En entamant sa partie contre Hong Chang-sik lors de la Coupe KAT 2003, le sud-coréen Lee Se-Dol savait peut-être qu’il allait graver son nom dans l’Histoire du go. Ce dont il ne se doutait pas, c’est qu’il inspirerait quelques années plus tard des réflexions tactiques portant sur Giroud, Gomis, et tant d’autres joueurs si facilement dénigrés. Des joueurs inutiles et pourtant essentiels, trop souvent sacrifiés sur l’autel d’un football total ivre de ses propres excès, et qui mériteraient d’être enfin glorifiés. Remercions donc le go de nous en donner ici l’occasion.

ESPRIT D’ESCALIER

C’est l’une des parties de go les plus commentées de ces dernières décennies. Le profane n’y verra pourtant pas grand-chose de spectaculaire, et c’est d’ailleurs tout à fait logique. Dans ce match à sens unique, Lee Se-Dol a en effet révolutionné le go en jouant… comme un novice, et même un mauvais novice. Sans rentrer dans les considérations techniques quant aux règles du go, une brève explication s’impose.

cc Alan Davey

cc Alan Davey

Le go est un jeu de conquête territoriale impliquant la capture de pions adverses ; ceux-ci doivent se voir “privés de toutes leurs libertés”, c’est-à-dire entièrement enfermés par les pions adverses. Plusieurs stratégies de capture existent, dont l’une des plus connus est baptisée “shichō“, ou “escalier” en français. La connaissance de cette technique est l’une des bases du go : “ne jouez pas au go si vous ne connaissez pas les shichō”, rappelle ainsi un célèbre proverbe.

Si l’escalier est presque enfantin à réaliser en situation d’entraînement, la donne est plus complexe sous la pression d’une partie engagée, celui-ci pouvant très facilement être “cassé” par la présence d’une pierre adverse située sur sa trajectoire. Le risque est alors de se voir son attaque contrecarrée, et les pions impliqués capturés à leur tour… Se lancer dans une telle stratégie de capture, alors que l’adversaire possède une échappatoire judicieusement placée sur le plateau, se révèle donc au mieux naïf, au pire complètement con.

Mais Lee Se-Dol semble n’avoir cure de l’adage ancestral. Défiant le sens commun autant que la tradition, il se lance dans un sichō ostensiblement voué à l’échec. Hong Chang-sik se jette donc dans la bataille, sûr de son avantage, sans voir le piège se refermer sur ses pions… mais pas ceux que l’on croît.

AIRES D’INFLUENCE

Lorsqu’il lance son attaque en escalier, Lee Se-Dol (pions noirs) est en effet clairement perdant, la présence d’un pion blanc en bout d’escalier (à gauche du pion n°7 sur le schéma suivant) garantissant l’échec de son initiative, et donc la capture de ses propres pions. Mieux que ça : en jouant ce pion n°7, un coup stupide en apparence, Lee Se-Dol se jette carrément dans la gueule du loup pour forcer Hong Chang-sik à le capturer… C’est le premier maillon de la folle stratégie qui s’engage, et Hong Chang-sik n’y a vu que du feu.

En réalité, tous ces coups n’ont pour seul objectif que de permettre à Lee Se-Dol de placer les coups n°7 puis n°9 (sur le schéma suivant)… et ainsi capturer l’ensemble des pions blancs situés sur le côté droit ! Et cela alors qu’il sait qu’il perdra la majorité de ses pions noirs impliqués dans l’escalier (pour l’anecdote, Lee Se-Dol réussira même à sauver ses braves soldats).

Mais qu’importe le sacrifice escompté, le coup de grâce est déjà porté : Hong Chang-sik ne se remettra jamais de la perte de ses pions du coin droit, hautement stratégiques, et abandonnera finalement la partie sur un défaite retentissante. Lee Se-Dol a donc volontairement mal joué, préparant sa victoire dès les premiers coups en avançant masqué par un écran de fumée savamment distillé (compléments d’explications).

On retrouve là l’un des enseignements les plus fameux du go. A la différence des échecs, la taille du plateau permet de construire de véritables stratégies fondées sur la notion d’influence : un pion isolé et éloigné des combats peut ainsi faire perdre ou gagner une partie plusieurs dizaines de coups plus tard en donnant au joueur un avantage définitif dans le duel en cours. La notion d’influence fait d’ailleurs partie des concepts fondamentaux de la stratégie au go : “Il faut utiliser son influence pour attaquer plutôt que de faire du territoire avec“. La formule résume ainsi tout l’intérêt de ces pions non-connectés aux autres, mais pourtant vitaux dans la construction des phases offensives. L’analogie avec le football est dès lors toute trouvée.

JOUER LE SOUS-NOMBRE

A une différence près : en football, la notion d’influence ne semble pas explicitement formulée. Celle-ci s’incarne pourtant dans des éléments de langage connus de tous, chacun décrivant des mécanismes tactiques spécifiques relatifs à certaines formes d’influence. On parlera alors de “peser sur les défenses“, de “faire des appels dans le vide“, de “jouer entre les lignes” ou “d’étirer le bloc adverse” pour désigner ces stratégies de positionnements, parfois réalisées inconsciemment mais le plus souvent instituées par l’entraîneur, et consistant à tirer partie de sa présence physique pour permettre à d’autres joueurs de profiter des espaces générés.

Un joueur pourra donc se trouver particulièrement loin du cœur du jeu, peut-être même sans jamais espérer toucher le ballon, et pourtant favoriser le jeu offensif de son équipe par son impact sur les défenses adverses. Dans cette perspective, l’influence footballistique se révèle fondamentale dans la création de ces fameux “vides” qui pourront ensuite être exploités par des dribbleurs ou passeurs de talent.

A la différence du go, l’influence footballistique apparaît comme un travail ingrat : là où un pion influent finit souvent par intégrer directement les combats, les footballeurs influents travaillent pour leur part majoritairement dans l’ombre, s’éloignant même parfois de la zone de vérité. Les courses croisées, consistant à ouvrir l’espace en utilisant leur influence pour déporter les joueurs qui les marquent, en sont un excellent exemple ; le récent but de Neymar contre le Portugal en est l’incarnation parfaite. On a ainsi encensé le prodige brésilien pour son dribble ; mais qui s’est soucié de féliciter Jô, qui emporte pourtant dans sa course un voire deux défenseurs portugais ? De l’influence, l’Histoire ne semble vouloir retenir que celle des joueurs qui mettent la balle au fond et font changer les matchs. Triste réalité du monde contemporain.

HOMMES DE L’OMBRE

Les buts similaires sont pourtant légions, récoltant de la part des commentateurs les mêmes éloges pour le buteur, les mêmes silences pour celui qui s’écarte. Qui s’est chargé de valoriser, dans les médias grand-public, le travail de l’ombre d’Olivier Giroud contre la Biélorussie ? Au contraire, nombreux sont ceux à l’avoir chargé de tous les maux, agitant les statistiques prétendument limpides de son mutisme offensif. Zlatan Ibrahimovic, suite au match retour contre le Barça la saison passée, fut victime de la même incompréhension.

C’est faire preuve d’une grande méconnaissance du football que de résumer un attaquant au nombre de buts qu’il marque ou fait directement marquer. Giroud, de même que Gomis et tant d’autres joueurs au physique particulier (taille, centre de gravité, musculature ou corpulence…), exercent un rôle d’influence fondamental dans la solidité de leur équipe ; soit directement, par exemple en jouant en pivot et en conservant le ballon pour permettre à d’autres joueurs de monter (à l’instar de Totti avec la Roma) ; soit indirectement, avec ce fameux “jeu de position” sans ballon qui peut prendre diverses formes en partie énoncées ci-dessus. Les entraîneurs disposent donc d’une large palette pour permettre à certains joueurs d’abandonner leurs responsabilités dans le jeu, pour se concentrer sur un rôle d’influence exigeant une intelligence tactique sans précédent.

Du moins, voici pour la théorie. Dans la pratique, le jeu d’influence se révèle finalement peu utilisé, les coachs renâclant à l’idée d’avoir un “poids mort” sur le terrain ne participant par directement au jeu offensif ou défensif de l’équipe. C’est une contrepartie inhérente à cet éloignement : le jeu sans ballon reviendrait presque à jouer à 10 contre 11 dans la mentalité contemporaine. Grossière erreur !

ÂGE INGRAT

Le football moderne, contrairement à ce qu’il prétend être, n’aime pas le jeu sans ballon, héritier direct du football total dans lequel tous les joueurs doivent toucher le ballon pour participer au jeu de leur équipe. Certes, le football total se voulait, à l’origine, fondé sur le jeu en mouvement plutôt que l’accès intempestif au ballon. Mais, le détournant de sa nature originelle, certains en ont fait un jeu dans lequel ne compte que celui qui touche.

Ses partisans l’acclament dans cette version contemporaine, voyant dans l’hybridation des postes une nouvelle forme de lutte des classes à l’échelle du terrain : le football total “ère moderne” serait ainsi plus égalitaire que les autres schéma de jeu, en permettant à chacun - défenseurs et mêmes gardiens - de goûter à l’ivresse de la construction offensive. Guardiola l’a érigé en philosophie totalitaire, avec le succès que l’on connaît : son Barça en fut le produit parfait, sacrifiant les buteurs les plus racés (Eto’o, Ibrahimovic) au seul motif d’une influence trop famélique dans le jeu effectif.

Si ceux-là ont su rebondir ailleurs, ce n’est pas le cas de ces hommes de l’ombre aux talents plus relatifs et aux métriques plus clairsemées. Dans ce football-spectacle dominé par le chiffre, la rentabilité des buteurs s’avère une variable-couperet, et le jeu d’influence un coupable idéal. Assassinés pour l’exemple, ces joueurs ne connaîtront peut-être jamais la postérité acquise par ces buteurs qui leur doivent pourtant tout. Ayons pitié de ces pauvres hères, qui n’ont plus que le go pour pallier l’injustice.

Philippe Gargov

23 commentaires

  1. Hichem/ Niang, ni Demont dit :

    L’auteur de l’article est-il lui-même joueur de go?

  2. Philippe Gargov dit :

    Amateur seulement ! et accessoirement très mauvais…

  3. Bello dit :

    Très intéressante analyse, étant moi même fanatique de ces deux sports.

    J’apprécie d’autant plus les références historiques ainsi que la plume.

    Toutefois vous auriez pu choisir d’autres exemples experts du ballon rond.

  4. deux pieds décollés dit :

    Très bel article.
    Je propose l’hypothèse suivante: le seul moyen, pour la télé, de n’être pas trop subjective en retransmettant le match, est de n’accorder la préférence à aucune équipe. Comment n’accorder la préférence à aucune équipe? En filmant le ballon: toujours le ballon au centre du cadre.
    Et comment contribuer à la dévalorisation du jeu sans ballon? En ne filmant que le ballon.
    Bon mais cela dit ça change, quand même.
    Et ça me fait penser que j’aimerais bien revoir les match de 98 pour essayer de voir comment se déplaçait Guivarc’h.

  5. Allez Louya ! dit :

    Deux pieds : Ben si je me souviens bien, Guivarc’h, il avait toujours deux gaziers sur le paletot à chaque fois qu’il jouait…

    Ce dont je suis sûr, c’est qu’à l’époque j’avait trouvé que tous ceux qui l’avaient trouvé nul étaient obsédés par le ballon, et que c’était dégueulasse.

  6. Unknown Artist dit :

    http://youtu.be/3yU69jVbZRw

    On voit bien dans cette vidéo le numéro 7 qui feinte le une-deux pour aspirer trois défenseurs et faire place nette au canonnier.

    Passe décisive : +1

  7. Rhoth dit :

    On peut aussi souligner la réalisation, qui de plus en plus prêt des chaussures de joueurs, ou en super loupe sur leur sourcil, qui empeche de voir ces mouvements, les appels qui ont déclenchés l’ouverture, bref ce jeu sans ballon.

    Les téléspectateurs, ne pouvant donc pas l’observer, la constater, ou en débattre, ca ne risque pas de les rendre curieux à ce sujet.

  8. mictromb dit :

    Effectivement, rares sont les analyses complètes d’un match, de buts à la télé par exemple. Les vidéos sont réservées aux pros, on dirait. Pourtant aux US, il est courant que les situations au football américain soient décortiquées pour le spectateur. Faut croire que le téléspectateur français moyen est plus moyen que son homologue américain…

  9. hamada jambay dit :

    Ben voilà un article sur l’
    om et le match de Jordan Ayew qui pèsa sur la défense de l’ASSE.
    Merci M. Gargov.

  10. Phil dit :

    Le jeu sans ballon: j’ai toujours en mémoire le match PSG-Barcelone de 1995, où l’on voit Weah embarquer (faire danser) Koeman pour ouvrir encore plus la porte à Guérin, qui scelle la victoire de l’élève Fernandez sur son maître Cruyff.
    À partir de 3:40, et surtout dans le premier ralenti à partir de 4:12.
    http://www.youtube.com/watch?v=ws1eZzmp9kI

  11. Philippe Gargov dit :

    @Unknown Artist : le numéro 7 en question, c’est Cavani, si je ne m’abuse ? L’un des joueurs les plus mobiles et donc les plus influents actuellement, c’est certain. Son travail sur la largeur avec l’Uruguay, pour étirer la ligne défensive en obligeant les latéraux à sortir, est un modèle du genre…

  12. bakou9 dit :

    Certains commentaires parlent de l’importance de la réalisation télévisuelle dans notre appréciation du football. Et je ne peux que méga plussoyer cette thèse.
    Pour tout dire c’est même une dimension qui m’obsède de plus en plus. J’ai bientôt 30 ans, je joue moins au foot que plus jeune et ne vais que peu au stade.

    Et je me rends compte que je perds totalement ma science tactique du football. A cause de quoi : la réalisation télé et les commentateurs. Deux objets qui nous non seulement ne nous tirent pas vers le haut. Mais en plus nous coupe de 80% de ce qui se passe sur le terrain. Le jeu sans ballon, grand oublié du direct mais aussi des bullshit “palettes” et autres super ralentis, en est la preuve.

    Merci de le souligner!!!

    PS : et bien entendu le match Jordan Vs APG tourne à l’avantage de ce premier grâce à son jeu sans ballon. Gignac doit être l’un des footballeurs les plus étrangers à cette dimension du jet.

  13. Nelson Candela dit :

    Très bon article, mais deux petites corrections quant à Etoo et Ibra. Ils n’ont pas été sacrifiés à cause de leur manque de rendement ou leur non-participation au jeu, mais plus pour des raisons d’ego.
    Etoo est parti car il était un des “troublions” dont Guardiola voulait se débarrasser, au même titre que Deco et Ronnie.
    Ibra a fait un bon début de saison mais a refusé de switcher son rôle avec celui de Messi, ce qui a mené au clash.

  14. MimS dit :

    J’ai même pas encore lu l’article. Rien que le titre mérite respect, j’aurais jamais pensé lire une dédicace à un manga comme HnG, le fan en moi est tout ému!
    Prochain post, je commente l’article, promis!

  15. Ynnos dit :

    Etant un détracteur de Gomis à l’OL je trouve cet article intéressant. Cependant je pense que vous omettez les différences qu’il y a entre ces joueurs, les collectifs dans lesquels ils sont inclus et surtout le rendement de ces collectifs.
    Je m’explique, la capacité de Giroud à gagné des duels aériens est assez supérieure à celle de Gomis. Le bagage technique d’Ibrahimovitch (et son positionnement sur le terrain comme vous l’avez vous même mentionné dans n’a rien à voir avec celui des deux autres) etc etc.
    De toutes façon tous les joueurs sont différents et je n’apporte rien de nouveau vous me direz. Toutefois celà veut dire qu’ils ont d’autres armes que celles que vous décrivez et que cette capacité n’a pas le même poids dans l’utilité de tel ou tel joueur.

    Ensuite le collectif dans lequel ces joueurs évoluent. Est ce que c’est là même chose lorsqu’on est Jô et qu’il y a Neymar et oscar derrière soit entre autre. Ou Giroud et qu’il y a Cazorla, Podolski et Walcott derrière soit et Gomis lorsqu’il y a Grenier Lacazette et Briand derrière soit ? 1/2

  16. Ynnos dit :

    On ne peut d’ailleurs pas nier que si les performances d’Arsenal étaient très bonnes en fin de saison 2012/2013 sans que Giroud soit “directement” décisif, le très bon début de saison d’Arsenal est accompagné d’un excellent rendement en but de Giroud.
    Tout comme on peut voir une corrolarité entre le rendement collectif de Lyon et celui en but de ses avants centre. La période de réussite de Gomis correspondait à une bonne période pour l’OL et sa période de mutisme une période de crise. Doit on négliger le fait que des équipes comme Arsenal (enfin surtout l’OL) recherchent leur 9 comme point d’ancrage mais aussi pour la finition. Et quand celui-ci vendange beaucoup dire que les critiques sont injustifiés est un peu injustifié au final.

    Ensuite mm si je suis d’accord avec votre analyse elle est assez tautologique. Un attaquant marque des buts en raison de son jeu sans ballon par sa capacité de se défaire du marquage par exemple.

    Les critiques qui sont faites envers Gomis sont un manque de réalisme frustrant à certaines période. Et surtout dans le cas de Gomis d’être incapable de varier son jeu en apportant de la vitesse. Ce qui enlève à Lyon la possibilité de jouer le contre de s’amputer d’une capacité en somme.
    2/2

  17. Charlot dit :

    Comme “deux pieds décollés” et “Allez Louya”, l’injustice du traitement réservé à Guivarc’h à l’époque m’est tout de suite venue à l’esprit à la lecture de l’article. Alors que le mec a le rôle le plus ingrat sur le terrain: bouge la défense, touche pas le ballon et quand t’en peux plus, tu sors (avec une note pourrie dans L’Équipe…).

  18. Philippe Gargov dit :

    Un petite idée venue à la lecture de vos commentaires : l’une des spécificités des échecs, et en partie du go, vient du fait que chaque coup est “jugé” par un tiers :

    ! pour un bon coup.
    !! pour un très bon coup difficile à trouver.
    ? pour un mauvais coup.
    ?? pour un très mauvais coup.
    !? pour un coup intéressant.
    ?! pour un coup douteux, dont les suites ont été mal envisagées.

    Dans la partie de go citée dans le texte, le coup est remarquable justement parce qu’il est considéré comme un très mauvais coup. De même, aux échecs, certains coups ont été jugés exceptionnels a posteriori, précisément parce qu’ils semblaient stupides au moment où ils ont été joués.

    Ce qui amène forcément à s’interroger sur le principe même de commentaire footballistique, et les jugements à chaud émis à l’égard des footballeurs. Comment mesurer, en situation de match, la qualité intrinsèque d’une passe, d’un tir, d’une course ou d’un placement ?

    Il faut pouvoir envisager la partie dans son ensemble (voire sur un temps plus long : un tournoi, un championnat). Qui sait : un ballon salement balancé vers l’avant permettra par exemple à l’équipe de se repositionner plus efficacement, tandis qu’un tir a priori intéressant pourra mettre l’équipe en difficulté en rendant trop vite la balle à l’adversaire.

    Le Barça de Guardiola s’inscrit d’ailleurs typiquement dans ce dernier exemple. S’il avait fallu émettre un jugement à chaque fois que ses joueurs ont “refusé” de tirer pour mieux conserver le ballon aux abords de la surface, nul doute que l’équipe aurait récolté les “??”. Et pourtant, quand arrive la fin du match, on se rend compte que c’est précisément cette capacité à jouer de manière contre-intuitive qui assure leur succès…

  19. Hichem/ Niang, ni Demont dit :

    Je pense, en tant que joueur, que lorsque Lee Sedol a joué le premier coup de sa séquence, on ne pensait pas que c’était forcément un mauvais coup, mais simplement un coup qui ne marchait pas. Et du coup on panique : Soit on loupe quelque chose, soit on va avoir une surprise énorme.
    Maître Lim disait à son sujet, dès le milieu des années 2000 : “Lee Sedol, c’est le seul dont je ne comprends pas ce qu’il joue”. A l’époque, le plus fort joueur était Lee Chang ho, mais alors que celui-ci jouait de manière classique, le style de Lee Sedol était très étrange.

    Pour donner un exemple de ce coup adapté à une situation footballistique, c’est comme un joueur face au gardien sur un côté qui donne l’impression de rater son tir, et alors que l’on pense qu’il a raté sa frappe, on s’aperçoit qu’il s’agissait d’une passe pour un coéquipier de l’autre côté du but, qui lui, était libre de tout marquage.

  20. stefz dit :

    Excellent article, comme toujours.
    Une petite remarque : on pourrait aussi considérer que le jeu “d’influence” fait partie de la panoplie du joueur polyvalent du football totalitaire. Je m’explique : un Ibra, il pèse, c’est certain, mais il est aussi très bon en dernier attaquant-buteur, par sa vivacité et sa “brutalité”. Gomis pèse aussi (influence), mais il est moins rapide il me semble, moins “décisif” en position de buteur. L’influence (faux appels, positionnement excentré) serait une “arme” de plus dans la panoplie de l’attaquant.

    Hâte de lire votre analyse du Bayern de Guardolia, suite au match d’hier face à City… J’ai eu l’impression devant mon poste d’assister à quelque chose de nouveau et pour le coup de vraiment “totalitaire” (possession, pression à la récupération, destabilisation de la défense adverse), mais avec un je-ne-sais-quoi de plus que la version Barça (pas seulement l’impact physique des joueurs me semble-t-il).

  21. Les Dé-Managers : pour parler tactique, pas pour meubler. » Blog Archive » DEVOIR D’INGÉRENCE FOOTBALLISTIQUE dit :

    [...] les règles du jeu sans pour autant nuire à l’esprit du jeu. Au go, ce jeu somptueux qui mériterait d’inspirer le football, les joueurs les plus faibles disposent d’une à neuf pierres préalablement disposées sur [...]

  22. julián basañez dit :

    A la lecture de l’article une refelxion me vient: au début des années 2000 beaucoup d’equipes jouaient avec deux attaquants (manchester avec Dwight Yorke et andy cole par exemple) et leur principale fonction etait justement pour l’un de creer des breches que l’autre exploitera, en gros un jeu d’influence sur les defenseurs qui beneficierait au deuxieme attaquant, je me souviens des buts marquer par yorke notamment qui prenait systematiquement la profondeur alors que cole jouait davantage en pivot. A noter que ce n’est pas propre au footbal anglais, la Lazio ou l’inter en Italie jouait egalement avec deux attaquants. Monaco a gagné le championnat en 2000 avec Trezeguet et simone et beaucoup d’equipe recherchait alors le parfait complement a leur attaquant et le 4-4-2 s’imposait quasiment partout, j’avais d’ailleurs lu de je ne sais plus quel entraineur que ce systeme permettait une meilleur occupation de l’espace. Aujourd’hui pratiquement aucune equipe ne joue avec deux attaquants axiaux, qu’est que cela implique dans le jeu des attaquants ? Doivent-ils faire deux fois plus d’efforts qu’auparavant ?

  23. Optimiser la défensibilité des espaces footballistiques : l’urbanisme sécuritaire comme modèle | Football totalitaire dit :

    [...] telle que nous l’entendons, pourrait se définir comme la capacité d’un joueur à peser sur une action, notamment par [...]

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