Dans cette Ligue 1 où les effectifs moyens se succèdent, le Gym est une énigme. Pourvu d’éléments offensifs intrigants, d’un duo Digard-Mendy au-dessus de la moyenne au milieu et de défenseurs capables d’apporter offensivement (Amavi, Bodmer), l’OGC Nice n’évite pourtant pas l’ennui du ventre mou et des matchs sans marquer. À huit reprises cette saison, les Aiglons ont fini la rencontre sans trouver la faille. L’absence d’un buteur excuse en partie Claude Puel. Depuis le doublé de Dario Cvitanich lors de la première journée et la disparition de l’Argentin - en instance de départ pour Pachuca - qui s’en suivit, l’ancien coach de l’OL alterne les noms à la pointe de son 4-2-3-1, de Bosetti à Pléa. Deux joueurs qui s’en sont plutôt bien sortis mais ne peuvent assurer un flot de buts. Pour autant, Nice devrait faire mieux offensivement. Avoir une plus jolie gueule, au minimum. Avec Bauthéac, Eysseric, Maupay, Carlos Eduardo et Hult, Puel a du matériel.

Ne pas parvenir à s’en servir ne serait pas si grave si, sans le ballon, Nice tenait la route. La diversité des profils en défense n’aide pas l’imperméabilité du Gym, qui ne sait absolument pas défendre en reculant. Contre Valenciennes samedi, en Coupe de France, la fragilité des transitions défensives niçoises fut frappante. Digard et Bodmer sont d’excellents élaborateurs du jeu, intelligents et compétents techniquement. En revanche, dès qu’il faut courir vers leur but, les deux anciens Parisiens ne peuvent que regarder les adversaires s’échapper. Ndao, Poepon, Nguette et Diarra ont martyrisé Nice à la perte du ballon. Ils ont profité au passage du manque de coordination entre Bodmer et Genevois, deux hommes qui échangent les responsabilités de stoppeur et de couverture sans grande cohérence, ne jouant jamais efficacement le hors-jeu. Bodmer n’est pas un joueur à qui il faut demander de jouer dans de longs espaces, parce que sa vitesse d’intervention sera toujours insuffisante. Jouer haut et presser ou jouer bas et rester compact ; Nice n’a pas encore choisi et l’indécision lui coûte, autant que les errements de Mouez Hassen cette saison, coupable de prises de balles trop molles, de ballons rarement captés et d’hésitations dans les sorties. Il a d’ailleurs perdu sa place au profit de Pouplin le mois dernier.

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Dans ce cadre, la venue d’Hatem Ben Arfa (28 ans en mars prochain) sur la Côte d’Azur crée plus d’enthousiasme qu’elle ne répond aux problèmes des Aiglons. HBA n’est ni un buteur ni quelqu’un qui va rendre plus solide un bloc. Bien au contraire, l’ex-international français exige une certaine adaptation. Étiqueté “joueur de quartier”, l’ancien Marseillais est surtout un joueur du passé, qui bouge peu sans le ballon et défend timidement. Loin d’être discipliné, Ben Arfa doit justifier offensivement le risque que prennent les entraîneurs en l’alignant. Entre les multiples prises de poids - à se demander s’il ne fait pas exprès de signer pour des clubs à rayures - et les blessures successives ces dernières années, le néo-Niçois est un point d’interrogation géant. Sa dernière bonne saison ? 2012/2013, après un Euro aux allures d’ultime chance en Bleu. Brouillé avec Alan Pardew, placardé à Hull City malgré de nombreuses promesses (Ben Arfa n’a cessé d’annoncer son renouveau et une maturité nouvelle dans la presse), ce retour en France a déjà la couleur d’un crépuscule pour l’ancien Lyonnais, victime de sa précocité, et dont le niveau réel est impossible à évaluer aujourd’hui.

Le 4-2-3-1 de Claude Puel offre plusieurs possibilités à Ben Arfa. Si l’aile gauche, de toute façon propriété de Bauthéac, semble interdite au vu de sa passion pour les courses diagonales suivies d’une frappe, l’axe et le flanc droit restent ouverts. Difficile de trancher entre les deux tant Ben Arfa aime laisser planer le doute. Quand il évoluait à l’OM, il réclamait un rôle de numéro 10. Ben Arfa a toujours voulu la responsabilité d’orienter le jeu, contrariant sa propre nature, celle d’un joueur qui aime provoquer, spécialiste de la rétention du ballon et des rushs en solo. Pas assez clairvoyant pour mener le jeu seul, il a longtemps refusé d’être périphérique. Quand il était plus jeune et plus véloce, Ben Arfa avait pourtant les qualités idoines pour être un excellent ailier en faux pied. Encore aujourd’hui, sa faible contribution défensive est moins dangereuse confinée sur un flanc qu’exposée plein axe. Sur la droite, et malgré la présence de Grégoire Puel, il aura moins de concurrence que dans le couloir central, où Valentin Eysseric et Carlos Eduardo prétendent à une place.

Moins mobile qu’auparavant, Ben Arfa a encore plus besoin des autres pour créer des décalages. Lui qui aime attaquer l’intérieur du jeu appelle un latéral droit avaleur d’espaces, prêt à compenser ses déplacements. Lloyd Palun n’est pas forcément l’homme idéal pour exécuter ces tâches-là. Le Franco-Gabonais a rappelé face à Valenciennes qu’il n’était pas le plus expansif ni le plus doué techniquement des arrières droits, ne profitant pas du travail de Pléa, lequel aimantait dans l’axe les défenseurs. Contrairement à Amavi (0,8 réussi/90 min, 1,7 ratés/90 min) Palun réussit très peu de centres (0,3/90 min, contre 3,5 ratés), et participe au fléau de Nice, qui tente beaucoup trop de centres (24 par match) pour une équipe qui ne compte pas Peter Crouch dans ses rangs.

Scénario optimiste : le retour de Ben Arfa en Ligue 1 facilite celui de Neal Maupay à la compétition. Titulaire face à Valenciennes, le jeune Niçois a dû jouer en appui contre la paire de bulldozers Coulibaly - Abdelhamid, une mission qui a gêné son expression. Rapide, susceptible de bien utiliser la profondeur, Maupay devrait accueillir avec joie la créativité de Ben Arfa et son pied gauche, qu’il sous-exploite parfois lui-même en préférant le dribble à la passe. La fragilité du Franco-Argentin demeure préoccupante et limite les projections de son coach, qui doit concilier la santé de son joueur avec la nécessité du résultat. Maupay n’a que 18 ans mais déjà des mois de blessures et de rééducation derrière lui.

Dans un élan à la Spalletti/Guardiola, Puel pourrait s’essayer à un vrai coup de folie : Ben Arfa en faux 9, un poste où la non-défense se révèle tolérable (d’autant plus que Puel n’est pas vraiment un fanatique du gegenpressing), comme le prouve Francesco Totti chaque semaine. Puisque le Gym n’a aucun buteur sur lequel se reposer, pourquoi ne pas jouer sans buteur ? L’hypothèse est fantasque et ne verra sans doute jamais le jour. Est-elle si grotesque ? Pour forcer les blocs bas de Ligue 1 à sortir et ouvrir des espaces dans leurs dos, les décrochages et les services précis de Ben Arfa formeraient une alternative au jeu moyen de Nice sur les ailes. S’il est suivi par les défenseurs, il libérera ses coéquipiers. S’il est laissé libre, il se retournera, verra le jeu et pourra partir de loin, s’engager dans ses accélérations chéries ; jouer dans l’axe sans devoir défendre comme un milieu. Foot-fiction, forcément, mais au moins le pitch est bon, même s’il faudra que le passionné de Nietzsche apprenne à mieux se déplacer. Au milieu du brouhaha médiatique et en attendant de fouler les pelouses françaises en Rouge et Noir, Ben Arfa a opté pour le port du numéro 4, comme pour fuir toute définition tactique. “L’homme a besoin de ce qu’il y a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur”, disait le philosophe allemand dans Ainsi parlait Zarathoustra. Ben Arfa doit encore trouver l’équilibre.

Chiffres WhoScored.

Raphaël Cosmidis

8 commentaires

  1. Abel Pousseur dit :

    Article intéressant.
    Ben Arfa, comme Meriem, semble être un pari, une opportunité et ne devrait pas modifier les plans de Puel, mais, un joueur de dernier quart d’heure, qui profitant d’un désordre tactique peut débloquer des situations. Car construire un 4-3-3, avec un pivot remiseur pour les perforations de HBA me semble de relever du désespoir le plus fou.

    La passion de Ben Arfa est-elle vraiment avérée? il ne l’a cité une fois et je trouve que ça fait un peu raccourci journalistique…

    Enfin, j’exprime ici ma tristesse de voir partir Dario Cvitanich.

  2. Tevez29 dit :

    Ben Arfa comme dit plus haut ne défend pas, et peut déséquilibrer un bloc.

    En sachant ça, je pense que le mieux pour exploiter ses qualités et gommer au maximum ses défauts, c’est de le faire jouer le plus haut possible (en plus il est pas si mauvais devant le but quand il est bien placé, remember à Lyon).

    Y’a un peu des similitudes avec Menez, même si Menez est plus travailleur. Leur position idéale à tous les deux c’est dans l’axe assez haut. Comme 9 et demi ou comme 9 tout court.

    Du style ça avec Nice (juste milieux et attaque):

    avec leur 4-5-1:

    ——–Hult——Mendy———

    Eysseric—-Eduardo——–Bauthéac

    ————Ben Arfa————-

    et mon idée de ce qui serait le mieux (mais que Puel ne fera sûrement jamais).

    ——-Hult——-Mendy———–

    Eysseric——————-Bauthéac

    ——-Pléa——-Ben Arfa——–

    J’y crois pas du tout sur la durée d’un match à Ben Arfa sur un côté. Un avant centre qui court peu c’est moins gênant qu’un mec sur le côté.

  3. Raphael Cosmidis dit :

    Abel -> la référence à Nietzsche était juste un bon mot, j’aurais dû être plus clair ! Mes excuses.

    Tristesse aussi de voir Cvitanich partir, surtout qu’il aurait solutionné bien des choses pour Nice s’il avait été concerné/en forme.

    Tevez29 -> Je suis d’accord avec toi, Ben Arfa doit être absolument éloigné des zones où il faut le plus travailler. Ton duo Ben Arfa - Pléa est intéressant, surtout que le second a été surprenant de qualité cette saison, je trouve.

  4. Corbin dit :

    Je pense que Puel a voulu “libérer” certains joueurs pour les laisser s’exprimer: deux joueurs (Mendy et Digard) à la récup’ qui abattent un travail monstre + Eysseric devant eux exempt de tâches défensives, sûrement une volonté de Puel, afin que ce dernier puisse exprimer des qualités techniques infiniment au dessus de la moyenne. Puel a tenté d’élaborer un 3-5-2 au début de saison avec des Ailiers (Bauthéac et G.Puel) ayant un rôle primordial dans ce système puisque qu’il doivent couvrir des bandes latérales sur tout le terrain. Mais G.Puel n’est clairement pas au niveau. Résultat Puel retourne à la défense à 4 et place Palun derrière G.Puel pour, comme Eysseric, le libérer des tâches défensives.

    Résultats: sur le plan Offensif, Eysseric hormis des coups d’éclats sur quelques duels, ne parvient pas à mener le jeu une fois que Mendy ou Digard a enclenché une phase offensive, et Puel et Palun ont du mal à tenir un couloir droit solide.
    sur le plan défensif l’équipe réalise du coup un pressing partiel, et donc inefficace, et a en plus du mal à réaliser des transitions rapides.

    Bref, c’est mon humble avis sur certaines failles du système de Puel cette saison, et c’est pour ça que je ne vois pas vraiment l’utilité de l’arrivée de Ben Arfa, hormis, comme dit dans l’article, dans le cadre d’innovations tactiques un peu osées, ce qui me semble peu probable au vu de la situation en championnat. Ce groupe a pourtant un potentiel pas vu à Nice depuis bien longtemps…

  5. Tevez29 dit :

    Tu trouves vraiment le potentiel énorme à Nice plus que sur d’autres saisons?

    Pas de bons gardiens, Hassen deviendra peut être bon, mais là à 19 ans il tient pas la route et à sûrement besoin de se faire les dents plus bas. Pouplin ça dépanne mais il est dans les gardiens les moins intéressants de ligue 1.

    Amavi j’adore, c’est le meilleur latéral de gauche derrière Kurzawa pour moi.

    Palun est plutôt cool.

    Bodmer fait une saison sympa. Après ça a alterné entre Genevois et Diawara qui sont pas trop mal mais pas exceptionnels.

    Digard a été blessé je crois et donc pas au top. Mendy est pas génial du tout cette saison, n’est il pas juste un mec très sûrcoté? Hult ça va mais ça n’a rien d’extraordinaire.

    Puel arrière droit est catastrophique, milieu droit assez moyen mais ça va.

    Bauthéac est moyen. Eysseric est technique mais dans le jeu je l’ai jamais trouvé exceptionnelle et sa saison n’est pas bonne.

    Carlos Eduardo a mis un quintuplé contre Guingamp, mais il le doit beaucoup au fait que Guingamp a craqué totalement sur ce match (je connais bien le cas). Et pas qu’il est exceptionnel.

    Le seul véritable avant centre, Cvitanich vient de partir.

    Elle est assez bizarre cette équipe, y’a un manque de cohérence.

    J’aime bien la ligne de défense. Pléa a du potentiel, mais sinon pour le reste…

    Ospina était exceptionnel et manque beaucoup.

    L’équipe de Nice était meilleure et de loin en 2012/2013 (de mon point de vue).

  6. Corbin dit :

    Salut Tevez29,

    D’accord sur certains points. Pour les gardiens c’est vrai que c’est très moyen, Nice a régressé dans ce domaine. Il y a pas mal de joueurs moyens: Genevois, Diawara, Palun, Puel, Bosetti, Eduardo… Mais en même temps des gars franchement excellents pour moi: Hult, Eysseric, Maupay, Mendy, Digard… (retombé dans des Problèmes de blessures récurrentes malheureusement). Le groupe n’est pas si différent que celui de la saison 2012/2013 et faut pas oublier que lors de cette saison y’avait d’autre joueurs pas très performants: Meriem, Diaz, Pied…

    Certes ça avait mieux marché mais de là à dire que le groupe de 2012/2013 était, de loin, meilleur je ne suis pas vraiment d’accord. Je pense sincèrement que les joueurs présents cette année peuvent faire bien mieux.

  7. Tevez29 dit :

    Sans 9 ça me paraît compliqué, sans bon gardien non plus. Rien que ça, ça fait beaucoup. Digard est loin de son meilleur niveau, idem pour Mendy.

    Pejcinovic-Civelli c’était quand même mieux globalement que Bodmer-Genevois non?

    Bauthéac avait fait une belle saison.

    ça fait quand même beaucoup de différences négatives je trouve. Les plus comparé à cette saison là Amavi et Palun mais pour le reste…

  8. PPDA dit :

    ne vous affolez pas … Il ne jouera pas.
    La Ligue a saisi la FIFA, il a joué un match en moins de 21 ans (!) à Newcastle et va donc pouvoir y retourner

    C’est dommage mais c’est ainsi

    Et notre OGC nice va continuer sa saison de m….

    Thiriez est très content

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