Ni buts ni soumises » Elles avaient rendez-vous le 9 juillet

« France-Angleterre, version XX

Suspens meurtrier au bout des quarts »

Elles avaient rendez-vous le 9 juillet

Les Bleues échappent au hold-up anglais pour gagner encore plus que la première demi-finale mondiale de leur histoire.

Si l’équipe de France avait péri contre l’Angleterre, comme on l’a longtemps cru au cours du match, puis de la séance de tirs au but, l’autopsie aurait été simple: la difficulté à convertir sa domination (totale en première période) avait quelque chose de fatal face à des Anglaises qui, de leur côté, étaient allées au bout d’une action parfaitement menée – quasiment leur seule. Trop de tirs non cadrés sur les 33 adressés par les Bleues (contre 7), un excès chronique d’égoïsme face au but… les regrets promettaient d’être éternels, comme aurait immanquablement titré L’Équipe.

Devoir cette victoire, contre une équipe manifestement plus faible, à une égalisation à la 88e minute et à la bonne fortune des penalties tient donc du paradoxe et d’une certaine justice à la fois. Au moins ce scénario a-t-il bénéficié à l’intensité émotionnelle de ce quart de finale: exactement ce qu’il fallait pour s’offrir un “match référence” en même temps qu’une bien jolie date dans l’histoire de la discipline. Exactement ce qu’il fallait, aussi, pour que les filles continuent à attirer la lumière.

À quoi tient le sort d’un sélectionneur ? La fonction est faite de choix forcément discutables et dont la pertinence sera jugée d’une manière définitive pour un ballon qui heurte un poteau d’un côté où de l’autre.

Une demi-heure pour survivre

À deux minutes de la fin du quart de finale contre l’Angleterre, le “projet de vie” cher à Bruno Bini n’y faisait rien, la France jouait sa partition classique de domination, de beau jeu et d’inefficacité. Bien sûr on allait reparler de l’absence de Sarah Bouhaddi comme suppléante de Bérangère Sapowicz (alors que Céline Deville ne pouvait rien sur le but), de celle d’Amandine Henry puisque Sandrine Soubeyrand avait de nouveau été remplacée dès que les choses s’étaient gâtées. Mais la frappe d’Elise Bussaglia entrait dans le but de Karen Beardsley après avoir heurté le poteau, et le projet avait au moins une demi-heure supplémentaire à vivre.

Après le tir au but de Camille Abily se posait la question de la sortie de Sandrine Brétigny après moins d’une demi-heure sur le terrain – comme une manière de renoncer à faire la différence avant la fin de la prolongation –, et encore plus la décision de ne pas travailler les tirs aux buts.

En définitive, si la France est en demi-finales de la Coupe du monde, elle le doit peut-être bien au projet de vie de Bruno Bini1. Car ce qui différencie cette équipe de France de ses devancières n’est sans doute pas à chercher du côté des aspects techniques et tactiques. La sélection de l’Euro 2005 (avec déjà la génération des Camille Abily et Elise Bussaglia, et même celle de Louisa Necib et Elodie Thomis, mais avec encore la génération précédente des Marinette Pichon et Corinne Diacre) était sans doute au moins aussi forte. Mais elle n’avait pas su faire la décision contre une Norvège déjà déclinante.

Les mêmes, en mieux

Mis à part Céline Deville qui remplaçait Béranagère Sapowicz suspendue, l’équipe alignée était la même que contre le Canada, avec Sabrina Viguier dans l’axe à la place de Wendie Renard2. La disposition offensive était identique à celle de la première mi-temps contre le Nigéria avec Marie-Laure Delie en pointe, soutenue par Louisa Necib et alimentée sur les ailes par Gaëtane Thiney et Camille Abily.

Après une alerte dès la première minute, qui aurait pu permettre de voir Laetitia Philippe jouer tout le match et les Bleues à dix, l’organisation permettait à celles-ci de se mettre le plus souvent en position d’attaque – sans toutefois se montrer réellement dangereuses, souvent par manque de spontanéité devant le but. Et bien entendu, à l’heure de jeu, Jill Scott lobait Céline Deville sur une contre-attaque.

Passée la période réglementaire de déception, les Françaises repartaient de l’avant et dominaient sans partage. Outre les qualités mentales, techniques et physiques des Bleues, la fin de match à sens unique doit sans doute beaucoup à l’équipe anglaise: l’équipe quasiment la plus âgée de la compétition dispose d’un avantage en terme d’expérience et de gestion du match, mais sans doute pas en terme d’endurance. Et les changements réalisés par Hope Powell resteront sans doute parmi ces décisions incompréhensibles qui font la petite histoire du football: pourquoi laisser Kelly Smith sur le terrain alors qu’elle était déjà sur une jambe lors du premier changement ?

Après l’égalisation, pour le moins méritée, les Bleues reprenaient leur domination lors de la prolongation, sans parvenir à prendre l’avantage. Mais comme la séance de tirs au buts n’est pas entièrement une loterie, Faye White, qui avait achevé la rencontre dans la souffrance de ses crampes, envoyait son tir sur la transversale et la France dans le dernier carré mondial après un match dominé sans marquer, puis une séance de tirs aux buts. Il était sans doute nécessaire de refaire l’habituel chemin de croix, pour en changer l’issue et définitivement conjurer le sort.



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