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L’histoire retiendra peut-être que c’est à la 60e minute du deuxième match de poule du Mondial 2011 que l’équipe de France féminine a changé de statut…

Jusqu’à la frappe de Gaëtane Thiney, les Bleues étaient dans les traces de leurs devancières. La domination assez nette de la première mi-temps (9 tirs à 1) et même l’ouverture du score de la tête de Gaëtane Thiney ressemblaient trop aux matches contre la Norvège des deux derniers Euros pour rassurer vraiment: par deux fois la France avait pris le match à son compte et réussi à marquer, mais par deux fois elle n’avait pas réussi à l’emporter1. Mais, soit parce que le Canada n’est pas la Norvège, soit sans doute parce que l’équipe de France a changé, le scénario a été différent: à 2-0, le match devenait plus facile – surtout avec la possibilité de jouer en contre donnée par l’entrée d’Elodie Thomis.

Cause ou conséquence, le discours sur le palier franchi par les Bleues grâce à la qualification pour les quarts de 2009 est maintenant pleinement validé. Plus que la qualité des joueuses, c’est sans doute dans le domaine de la confiance qu’il fallait travailler pour leur faire prendre conscience qu’elles n’avaient pas de complexe à faire. Le discours du sélectionneur a porté ses fruits, bien aidé sans doute par l’aventure américaine de Camille Abily et de Sonia Bompastor, et par la victoire lyonnaise en Ligue des championnes.

La victoire de Thiney

La victoire d’hier impose l’humilité dans toutes les discussions sur la tactique: l’équipe qui s’est brillamment imposée contre le Canada est exactement celle qui avait eu besoin d’être réorganisée à la mi-temps du match contre le Nigeria… Toutes les interprétations sur le manque d’occupation des ailes et sur la difficulté pour Gaëtane Thiney et Marie-Laure Delie de jouer ensemble sont désormais à oublier.

On peut bien sûr penser qu’Elise Bussaglia a joué plus haut, laissant les basses œuvres à sa capitaine Sandrine Soubeyrand, ce qui est en soi une réorganisation tactique, mais la clé du match a sans doute résidé dans la capacité française à ne pas se laisser dominer dans le combat physique et donc à placer le débat sur le terrain de la technique – qui lui convenait mieux.

Puisque pour gagner, il faut marquer plus de buts que l’adversaire, la joueuse du match désignée par la FIFA ne pouvait être autre que Gaëtane Thiney… Non seulement elle inscrit un doublé, mais ce sont précisément les deux buts qui lancent l’équipe. Il y a là quelque chose d’une revanche pour la joueuse de Juvisy, dont le premier match n’avait pas été convaincant, mais qui a parfaitement rendu la confiance accordée par Bruno Bini. Désormais replacée en soutien de Marie-Laure Delie – comme elle l’est de Laetitia Tonazzi en club –, son coup double confirme que son intérim en pointe a ajouté une corde à un arc déjà bien garni2.

Objectif demis, objectif JO

Maintenant que la qualification pour les quarts de finales est dans la poche, il est temps de voir plus loin. L’Allemagne tout d’abord, que les Bleues affronteront pour la première fois sans la pression du résultat. Elles sont même en position de force pour la première place puisqu’un nul leur suffit après la victoire 1-0 “seulement” des Allemandes contre le Nigeria. Même si cela reste improbable, l’occasion est bonne de se libérer totalement en réussissant un coup contre l’équipe ultra favorite.

Il faudra ensuite jouer contre un qualifié du groupe B, ce qui permet d’éviter Etats-Unis et Brésil – soit les formations réputées injouables. La route vers les demi-finales n’est pas ouverte, mais elle semble à la portée de cette équipe de France. En regardant plus loin, les deux sélections européennes les mieux classées lors de cette Coupe du monde (hormis l’Angleterre) gagneront leur billet pour les JO de Londres, qui constitueraient une apothéose pour quelques joueuses comme Sandrine Soubeyrand ou Sonia Bompastor. Et il ne devrait pas y avoir beaucoup plus de deux équipes européennes en demi-finales…

Il y a deux ans, le chemin vers la finale annonçait déjà un parcours jouable (Pays-Bas puis Angleterre) et ça n’était pas passé. Mais l’équipe de France semble bien avoir changé à la 60e minute du match contre le Canada.



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