Question de MagikParis4EvEr : ‘’Avoir été titulaire contre Bordeaux et Bastia, est-ce un conte de fées pour toi?”
Nos supporteurs sont des idiots. Ils critiquent la politique d’achats compulsifs du PSG mais comparent le moindre jeune qui réussit au Petit Poucet. Avec un nom pareil, c’est ce gars qu’on devrait abandonner dans la forêt. Medhi, mon agent, m’a pourtant assuré que les internautes de 90minutes.fr étaient connaisseurs. En acceptant ce chat interactif, j’ai pris le risque de parler en mon nom propre plutôt que par la voix de l’attachée presse du club. Oh, c’est sûr, la rédaction m’a bien accueilli. D’ordinaire, les journalistes reçoivent des champions de ski de bosse, des escrimeurs ou d’autres sportifs du tiers-monde, les interviewent en studio et ressortent une bande-son d’une minute noyée dans les abîmes du site. Aux rares footballeurs de passage, ils accordent l’accès illimité à internet.
Question de Johannes : ‘‘Il est sympa, Zlatan?”
Les cours de média-training payés par le PSG me permettent désormais de répondre à tant de questions débiles qu’il m’aurait été possible de remplacer au pied levé un conseiller technique de chez Orange. Mais un supporteur n’est pas un journaliste qu’on peut envoyer chier en sortant du terrain. C’est un être humain avec des émotions, un cœur, deux mains libres. Norbert, le chef du service des Sports, comprend mon désarroi. Il dispose de son propre bureau, non loin de ses soldats. Une armoire, légèrement entrouverte, laisse apercevoir quantités innombrables de bouquins. Lui-même a rédigé la biographie officielle de Jérôme Rothen ; la troisième, couvrant la période 2009-2011.
‘’Tu veux que je réponde à ta place?
- Si possible, oui.
- D’habitude, ce sont les agents qui s’en chargent.”
Sitôt les présentations effectuées, Medhi avait filé rejoindre Adrien Rabiot, dont il s’occupait également de la carrière. Le gamin risquait une semaine de salaire d’amende. Durant l’entraînement de mercredi, il avait osé critiquer une passe manquée de Zlatan. A défaut de la balle, les deux hommes s’étaient échangés des insultes. Leonardo voulait punir Adrien, pas Ancelotti. Le coach appréciait les jeunes avec du caractère. Il m’appréciait aussi.
J’ai toujours été aimé par des nazes.
Un stagiaire - le numéro 2 du service - m’apporte un café trop froid. Il s’excuse pitoyablement. Pour faire bonne figure, il m’avoue ses origines auvergnates et sa passion dévorante pour le Clermont Foot. Il rentre un week-end sur deux en Auvergne pour justifier son abonnement en se rendant au stade. Quand il ne peut pas, il se contente d’écouter le match à la radio, probablement dans un petit studio mal desservi par le métro. Il connaît par cœur l’identité des recrues, des joueurs actuels et passés. Son existence semble incroyablement triste.
Percevant mon ennui profond, Norbert m’invite à quitter le bureau. Des types regardent une course de vélo sur la télévision murale, d’autres le commentent, le dos tourné à l’image, tout en écrivant un résumé en s’aidant uniquement des onomatopées de leurs collègues. Son équipe se constitue de cinq stagiaires et d’un gibbon. Le métier est tellement bouché et les places si rares que les jeunes journalistes payent pour travailler ; le gibbon verse des bananes. Ils ne sont pas très beaux, guère charismatiques. La fatigue dessine des creux sur leur visage. Le planning des congés reste vierge, lui aussi. Maxence a la peau si pâle qu’il semble n’avoir jamais vu la lumière du jour. ‘‘J’évite de sortir. Je prends feu au contact du soleil. Et de toute façon, on n’a pas de budget pour partir en reportage.” Ce même garçon a disposé un hamac dans un coin de la pièce, étalé entre un barreau de sa chaise et un porte-manteau. Au-dessus du plumard, un compteur notifie en temps réel le nombre de visiteurs égarés sur le site. Norbert regarde l’appareil puis crie à la cantonade ‘‘1889! Allez, plus que 200 et le record de la semaine sera battu !” Maxence sursaute et se remet au boulot. Son sixième papier de la journée ; le compteur indique 14h42.
L’Open Space regroupe plusieurs services dans le même étage, ‘‘le people, les sports et un autre pas franchement identifiable.” Sur une table déserte traînent quatre vieux exemplaires de France-Football aux titres accrocheurs : Kaka bientôt au PSG! ; Kaka au PSG! ; Ce que Kaka va changer au PSG ; Pourquoi Kaka n’a pas signé au PSG. Nous sommes distraits par une balle de tennis roulant sur le sol. Une journaliste est prostrée près de l’imprimante, les genoux recroquevillés. Des gens prennent leurs manteaux et s’en vont, puis reviennent, puis s’en vont.
Nous descendons prendre un verre dans le confort incertain d’une brasserie hors de prix. Une serveuse assez mince nous donne une carte bien plus surchargée. Norbert reluque sa poitrine et commande du vin rouge. Je lui fais remarquer qu’aucune femme ne travaille avec lui ; la dame s’occupant du ménage ne comptant pas dans les statistiques.
‘‘A part en télévision, les journalistes sportives sont rares.
- Pourquoi ça?
- Sans que je ne l’explique, le physique d’une jolie femme passe moins bien sur papier que sur un écran.
- Prenez des moches.
- Pourquoi recruter des femmes si elles ne peuvent pas approcher les footballeurs?”
Norbert écrivait sur le PSG depuis la présidence Denisot. Il avait connu la victoire en Coupe des Coupes, Weah, Guérin, Leonardo, davantage de déceptions que de francs bonheurs.
‘’ Des femmes suivaient-elles le club à cette époque?
- Je ne crois pas.
- Connaissais-tu mon frère ?
- Ton frère?
- Antoine Kohler.
- Ah, oui. Très peu.”
Il partait tôt, rentrait tard. Son métier prenait le dessus sur la vie de famille. Se resservant du vin, il m’informa de son divorce, début 2000, avec une dame peu sensible aux charmes du football. Entre les déplacements à Sochaux et les week-ends à Versailles, Norbert avait eu le courage de choisir. Beaucoup de journalistes sont célibataires parce qu’ils ne peuvent assumer qu’un seul amour.
‘’J'aime bien les footballeurs. On peut tout se dire, on ne se cache rien. C’est donnant-donnant.”
Une fois par semaine, je téléphonais à maman par politesse, histoire de m’assurer qu’Antoine n’était pas mort. Elle me disait qu’il espérait trouver du boulot dans les prochaines semaines. Je lui avais demandé si elle connaissait le nom de cette journaliste qu’il avait frappée. Elle ne s’en souvenait pas. J’avais trouvé cela étrange de ne pas se souvenir du nom de la femme agressée par son fils. Par curiosité, j’avais voulu en parler à mon père. Comme toujours, il était injoignable.
‘’Ca marche bien pour toi en ce moment.
- J’ai été titulaire deux matches.
- Au PSG! Ca en vaut dix à l’OM. Tu sais, on t’a consacré un papier après Bordeaux.
- Medhi me l’a lu avant de m’endormir. Il comportait tellement d’erreurs que j’ai cru qu’il parlait d’un autre joueur.
- Ah, ces stagiaires! Si tu veux, j’écrirais les prochains. Je te propose ceci : tu me racontes ce qu’il se passe au club et, en échange, je te mets des bonnes notes.
- Oh. J’ai rien d’intéressant à raconter.”
Norbert promit de ne m’appeler qu’après les matches, pas plus de cinq minutes. Je ne comptais pas lui dévoiler ma vie. Les notes dans les journaux m’étaient indifférentes. J’avais peut-être simplement besoin qu’on m’écoute.


Gabriel dit :
Le pauvre petit Auvergnat…j’ai presque pleuré devant sa petite vie pathétique. Mais pourquoi faut-il que ça tombe sur le CF63?
21 septembre 2012, 10:00Maxime dit :
je crois que le co-auteur de ce site supporte également ce club
21 septembre 2012, 10:18El Zanck dit :
C’est assez incroyable la qualité de cette série, y’a des passages de haut-niveau cachés au milieu des blagues potaches, je suis fan!
21 septembre 2012, 11:32Captain Rai dit :
Cher Kevin,
Le comité de protection des Gibbons demande des excuses…
Des Nouvelles de la petite Laure en dehors de l’usage du soleil vert?
21 septembre 2012, 17:05Jeannol dit :
Kevin, c’est un auvergnat, dans les prochains
23 septembre 2012, 10:30billets, vous devriez insister sur le coté pingre et puis, quand y en a beaucoup, c’est un problème.
maxime dit :
@Capitaine Rai Kevin déprime un peu, il envisage d’écrire une lettre d’amour à Laure. Manquerait plus qu’il lui envoie un mail avec un nounours tenant un coeur où il est écrit ‘Je t’aime’.
25 septembre 2012, 12:15Quinette dit :
Cela faisait longtemps que je n’étais pas venu lire le blog de Kevin.
C’est de mieux en mieux !
Et puis, le journalisme, c’est beau comme sujet
Kevin, pourquoi tu ne pourrais pas convaincre Léonardi de faire du CF63 le club filière du PSG ? on récupérerait une partie du banc de touche et on file directe en L1 !
3 octobre 2012, 12:48Best iphone5 Case dit :
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