Ni buts ni soumises » Et de deux !

« Une finale habituelle

22 voilà les Jeux Olympiques »

Et de deux !

Lyon vient de remporter contre Francfort sa deuxième Ligue des Championnes consécutives, qui est aussi la deuxième levée du triplé visé par le club après la Coupe et avant un éventuel championnat.

Ce titre obtenu à l’issue d’un match maîtrisé dans un costume de favorite confirme le nouveau statut de l’OL et du football féminin français dans la hiérarchie européenne.

La finale entre Lyon et Francfort était annoncée dès le début de saison, entre l’équipe tenante du titre et l’équipe qui avait opéré le recrutement le plus impressionnant à l’intersaison (à commencer par l’arrivée de Fatmire Bajramaj).

Paradoxalement, si on envisageait une passation de pouvoir symbolique, c’était plutôt dans l’autre sens, entre la puissance historique de Francfort et la nouvelle place forte de l’OL appuyée sur un riche club professionnel masculin1.

Programmée en début de saison, l’affiche n’était sans doute pas aussi évidente en fin de saison. Potsdam a certainement été plus convaincant que Francfort tant en Coupe d’Europe qu’en championnat d’Allemagne, que les Brandebourgeoises sont en passe de remporter une nouvelle fois.

Mais les aléas du tirage au sort ont fait s’affronter les deux principales favorites qu’étaient devenues Lyon et Potsdam dès les demi-finales permettant à Francfort de se glisser en finale. Dix jours après avoir définitivement perdu le titre contre Potsdam sur un triplé d’Anonma et quatre jours après avoir perdu la Coupe d’Allemagne contre le Bayern, il s’agissait de la dernière occasion de remporter un titre cette saison pour le club de la Hesse qui avait recruté pour tout gagner et qui finit bredouille.

Des parcours opposés

Dès les premiers tours de Coupe d’Europe, les choses se sont avérées plus compliquée que prévu. Il faut dire que Francfort n’a pas eu un tirage facile en tombant sur des équipes norvégiennes et françaises là où d’autres rencontrent des Roumaines et des Tchèques. Lors des trois premiers tours, l’équipe allemande perdait ainsi ses trois matchs à l’extérieur (1-0 contre Stabæk, 2-1 contre le PSG à Charléty, 1-0 contre Malmö), mais comme elle remportait aussi ses matchs à domicile par trois buts d’écart, elle se hissait en demi-finales.

Là, elle remportait contre Arsenal son premier match à l’extérieur de la compétition grâce à un but de Kerstin Garefrekes au bout des arrêts de jeu et confirmait au match retour. Le parcours n’avait pas été de tout repos mais l’équipe semblait se trouver au meilleur moment.

Le parcours de Lyon était nettement plus tranquille. Et si le tirage avait été clément lors des deux premiers tours contre l’Olimpia Cluj et le Sparta Prague (12-0 à chaque fois), l’obstacle de Brøndby était effacé presque aussi facilement (4-0 deux fois).

Venait ensuite la revanche des deux finales précédentes, l’opposition entre les deux meilleures équipes européennes depuis trois saisons. Mais comme les précédents adversaires de l’OL, Potsdam coulait sous la pluie de Gerland encaissant un cinglant 5-1 à peine atténué par le nul 0-0 obtenu au match retour.

Francfort diminué

À ces dynamiques opposées, on peut ajouter que si l’OL se présentait avec quasiment tout son effectif (seule Élodie Thomis suspendue manquait), Francfort était sévèrement diminué par les absences de la gardienne de l’équipe d’Allemagne Nadine Angerer, de la défenseuse américaine Alex Krieger, de sa régulatrice du milieu Kim Kulig (absente à peu près toute la saison) et de sa star Fatmire Bajramaj touchée lors de la finale de la Coupe.

Cette dernière est indiscutablement la star de l’équipe à défaut d’en être la meilleure joueuse. Recrutée à prix d’or à Potsdam à l’intersaison, elle aurait dû jouer là sa quatrième finale de Ligue des Championnes consécutives avec un troisième club différent après Duisbourg (2009) et Potsdam (2010 et 2011). Elle laissera à une autre le soin d’affronter Lyon pour la troisième année de suite en finale : la gardienne Desirée Schumann était sur le banc au Coliseum Alfonso Pérez de Getafe en 2010 et à Craven Cottage l’an dernier avant de pouvoir cette fois-ci participer sur le terrain.

Du côté de l’OL, six joueuses ont joué leur troisième finale consécutive : Sarah Bouhaddi, Wendie Renard, Amandine Henry, Shirley Cruz, Louisa Necib et Lara Dickenmann.

Le scénario du match

Les dix premières minutes de match étaient totalement allemandes : le pressing de Francfort empêchait les Lyonnaises de développer le moindre embryon de jeu. Mais sous l’impulsion de Shirley Cruz, elles sortaient peu à peu la tête de l’eau. Et à la 15e minute, la Costaricienne récupérait un ballon au milieu, débordait côté gauche après un appui sur Louisa Necib, ratait son centre et retournait chercher le ballon dans les pieds de Melanie Behringer qui choisissait de la ceinturer dans la surface. Le pénalty était transformé par Eugénie Le Sommer.

Le retour lyonnais était également lié à une plus grande agressivité dans les duels permettant de se mettre au niveau de l’adversaire et de ce que tolère l’arbitre. C’est sans doute un point essentiel pour battre une équipe allemande tant on se souvient d’équipes françaises se faisant soit découper sans oser répliquer soit répondant en dehors des limites et se faisant sanctionner.

À la demi-heure, Shirley Cruz lançait Lotta Schelin dans la profondeur. La gardienne Desirée Schumann devançait l’attaquante suédoise de la tête hors de sa surface, mais son dégagement arrivait directement sur Camille Abily qui de 35m reprenait de volée dans le but déserté.

Ensuite les Lyonnaises contrôlaient globalement le jeu en dehors d’une poussée de Francfort emmenée par Dzsenifer Marozsán au début de la deuxième mi-temps. Mais face à une équipe qui n’avait encaissé qu’un seul but depuis le début de la compétition (et 6 toutes compétitions confondues, jamais deux dans le même match) la tâche d’en remonter deux était difficile, surtout pour une équipe totalement en panne d’avant centre depuis la retraite de Birgit Prinz et l’échec de Jessica Landström encore entrée en jeu sans apporter grand chose.

Lyon dans l’histoire

Lyon assumait donc son rôle de favori et remportait son deuxième titre de rang devant plus de 50 000 spectateurs acquis à la cause de son adversaire. Si le parcours de la saison est impressionnant, celui des cinq participations l’est encore plus : en cinq campagnes, l’OL a joué 44 matchs, pour 33 victoires, 9 nuls et 2 défaites (contre Duisbourg lors de l’élimination en demi-finale en 2009 et contre Torres en match retour du quart de finale 2010, sans conséquence après la victoire 3-0 de l’aller)2, ce qui l’a conduit 5 fois en demi-finales, 3 fois en finale et 2 fois au titre.

Avec ce doublé, Lyon rejoint Umea qui était jusque là la seule équipe à avoir gardé son titre en 2003 et 2004, ainsi que Potsdam au nombre de victoires et s’approche à une unité de Francfort.

En dehors des nombreuses victoires allemandes (3 pour Francfort, 2 pour Potsdam et 1 pour Duisbourg), seuls Umea et Arsenal l’avaient emporté. Lyon se place maintenant plutôt dans les traces des Suédoises, doubles vainqueurs après une première défaite en finale, et qui joueront ensuite deux autres finales, que dans celles d’Arsenal vainqueur surprise en 2007 et qui a surtout su profiter des circonstances (élimination des clubs allemands dès les quarts de finales par Brøndby et Kolbotn).

Les joueuses

On n’insiste sans doute pas assez dessus parce que Lyon joue beaucoup de matchs faciles où sa défense tient surtout au fait que son adversaire n’attaque jamais. Mais le quintet défensif de l’OL (et pratiquement de l’équipe de France) résiste très bien contre les adversaires de plus haut niveau : 3 buts encaissés seulement en 10 matchs contres des adversaires sérieux (Juvisy, PSG, Montpellier, Brøndby, Potsdam, Francfort).

Sarah Bouhaddi a réalisé une nouvelle grande performance en finale de Ligue des Championnes, pour la troisième fois. Plusieurs arrêts décisifs et une bonne présence aérienne et dans le jeu ont permis d’assurer la victoire lyonnaise.
Sonia Bompastor a remporté son duel face à Kerstin Garefrekes la joueuse la plus dangereuse de Francfort. Elle a comme d’habitude été présente à la fois en défense et en attaque, comme Corine Franco côté droit qui en a profité pour placer quelques tacles montrant qu’elle n’était pas impressionnée.

Dans l’axe, Sabrine Viguier (la seule qui n’est pas titulaire chez les Bleues) a usé de son sens du placement habituel pour justifier que Patrice Lair la préfère au physique de Laura Georges. Mais bien sûr elle est éclipsée par Wendie Renard totalement impassable, la plupart du temps bien placée et qui n’hésite plus à dégager en tribune. Il est loin le ballon chipé par Marta en demi-finale 2008. Maintenant, c’est Wendie Renard qui fait jouer son expérience.

Cependant, c’est au milieu que les Lyonnaises ont fait la différence. Pour une fois en finale, ce n’est pas Amandine Henry qu’on distinguera particulièrement. Elle a pourtant encore fait un match énorme tant à la récupération qu’à la relance et à la percussion. Mais à ses côtés, Shirley Cruz en a fait encore plus en étant à l’origine des deux buts et se retrouvant plusieurs fois en position de frappe. Elle aurait pu être désignée joueuse du match mais c’est Camille Abily qui a reçu cette distinction comme l’an dernier. Cela tient sans doute à son but génial, mais aussi à son activité inlassable associée à sa présence constante en soutien de son attaque. Elle a au passage marqué son 9e but de la compétition dont elle est meilleure buteuse, ce qui semble prouver qu’il n’est pas inutile de la placer assez haut sur le terrain.

Finalement, c’est devant que le bilan pourrait être légèrement plus mitigé. Pas pour Lotta Schelin qui n’a pas marqué mais qui a pesé tout le match sur la défense, provoqué et dribblé. Eugénie Le Sommer est légèrement en retrait depuis quelques mois. Mais même en retrait, elle a placé quelques débordements, bloqué son couloir et marqué sur pénalty son 9e de la compétition (ce qui lui vaut le titre de meilleure buteuse à égalité avec Camille Abily). Un bilan dont beaucoup se contenterait au mieux de leur forme.

Louisa Necib enfin a beaucoup dribblé utile côté gauche, mettant au supplice Meike Weber avant d’être remplacée peu après la mi-temps par Lara Dickenmann qui a apporté plus de vitesse mais qui a manqué d’efficacité.

En face, Desirée Schumann a été très sollicitée et a plutôt sauvé Francfort d’une défaite plus large même si sa sortie sur le deuxième but n’a peut-être pas été parfaite.

La défense centrale composée de Gina Lewandowski et de Saskia Bartusiak a régulièrement été dépassée par la vitesse de Lotta Schelin mais a plutôt tenu le coup.

Si à gauche, Sara Thunebro a plutôt bien contrôlé Eugénie Le Sommer, Meike Weber va sans doute faire des cauchemars des dribbles de Louisa Necib puis de ceux de Lara Dickenmann quand elle pensait en avoir fini.

Saki Kumagai et Melanie Behringer avaient la lourde tâche de s’opposer au milieu de terrain lyonnais et ont régulièrement été laissées à l’abandon à deux contre trois (et pas n’importe quelles trois). Si la Japonaise a donné des ballons propres, l’Allemande a tenté de contrôler le milieu en mettant des coups, mais s’est aussi beaucoup montré aux avant-postes par quelques coups d’éclats.
Kerstin Garefrekes a beaucoup percuté comme d’habitude mais sans beaucoup de réussite, tout comme Sonja Huth de l’autre côté.

Annoncée en pointe et placée plutôt en soutien, Sandra Smicek a été globalement transparente ce qui a contribué à isoler Dzsenifer Marozsán, sans doute la meilleure joueuse offensive de Francfort. Elle a beaucoup percuté et montré beaucoup de talent mais sans soutien et finalement sans résultat.



6 commentaires pour “Et de deux !”

  1. Kumagai a été de loin la meilleure joueuse de Francfort même si Garefrekes a un talent et une expérience indéniable.

  2. Belle victoire méritée des Lyonnaises qui ont affiché une fois de plus une sérénité et une maîtrise assez exceptionnelles. Pourtant le premier quart d’heure a été très difficile. Plus que rare de voir les Lyonnaises acculées sur leur but sans arriver à ressortir et contrôler le ballon ! Le pénalty a évidemment été le tournant du match.
    D’accord avec l’analyse sur les performances individuelles à un ou deux détails près. Personnellement, j’ai été très déçu de la performance de Louisa Necib qui n’a jamais pesé sur jeu. J’aime beaucoup cette joueuse qui est si élégante à voir jouer avec une touche technique d’une très grande finesse. D’où ma déception cette fois. Dickenman a beaucoup plus apporté lorsqu’elle est entrée, grâce à sa force de percussion. Shirley Cruz a été énorme, tout simplement ! Quelle joueuse ! Et quel dommage que le Costa-Rica n’apparaisse pas dans les grands tournois, ce qui lui fait rater ce que son talent mériterait de connaître. Le syndrome George Best !
    Ce qui est aussi très rassurant pour l’EdF est la sécurité dégagée par Sarah Bouhaddi. Avec elle dans les buts, les Bleues devraient avoir aux JO de cet été un plus par rapport au Mondial 2011. On peut y ajouter l’incroyable progression en un an de Wendie Renard, effectivement impassable mais pas seulement dans les airs. Le duel annoncé avec Aby Wambach aux JO va valoir son pesant d’or (JO oblige…).
    Côté Francfort, je suis d’accord avec Patrique - quitte à passer pour un obsessionnel des Japonaises ! - sur Kumagai qui joue avec une sûreté et un calme très impressionnant. Elle m’avait déjà scotché pendant le Mondial (elle n’avait que 20 ans). Si je en me trompe, c’est elle qui avait réussi le dernier tir au but décisif en finale contre les USA et je crois qu’elle était juste avant la capitaine des U19 japonaises. Aucun doute qu’elle prendra le brassard des Nadeshiko d’ici peu.
    Et super heureux d’avoir eu confirmation du France-Japon amical, dernier match de préparation aux JO.

  3. Je rajoute deux petites choses :
    1) Est-ce que chacun(e) a remarqué le visage extrêmement sombre de Louisa Necib au moment de son remplacement au tout début de deuxième mi-temps ? Son équipe menait 2-0. Bien sûr, on n’est jamais remplacé de gaieté de cœur en finale de C1. Mais là, c’était vraiment très net et très anormal. Soit elle avait conscience d’avoir raté son match, soit au contraire elle estimait injuste de devoir sortir si tôt. Patrice Lair, dont on sait la fréquente brutalité de ton avec ses joueuses, lui aurait-il (un peu trop ?) soufflé dans les bronches à la mi-temps ?
    2) On aura noté que Kugamai a joué toute la partie en “sentinelle” devant la défense alors qu’en équipe du Japon elle évolue en défense centrale.

  4. @ Gromit : Tout à fait d’accord avec toi. La défense de l’OL était juste monstrueuse, que ce soit au niveau des perfs individuelles ou de l’organisation collective, et Shirley Cruz a été pour moi la joueuse du match. Et le France-Japon en prépa des JO, c’est calir que c’est vraiment un bonne nouvelle !

    Pour Louisa Necib, je pense que le plus gros soucis est qu’elle a été vue comme une joueuse assez exceptionnelle, et qu’au final, elle a maintenant de plus en plus de mal à justifier un statut de titulaire… En 10, Camille Abily est plus régulière et pèse plus sur le jeu de l’équipe, et Necib n’est pas tellement convaincante à d’autres postes (à l’aile comme sur ce match, ou à la récupération). Elle reste une très bonne joueuse je pense, mais vu la concurrence à Lyon, ça ne suffit pas pour figurer dans un 11 type… Je suppose que sa situation doit être beaucoup plus difficile à gérer (pour elle comme pour Lair) que pour des joueuses dont on n’attend pas autant au départ.

  5. Quel match de la part des joueuses qui ont fait la différence puis sont restées solides jusqu’au bout, elle mérite ce nouveau titre… Vont-elles conserver leur titre l’année prochaine? C’est tout le mal que je leur souhaite.

  6. Necib c’est une 10 à la Zidane! La mettre sur un côté c’est un crime. C’est pour cela que je lui conseille de quitter l’OL et rejoindre le PSG pour qu’elle puisse exprimer son immense talent.