse stéphanoise. Entre Méline Gérard et Rose Lavaud pour les confirmations, voire Audrey Chaumette, Léonie Fleury et Candice Gherbi pour les révélations2, il y avait pourtant des joueuses à suivre à Saint-Étienne.

Enfin le choix de Julie Morel comme joueuse à suivre à Guingamp a d’abord semblé de bon aloi. Il faut dire qu’elle venait d’être lauréate du « Challenge de la meilleure joueuse de D1 » de la FFF, et elle commençait son mois de septembre par l’égalisation contre le nouvel ogre PSG, et un but pour sa première chez les Bleues « à domicile » au stade du Roudourou contre l’Irlande. Mais le courant ne passant pas avec son entraîneur Olivier Moullac, elle était progressivement mise à l’écart et finissait par quitter Guingamp pour retourner à Condé en D23.

Dans l’autre sens, il n’y avait aucune joueuse « à suivre » ni à Arras, ni à Yzeure. Pourtant certaines auraient mérité de l’être, à commencer par Laura Bouillot qui a marqué cette saison cinq fois plus que dans ses quatre premières (dont deux à peu près complètes) et qui est passé en 12 mois d’un statut de joueuse de complément dans une équipe de milieu de tableau à celui d’internationale avec une convocation pour le prochain stage des Bleues.

Quelques chiffres

Avec 530 buts marqués en 132 matchs, la D1 marque un peu plus de 4 buts par match. C’est un peu moins que l’an dernier où 544 buts avaient été marqués, mais c’est le troisième total répertorié derrières les 533 buts de 2008-2009. Depuis 10 ans, la moyenne oscille entre 3 et 4 buts par match, et contrairement au championnat des garçons, il serait sans doute souhaitable que cette moyenne baisse légèrement puisqu’elle est essentiellement gonflée par des scores écrasants qui n’apportent pas grand chose au spectacle.

Lyon en a profité pour augmenter encore sont record de buts marqués qui datait de la saison dernière et qui passe de 119 à 132, soit exactement 6 buts par matchs. Le PSG, deuxième attaque a marqué 75 buts, ce qui le met légèrement derrière le Juvisy du milieu des années 2000 (83 buts en 2006 et 78 en 2005) et Toulouse de 2000 (85 buts).

Moyenne de buts en D1
Saison Buts Moyenne
2012-2013 530 4.02
2011-2012 544 4.12
2010-2011 422 3.20
2009-2010 457 3.46
2008-2009 533 4.04
2007-2008 448 3.39
2006-2007 510 3.86
2005-2006 429 3.25
2004-2005 467 3.54
2003-2004 416 3.01

Dans la lignée de la saison dernière

Avec un peu moins de 610 spectateurs, l’affluence moyenne est en légère baisse par rapport à la saison dernière où elle dépassait 620, mais en étant largement portée par le match Guingamp-Lyon qui avait attiré plus de 12 000 personnes. Cette année, le même match a encore été la meilleure affluence, avec « seulement » 7 850 spectateurs, mais le stade de Gerland a régulièrement attiré de belles affluences, non seulement contre le PSG pour le match au sommet (6 500) et dans les matchs au sommet (Juvisy, Saint-Étienne, Montpellier), mais aussi contre Rodez ou Issy en ouverture et clôture de la saison. L’OL atteint ainsi presque les 2 500 spectateurs de moyenne à domicile, alors qu’il y a seulement deux ans sa meilleure affluence était de 1 500.

Les affluences des autres stades sont aussi marquées par les visite lyonnaises : huit équipes ont connu leur meilleure affluence à cette occasion, souvent largement comme à Guingamp, Arras ou Rodez. Mais attention, le PSG commence à faire recette en faisant logiquement la meilleure affluence chez ses voisins à Juvisy et Issy, mais aussi un peu partout ailleurs. Si Lyon attire près de 2 000 personnes en moyenne4, le PSG dépasse maintenant les 1 2005.

Mais surtout, ces chiffres confirment la multiplication par trois observée l’an dernier. Il y a maintenant une trentaine de matchs joués devant plus de 500 spectateurs, une quinzaine devant plus d’un millier. Avant ces deux dernières saisons on comptait sur les doigts d’une seule main les matchs joué devant plus de 1 000 spectateurs lors des dix dernières saisons.

Plus grosses affluences en D1
Saison Nombre de matchs devant plus de
500 spectateurs 1000 spectateurs 2000 spectateurs
2012-2013 32 16 6
2011-2012 31 14 8
2010-2011 5 1 0
2009-2010 5 2 1
2008-2009 7 0 0
2007-2008 2 1 0
2006-2007 2 0 0
2005-2006 2 0 0
2004-2005 3 0 0
2003-2004 1 0 0

Comme des garçons

La professionnalisation de la D1, qu’elle soit dans les statuts ou dans les mentalités, provoque des pratiques jusque là plutôt réservé au football des hommes. Cette saison, trois entraîneurs ont été remplacés en cours de saison. Si les choses se sont passées en douceur à Arras où Claude Rioust a succédé à Éric Zelazny et à Jean-Pierre Marocchini mais René Devienne a assuré une certaine continuité. À Issy et Vendenheim par contre, la situation a plutôt viré au psychodrame. David Remisse a été annoncé démis, puis confirmé avant d’être officiellement remercié sans que son successeur ne soit désigné. Nicolas Gonfalone n’est arrivé qu’après une journée de battement. Le remplacement de Dominique Steinberger par Stéphanie Trognon n’a pas été plus calme.

Pour l’anecdote, Toulouse qui est le seul club des 4 derniers à ne pas avoir remercié sont entraîneur en a aussi connu deux cette saison puisque Soraya Belkadi a laissé la place à Sylvain Delgado le temps de quelques matchs pour cause de congé maternité.

Un mercato d’hiver animé

Autre classique de la Ligue 1 adoptée par la Division 1, le recrutement hivernal qui n’apporte pas grand chose. C’est un peu la version du haut de tableau du changement d’entraîneur. La spécificité est que comme il n’est pas possible pour une joueuse de jouer pour deux équipes différentes dans la même compétition, les clubs doivent en général recruter à l’étranger ou dans les divisions inférieures.

Lyon a lancé le bal avec un recrutement qui a été nettement plus efficace sur le plan marketing que sur le terrain. Megan Rapinoe n’est très bien intégrée dans le groupe mais son apport dans le jeu n’a pas été à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre d’une joueuse de ce calibre, en particulier en finale de Ligue des Championnes. C’est toutefois nettement plus que Shinobu Ohno qui n’a jamais réussi à s’imposer et qui retourne au Japon avec seulement 7 matchs (dont 2 en entier) et un seul but.

Juvisy a aussi profité de la fenêtre de recrutement pour tenter de régler le problème de gardienne causé par l’impossibilité de recruter Céline Deville en début de saison alors qu’Audrey Malet avait déjà été mise à l’écart. C’est l’Ukrainienne Yryna Zvaritch qui est arrivée, mais Marion Mancion a repris la place, jouant même la double confrontation en demi-finales de la Ligue des Championnes.

Dans le haut de tableau, seule l’arrivée de Tobin Heath au PSG a finalement été pleinement satisfaisante. L’Américaine a grandement participé à la deuxième place des Parisiennes.

Inès Jaurena et Adeline Rousseau, les recrues hivernales d'Issy

Inès Jaurena et Adeline Rousseau, les recrues hivernales d'Issy

Issy a aussi tenté de se relancer avec deux joueuses habituées des sélections de jeunes : Adeline Rousseau est arrivée de Juvisy où elle n’avait pas eu l’occasion de jouer, et Inès Jaurena est arrivée de l’Université de Floride6. Elles n’ont pas réussi l’impossible de maintenir le club. Si elles restent elles seront à coup sûr des joueuses importantes pour tenter de remonter.

La meilleure joueuse

Cette saison, Lotta Schelin a été tellement au dessus des autres que son titre de meilleure joueuse décerné lors des trophées UNFP ne souffre d’aucune discussion. La Suédoise a aussi été récompensée lors des Trophées du football féminin décernés par les sites Footdelles.com et une-deux.net, ainsi que par Eurosport. Comme d’habitude, le grotesque « Challenge de la meilleure joueuse » de la FFF n’ose pas annoncer ses résultats. Aux dernières nouvelles, après 18 journées, c’était la Ruthénoise Laurie Cance qui était en tête devant Hoda Lattaf, Delphine Chatelin et Shirley Cruz. Dans le cadre d’un trophée de « la joueuse à suivre », ce classement serait certainement intéressant.

Il y a un an, la version alternative du challenge de la meilleure joueuse (voir le bilan de la saison 2011-2012) avait consacré Eugénie Le Sommer et permis de dégager une équipe type tout à fait honorable.

Cette année, le barème semble avoir été nettement moins pertinent et faire la part belle aux buteuses puisqu’on en retrouve 8 dans les 10 premières. Et la joueuse arrivée largement en tête est Camille Abily qui a aussi été buteuse sans avoir été avant-centre. Comme pour le trophée de la FFF, cela va au moins être l’occasion de remettre un peu la lumière sur une joueuse qui a été un peu oubliée des récompenses de fin de saison alors qu’elle a fait 6 premiers mois proprement exceptionnels.

Classement ni but, ni soumis

  1. Camille Abily (Lyon) : 151
  2. Lotta Schelin (Lyon) : 119.33
  3. Hoda Lattaf (Montpellier) : 118.14
  4. Laura Bouillot (Nord-Allier) : 114.84
  5. Sarah Bouhaddi (Lyon) : 113.5
  6. Kosovare Asllani (PSG) : 109.6
  7. Lindsey Horan (PSG) : 107.44
  8. Eugénie Le Sommer (Lyon) : 104.7
  9. Laetitia Tonazzi (Lyon) : 104.44
  10. Gaëtane Thiney (Juvisy) : 102.77
  11. Sonia Bompastor (Lyon) : 100.89
  12. Sabrina Delannoy (PSG) : 98.81
  13. Shirley Cruz Traña (PSG) : 97.36
  14. Nelly Guilbert (Juvisy) : 96.27
  15. Léa Le Garrec (Saint-Brieuc) : 94.73
  16. Sandrine Soubeyrand (Juvisy) : 94.27
  17. Méline Gérard (Saint-Etienne) : 94
  18. Marie-Laure Delie (Montpellier) : 93.38
  19. Camille Catala (Juvisy) : 90.54
  20. Amandine Henry (Lyon) : 89.58

Les règles de calcul sont expliquées ici.

Vivement la reprise

La saison prochaine, le plateau aura un petit air de déjà-vu puisqu’il sera identique à celui de la saison dernière : Hénin-Beaumont, Soyaux et Muret remontent après une saison seulement de D2.

Les mouvements de joueuses réserveront sans doute des surprises mais on peut déjà avoir une idée des forces en présence.

Lyon a en quelque sorte fini un cycle. La fin de saison entre la finale de Londres et la première version de la demi-finale contre Montpellier a montré que l’enchaînement des saisons commençait à peser et qu’un peu d’air frais ferait du bien. Sonia Bompastor a fini sa carrière sur un nouveau doublé, Laura Georges est annoncée sur le départ et une défenseuse centrale internationale est annoncée. La rumeur parle de Saki Kumagai qui quitte Francfort.

Sonia Bompastor, l'heure de ranger les crampons

Sonia Bompastor, l'heure de ranger les crampons

Pour Lyon, il ne faudra pas tarder à remettre en place une défense parce que le PSG devrait être au niveau dès l’an prochain. En dehors de la championne du monde M-17 Léa Declercq qui a déjà signé, le club parisien va recruter pour bien figurer en Ligue des Championnes. Et cette fois, il y a peu de chance que les joueuse de Farid Benstiti grillent deux jokers dans les trois premières journées.

Même si le titre devrait se jouer entre ces deux équipes, leurs concurrentes n’abdiqueront pas. Juvisy se professionnalise pour pouvoir rivaliser. Sandrine Mathivet quitte la tête de l’équipe première pour un rôle de directrice sportive et sera remplacée par Pascal Gouzènes. Laure Lepailleur devrait enfin rechausser les crampons et Céline Deville en fin de contrat à Lyon devrait arriver dans l’Essonne.

Montpellier qui arrivait en fin de cycle ne sera plus entraîné par Sarah M’Barek mais par Jean-Louis Saez, et a été le premier à recruter une internationale française, Marina Makanza en provenance de Fribourg.

Où sont les femmes ?

Avec l’arrêt pour raison professionnelle d’Élodie Woock, remplacée sur le banc de Rodez par Nicolas Bach, la descente du TFC de Soraya Belkadi et du Vendenheim de Stépanie Trognon, et parce que Corinne Diacre ne remonte pas avec Soyaux, remplacée par Jean-Claude Barrault, on n’est pas passé loin de ne plus avoir d’entraîneuse en D1.

La saison finalement moyenne de l’EAG après la gestion assez conflictuelle des cas de Julie Morel et de Marion Boishardy, a coûté sa place à Olivier Moullac. Il est remplacé par Sarah M’Barek qui pourra compter sur la future star Griedge M’Bock Bathy Nka, qui a prolongé.



4 commentaires pour “D1 2012-2013 - Bilan de la saison”

  1. Je pense que c’est le bilan de la saison 2012-2013 et pas 2011-2012 comme indiqué dans le titre !

  2. C’est une judicieuse remarque. Je corrige.
    Merci.

  3. On attend avec impatience l’article de rentrée de la saison 2013-2014 ;-)

  4. @ Zane : d’ici là, on va surement d’abord avoir droit à quelques très bons articles sur l’Euro 2013 ! ;)

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