« L’OM, c’est un peu comme Margarita : cela m’a coûté des mille et des cents pour les façonner, et finalement ce sont des autres qui profitent du lifting. »


Une fois encore, ce fut ma fête.

Dès ma reprise du club en 1996, j’ai su que nos destins allaient être liés comme le yin et le yang, et équilibrés comme les deux assiettes de la balance de cette chère Justice qui m’aimait tant. Une sorte d’équilibre cosmogonique semblable à celui qui mêlait les pieds de Mendoza.

Ainsi a-t-il fallu attendre mon ultime sacrifice pour que l’OM puisse enfin ressusciter. J’ai bien essayé de vaincre cette prophétie, en me laissant affaiblir progressivement, espérant que cela suffirait ; mais ce club à dû me prendre mon ultime soupir afin de laisser la victoire l’insuffler.

Ah ! J’ai bien ri à les voir se harponner à mon chevet. Et quel tremblement de terre à mon départ !

Demandez à Madonna.


Depuis, ils m’ont gâté.
Tout est devenu prétexte à penser à moi. Il faut dire que je crois mériter ces honneurs. L’OM, c’est un peu comme Margarita : cela m’a coûté des mille et des cents pour les façonner, et finalement ce sont des autres qui profitent du lifting. Mais je vous parlerai de Vincent Labrune une autre fois.

À vrai dire, je ne m’inquiétais pas trop quant à ces célébrations : j’ai toujours su que ces passionnés que sont les supporteurs de l’OM ne seraient pas ingrats. Je l’ai vu dès le jour où ils ont eu l’honnêteté de m’avouer à tue-tête qu’ils désiraient donner du plaisir à ma femme. Sans doute voulaient-ils me reprocher indirectement de m’être occupé d’elle avant leur club. Ils avoueront qu’il s’agissait de deux sacrés chantiers. Comme l’avenue du Prado : toujours en travaux.

En revanche, j’ai vite déchanté devant la teneur des commémorations. Passe encore le pog géant à mon effigie, déballé sur le rond central avant les matchs : il fallait recycler les bâches « Ligue des Champions » achetées au début des années 2000, paraît-il. Passe encore l’horrible maillot blanc avec lequel ils ont débuté la saison dernière à domicile. Je dois reconnaître que c’était particulièrement bien vu, cette tunique m’a étrangement rappelé mon casier judiciaire : presque blanc, avec mon nom dans un coin, et tout un tas de sociétés dont j’ignorais l’existence autour.

Ce qui a commencé à m’inquiéter, c’est quand José Anigo s’est mis à crier à qui voulait bien l’entendre qu’il fallait gagner la Coupe de la Ligue en ma mémoire. Sérieusement, vous avez-vu ce trophée ? Tordu comme une phrase de Pape Diouf et éventé comme la ferronnerie d’un campenard. Essayaient-ils de me faire passer pour une girouette ? Si je vivais en Suisse, c’était bien pour ne plus avoir à subir ces histoires de clochers.

« Cette tunique m’a étrangement rappelé mon casier judiciaire : presque blanc, avec mon nom dans un coin, et tout un tas de sociétés dont j’ignorais l’existence autour. »

Et ils l’ont gagnée ! Allez, prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon argent, l’argent de l’alliance nouvelle et éternelle qui a été versé pour vous et pour la multitude en rémission de vos péchés de gestion. Vous ferez cela, en mémoire de moi.

Dans un calice percé, comme mes poches.

Le titre de champion de France, en revanche, clairement, je ne l’espérais même plus. À croire que les Bordelais et les Lyonnais tenaient eux aussi à me remercier pour l’absence de concurrence que je leur ai opposée pendant plus d’une décennie.

Quelle belle fête ! Cela m’a rappelé l’époque où j’étais encore assez gras pour mettre des tongs sans qu’elles me cisaillent les orteils.

Et pour finir, un trophée à mon nom. J’ai trouvé cela bien plus brillant que de renommer le centre d’entraînement. D’une part car je ne peux y voir autre chose que du mauvais goût tant le nouveau bâtiment ressemble à un crématorium. D’autre part car cela contribue un peu plus à détourner les recherches Google sur mon patronyme des activités intéressantes de l’empire que j’ai laissé en héritage.

Brillante idée, donc. Comment n’ai-je pas eu plus tôt cette idée que de créer un trophée que mon équipe serait en mesure de gagner. Et amical qui plus est : la défaite à moindre risque !

Finalement, ces cérémonies ont eu quelque chose de vrai.

Ma réussite à l’OM, c’est un peu comme le feu d’artifice qu’ils ont tiré le jour de ce trophée : un retard à l’allumage, et des étincelles une fois les intéressés partis.

Bob Loulou.

5 commentaires

  1. Twitter Trackbacks for Marseille vu du ciel » Blog Archive » Demandez à Madonna [cahiersdufootball.net] on Topsy.com dit :

    […] Marseille vu du ciel » Blog Archive » Demandez à Madonna cahiersdufootball.net/blogs/marseille-vu-du-ciel/2010/10/05/demandez-a-madonna/ – view page – cached « L’OM, c’est un peu comme Margarita : cela m’a coûté des mille et des cents pour les façonner, et finalement ce sont des autres qui profitent du lifting. » Tweets about this link […]

  2. Jack K. dit :

    Tu m’dois toujours la monnaie sur mon déjeuner avec Foucault.

  3. North Loser dit :

    C’est énorme !!!
    Bravo Bob…

  4. Marseille vu du ciel » Blog Archive » ¡Adiós Anigos! dit :

    […] la guirlande de titres de 2010, j’ai immédiatement senti le bon filon. Pas seulement celui de votre audience, grandiose et […]

  5. Marseille vu du ciel » Blog Archive » Tu en as trop fait, RLD dit :

    […] Il y a cinq ans, je m’ouvrais à vous ici-même après la première édition du trophée à mon nom. Vous ne vous en souvenez sans doute pas, mais moi je n’oublierai jamais : un stade à moitié vide, Leyti N’Diaye et Jean-Philippe Sabo, un but d’Hatem Ben Arfa, Margarita sur la pelouse et Dassier qui pavoise. Demandez à Madonna. […]

Répondre