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Trezeguet 2000, de l'or sous la barre

Un jour, un but – Le 2 juillet à Rotterdam, cette année-là, l’équipe de France remporte l’Euro grâce à un débordement de Robert Pires et une volée exceptionnelle de David Trezeguet.

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Le stade De Kuip à Rotterdam bouillonne. Sylvain Wiltord a décroché in extremis une prolongation pour l’équipe de France et les supporters des deux camps poussent leurs équipes respectives. "Italia, Italia" contre I Will Survive. La France baigne dans l’euphorie des rescapés. Du coté italien, on est sonné, après avoir été à dix secondes de la victoire. On commet même, chose rare, quelques fautes de concentration au sein de la défense, comme cette passe trop appuyée de Fabio Cannavaro que Demetrio Albertini ne parvient pas à contrôler. Nous sommes à la 103e minute et Robert Pires s’empare du ballon.

 

 


Frappe fatale

Sur le côté gauche, dans les vingt mètres, l’ex-Messin a plusieurs options. Zinédine Zidane se tient à ses côtés, tout comme Thierry Henry, pas très loin devant le porteur du ballon. Les Italiens restent un peu figés, persuadés qu'il va donner son ballon. Mais celui-ci est pris d'une audace: il snobe ses prestigieux coéquipiers, s’engouffre sur l’aile gauche, s'emmène le ballon devant un Cannavaro pris de vitesse mais qui renonce à faire faute, et lève la tête avant de centrer un mètre devant la ligne. Non sans réussite, puisque le ballon passe entre les jambes de Nesta. À hauteur du point de penalty, David Trezeguet est à l'affût depuis longtemps. En vrai renard des surfaces, il se dégage du marquage adverse en quelques petits pas de côté: Iuliano est effacé, Maldini n'a pas bougé. Le Franco-argentin déclenche sa volée du gauche, sans élan ni contrôle, et la balle va se ficher sous la barre, tout près de la lucarne, ne laissant aucune chance à Toldo qui était parti de l'autre côté – renforçant l'impression de perfection de cette frappe fatale.

 

On ne réalise pas immédiatement, mais la France devient championne d’Europe, deux ans après avoir remporté la Coupe du monde. Jamais depuis la RFA des années 1972-1974, une équipe ne s’était ainsi maintenue au sommet deux tournois consécutifs. Les chroniqueurs chipotent même sur l’ordre des victoires, comme s’il avait une réelle importance.

 

 


Le blues du remplaçant

Pour le deuxième Euro consécutif, la finale se règle par un but en or inscrit par un remplaçant. À Oliver Bierhoff, héros inattendu de l’Allemagne en 1996, succède David Trezeguet, héros d’un tournoi où il n’a pratiquement pas joué. Barré par le duo Henry-Anelka, le jeune buteur monégasque n’a été titularisé que pour Pays-Bas-France, match sans enjeu entre équipes déjà qualifiées. Tout le reste n’a été qu’une longue attente sur le banc. Il ne réapparaît que durant la prolongation de la demi-finale contre le Portugal, une douzaine de minutes qui lui suffiront pour provoquer l’action amenant le penalty – également en or – de Zidane.

 

La finale, c’est aussi sur le banc que David Trezeguet la débute. Une drôle de situation pour un homme qui, depuis deux mois, passe par des sentiments contradictoires. Il connaît des moments de joie, avec le titre de champion de France conquis au sein de l'AS Monaco, en inscrivant 22 buts. Et la naissance de son fils, en mai, alors qu’il est à Clairefontaine en pleine préparation de l’Euro avec les Bleus. Des moments difficiles: la frustration de n’avoir eu que quatre jours de permission pour profiter de son fils Aaron, la déception du remplaçant qui constate que ses coéquipiers n’ont plus besoin de lui pour gagner, la colère, un jour à l’entraînement, où il jette sa chasuble et quitte ses coéquipiers en les insultant (en espagnol). Le positif reprend le dessus quand, la veille de la demi-finale, il signe un contrat avec la Juventus Turin. Puis rejoue quelques minutes avec les Bleus.

 

 


Un bonheur fou

Ce n’est qu’au début du dernier quart d’heure du temps réglementaire que David Trezeguet fait son entrée. Il remplace Youri Djorkaeff et se place à la pointe de l’attaque. La France est alors au plus mal, menée qu’elle est par d’opiniâtres Italiens. Roger Lemerre, le sélectionneur, a déjà fait entrer Wiltord, à l’heure de jeu. Il fera entrer Robert Pires à cinq minutes de la fin, comme contre le Portugal. Un coaching pour le moins gagnant: à la dernière minute, Sylvain Wiltord égalise. David Trezeguet est partie prenante du miracle grâce à une déviation de la tête que n’a pu maîtriser Fabio Cannavaro. En prolongation, Robert Pires virevolte et centre pour David Trezeguet qui ne laisse pas passer l’occasion. En or.

 

Étrangement, le passeur décisif ne montre aucune émotion: il continue de marcher le long des panneaux publicitaire, le regard baissé vers le sol tandis que Trezeguet, fou de joie, retire son maillot et le brandit à bout de bras dans une course folle. On voit Roger Lemerre, en survêtement, courir vers lui les bras largement ouverts. Une image rare du sélectionneur français, qui s’efforce continuellement de maîtriser ses émotions. Mais là, il s’agit de Trezeguet, un de ses préférés. Il ne le fait pourtant pas jouer autant qu’il le voudrait, pour des impératifs tactiques. Alors le voir marquer un but, dans ces conditions, est un bonheur rare. Il n’a pas oublié, Roger, que si la France dispute ce tournoi, c’est aussi parce que David Trezeguet avait inscrit le but décisif en éliminatoires face à l’Islande (3-2). Déjà un but en or.

 

 

Un jour, un but - série spéciale Euro

Panenka 1976, le penalty de velours
Arconada 1984, naufrage au Parc
Gazza 1996, pourvu qu'on ait l'ivresse
Wiltord 2000, héros sur le tard
 

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