“J’aimerais prendre en main la sélection d’ici douze à quatorze ans.” Le délai envisagé par Diego Simeone, le 20 janvier dernier, dans une interview accordée au site de la FIFA, est particulièrement précis. Une planification à rebours de l’instabilité du milieu, qui porte aussi vite aux nues qu’il plonge dans les limbes.

El Cholo en est d’ailleurs conscient, en atteste la suite de l’entretien :

“Je répète souvent que dans mon esprit, je peux être viré demain. C’est la meilleure manière que j’ai trouvée pour me préparer à vivre dans l’instant, car dans le football ce qui importe, au-delà de ce que vous avez gagné – et que personne ne pourra vous enlever –, c’est le lendemain.”

Son lendemain lointain, Diego Simeone l’imagine donc à la tête de l’Albiceleste, fort de son CV déjà bien garni aujourd’hui avec l’Atlético. Imaginer ce que cela donnerait le moment venu ne serait que conjectures tant le football évolue et les styles changent. Il y a “douze à quatorze ans”, les milieux passeurs reculés à la Guardiola étaient devenus obsolètes, Philippe Christanval était l’avenir de l’équipe de France et Joël Muller était élu meilleur entraîneur de Ligue 1. The times they are a changin’, n’est-ce pas Bobby ?

C’est beaucoup plus facile, en revanche, d’imaginer ce que l’Argentine de Diego Simeone donnerait s’il était nommé sélectionneur dès demain.

LE RETOUR DU BILARDISMO

Après Tata Martino le menottista, l’arrivée d’El Cholo marquerait un retour au bilardismo. Une passation de pouvoir de plus entre les deux courants de pensées qui divisent le football argentin depuis des décennies. Le Rosarino César Luis Menotti, sélectionneur entre 1974 et 1982 et champion du monde 1978 résumait ainsi sa philosophie à ses joueurs :

“Vous pouvez perdre un match, mais ce que vous ne pouvez pas perdre c’est la dignité acquise en jouant du beau football.”

À l’inverse, pour Carlos Bilardo, sélectionneur entre 1983 et 1990 et champion du monde 1986, “ce qui compte dans le football, c’est gagner et rien d’autre”.

L’éternel débat entre romantisme et pragmatisme, incarné par les deux stéréotypes du footballeur argentin : l’artiste et le voyou. Riquelme et Palermo, anciens coéquipiers à Boca. Avant eux, Diego Maradona avait concentré les deux styles plus que tout autre.

Diego Simeone est de la deuxième école, lui pour qui “l’effort ne se négocie pas”. Il a fait de l’Atlético Madrid une équipe à son image : guerrière, accrocheuse, généreuse, à l’intensité étouffante mais aussi diablement efficace. Un modèle d’organisation tactique – car El Cholo n’est pas qu’un meneur d’hommes –, de détermination et d’engagement, qui rivalise avec les deux géants de Liga avec des moyens bien plus limités.

LES PROFILS NÉCESSAIRES

Pré-requis pour être titulaire dans une équipe de Diego Simeone, et ce dans toutes les lignes : les efforts défensifs, que ce soit dans le pressing pour asphyxier l’adversaire ou dans le replacement pour fermer la boutique.

L’Atlético est l’une des seules grandes équipes européennes à évoluer en 4-4-2 à plat (avec Manchester City), ce qui en fait une équipe singulière. Les deux attaquants ont un profil de travailleur et de harceleur. Dans le cadre du jeu direct déployé, l’un des deux doit idéalement pouvoir jouer le rôle de point de fixation, comme Mario Mandzukic pour les Colchoneros. De quoi aussi garantir une présence aérienne sur coups de pied arrêtés offensifs comme défensifs, ainsi que sur les centres et touches longues généralement délivrés par les latéraux.

Dans l’axe du milieu de terrain, il faut avant tout deux récupérateurs, mais néanmoins dotés d’une bonne qualité de première passe pour lancer les phases de transition. Sur les côtés, pas de véritables ailiers, mais des joueurs amenés à se recentrer pour jouer les deuxièmes ballons et venir en soutien des attaquants. Ils doivent être capables d’exploser vers l’avant à la récupération du ballon et d’exploiter les espaces offerts par un adversaire pas encore replacé. Il faut donc des joueurs à même de répéter les courses à haute intensité sans perdre en lucidité technique. À noter que si le duo de pointe manque de taille, l’un des joueurs de couloir doit être capable de s’imposer dans les airs, à l’image de Raul Garcia à l’Atlético.

Derrière, il faut des latéraux à gros volume, présents dans l’impact. Ce sont eux qui apportent généralement la largeur offensivement. En charnière centrale, il est impératif d’associer deux joueurs excellents dans le domaine aérien. En défendant en bloc compact, comme le préconise Diego Simeone, l’adversaire est généralement orienté vers les ailes, faute de solutions dans l’axe. Les centres peuvent donc être nombreux.

Outre leur utilité aérienne défensive, les deux centraux sont aussi des atouts cruciaux sur coups de pied arrêtés, phases déterminantes pour les équipes d’El Cholo, qui n’ont parfois pas la possibilité, structurellement ou individuellement, de faire la différence dans le jeu. Cette saison, en Liga, l’Atlético a inscrit plus de la moitié de ses buts (vingt-six sur cinquante) sur coups de pied arrêtés. Il le doit pour beaucoup à l’ingéniosité de Simeone, qui met en place nombre de combinaisons innovantes, notamment des variantes de corners à la rémoise.

LA COMPOSITION

Dans les buts, on garde Sergio Romero, seul gardien argentin au niveau, d’autant qu’il a retrouvé du temps de jeu à Gênes, entre les poteaux d’une surprenante Sampdoria.

Derrière, côté droit, Pablo Zabaleta a typiquement le profil du guerrier très solide à gros volume de jeu, capable également d’apporter offensivement. Un taulier.

Dans l’axe, une charnière Otamendi-Garay. Le premier, à Valence, est statistiquement l’un des meilleurs défenseurs de Liga, impérial dans les airs, cinquième défenseur qui dégage le plus de ballons, il est aussi celui qui contre le plus de tirs. Le second a inscrit trente buts dans sa carrière, il sera un sacré atout sur coups de pied arrêtés.

À gauche, c’est moins évident. Marcos Rojo a occupé le poste au Mondial, mais son profil de central ne fait pas de lui une menace offensive suffisante. On se tourne donc vers le vivier argentin. Le River Plate de Marcelo Gallardo, lui aussi apôtre d’un jeu à haute intensité, dispose de latéraux habitués au style demandé par Diego Simeone. Faute de grosse concurrence, Leonel Vangioni sera le choix numéro un à gauche, à défaut d’un Cristian Ansaldi qu’El Cholo dirige déjà à l’Atlético mais qui ne convainc que moyennement.

Dans l’entrejeu, Javier Jefecito (petit chef) Mascherano est une évidence à la récupération, brassard de capitaine au bras. Il rassemble toutes les qualités recherchées par Simeone chez un milieu : agressivité, intensité et qualité de passe. À ses côtés, Lucas Biglia, pour maintenir la paire grandement responsable de la solidité argentine au Mondial brésilien l’été dernier. À terme, on pourrait imaginer voir éclore le jeune espoir de River Plate Matias Kranevitter (21 ans), excellent dans l’anticipation et fin dans son jeu de passes mais qui a surtout un profil de 5 à l’Argentine (à la Busquets, si vous préférez), si un match requiert un deuxième milieu plus joueur.

Sur l’aile gauche, Angel Di Maria, à condition qu’il sorte de sa léthargie actuelle – certes favorisée par l’état actuel du jeu de Manchester United. S’il arrive à retrouver l’intensité qui était la sienne en fin de saison dernière, alors il sera comme un poisson dans l’eau.

Le gros dilemme se trouve côté opposé, et il est lié aux attaquants de pointe et à Lionel Messi. Il n’est pas un avant-centre au sens littéral et n’est pas non toujours très impliqué au pressing. Difficile, donc, de l’imaginer dans l’axe d’une équipe de Diego Simeone, d’autant que cela reviendrait à sacrifier Sergio Agüero si El Cholo tient par ailleurs absolument à son point de fixation devant.

La solution est donc, comme celle adoptée par Luis Enrique au Barça, de faire évoluer la Pulga côté droit, certes avec une certaine liberté de mouvement. Derrière lui, Zabaleta a le coffre et pourrait être épaulé par les couvertures de Mascherano. On peut également imaginer que la présence de Messi refroidirait le latéral adverse, et son pressing timide serait également moins exposé ainsi excentré. Le numéro dix barcelonais a enfin particulièrement brillé sur les phases de contre cette saison, ce qui ferait le bonheur d’El Cholo.

En pointe, donc, Sergio Agüero part avec une longueur d’avance sur Carlos Tevez (en attendant le fiston Giovanni Simeone). Mais l’Apache acceptera-t-il un rôle de remplaçant ? On fait confiance aux qualités de meneur du sélectionneur pour le lui faire accepter. À côté du Citizen, il faut un profil à la Palermo. L’Argentine n’a pas encore parfaitement trouvé son successeur, mais le bulldozer d’Estudiantes Guido Carrillo (1,87 m, 89 kg) en prend le chemin, et El Cholo accélérerait son ascension.

Ajouté à tout cela la grinta de Diego Simeone, et bon courage à ceux qui devront se farcir cette équipe, capable de presser haut, d’aller vite vers l’avant, de mettre des taquets comme des petits ponts. Le peuple argentin adorerait sûrement. Tant pis pour les puristes.

Julien Momont, avec Nicolas Cougot de l’excellent site Lucarne Opposée

3 commentaires

  1. Pierre dit :

    J’aime beaucoup l’équipe, mais, il y a une raison particulière à l’absence d’Higuain ? Il serait idoine en ‘déménageur’… D’ailleurs, je pense également Tévez capable physiquement de tenir ce poste, au moins autant qu’un Carrillo !

  2. Julien M dit :

    Higuain me semble derrière Agüero et Tevez, et il n’a quand même pas vraiment le profil de point de fixation qui justifie la titularisation de Carrillo dans l’équipe présentée. Si on passe plutôt sur deux attaquants toniques de petit gabarit, Agüero-Tevez priment sur Higuain je pense.

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