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Matthew Bazell

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Abus de confiance

Invité : When Saturday Comes – Les supporters des clubs riches deviennent terriblement intransigeants, tels ceux d'Arsenal qui ont le sentiment de se faire pigeonner à l'Emirates.

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Un nouvel article de l'indispensable mensuel When Saturday Comes, issu cette fois de son numéro de mai. Titre original : Breach of trust.


* * *

Les supporters d'Arsenal ont essuyé bon nombre de critiques récemment, nous assimilant à une bande d'ingrats et nous niant le droit d'exiger mieux de notre équipe. On nous explique que nous devrions nous contenter de notre sort, au motif qu'il pourrait être bien pire. Je n'assiste plus aux matches, en partie parce que les politiques tarifaires contemporaines relèvent du matraquage. Mais si je mets à la place des abonnés, j'en viens à conclusion qu'en dépensant de telles sommes, moi aussi je serais incroyablement exigeant.

 


Inflation du ressentiment

Si en effet je devais payer les billets de stade les plus chers du monde, je m'attendrais à voir un des meilleurs footballs du monde. Après tout, les fans de clubs comme Arsenal s'entendent constamment dire que s'ils veulent le meilleur, ils doivent y mettre le prix. Or, quelqu'un prétendra-t-il que cette équipe d'Arsenal est la meilleure d'Angleterre, sans parler de l'Europe? Et pourtant, le moins cher des abonnements à Arsenal l'est environ sept fois plus que son équivalent au Bayern Munich.

 

 

Plutôt que de parler de supporters gâtés, on serait mieux inspiré de considérer que c'est le club qui bénéficie d'une rare indulgence. Les dirigeants ne tiennent pas leurs promesses, mais ils continuent à vendre très cher leur produit. S'il en coûtait moins de suivre Arsenal, on ne constaterait pas le même niveau d'insatisfaction, j'en veux pour preuve ma propre expérience de supporter. Je suis Arsenal depuis 1986, et la seule équipe aussi mauvaise que celle d'aujourd'hui a été celle du milieu des années 90. George Graham avait perdu sa magie et Arsenal était devenu une équipe médiocre. Les supporters voulaient qu'elle soit meilleure, mais je me rappelle que jamais ils n'éprouvèrent envers leur club le degré de ressentiment, voire de haine, que l'on constate aujourd'hui. Je n'emploie pas le terme "haine" à la légère: il y a partout des supporters qui détestent désormais ce que leur club représente. C'est un changement majeur.

 

Dans ce milieu des années, nous nous désolions de voir John Jensen et Ian Selley alignés au milieu de terrain, mais l'amertume n'avait rien de comparable. Nous voulions et espérions simplement que les choses aillent mieux. Comment aurais-je pu être amer à l'encontre d'un club abordable qui évoluait dans un magnifique stade art déco, avec une communauté de supporters à laquelle je pouvais m'identifier?

 


Un monstre dans les tribunes

Depuis, le club a soldé son âme, baptisé son stade d'un nom de marque commerciale, accordé la priorité aux loges d'entreprises et exclu les spectateurs les moins riches en pratiquant l'inflation du prix des billets. Voilà des raisons pour lesquelles les supporters d'Arsenal sont en droit d'exiger une équipe d'un autre niveau. La révolution culturelle qui résultait du déménagement vers l'Emirates stadium était supposée être un compromis pour la réussite – réussite footballistique bien sûr, j'imagine bien que les profits annuels ravissent le conseil d'administration.

 

Si l'équipe n'a pas le succès attendu, les supporters ont le sentiment d'être floués, à suivre ainsi un club dont l'image est celle d'une grosse entreprise et qui coûte si cher à supporter. Le ressentiment qui émane d'une telle situation n'est pas très difficile à comprendre. La culture du football actuel a donné naissance à ce monstre dans les tribunes, et maintenant il faut bien nourrir la bête avec ce qu'elle demande. Une seule saison en dehors du top 4 suffira aux supporters de Manchester United pour réclamer la tête d'Alex Ferguson. Deux défaites de suite en février dernier, et ceux des Spurs affirmaient dans les talk-shows qu'Harry Redknapp n'était pas la bonne personne pour faire avancer le club.

 

On serine aux supporters que désormais le football est un business. Eh bien, le monde des affaires peut être versatile et sans pitié. Si les choses ne se déroulent pas comme prévu, les têtes vont rouler. Les spectateurs dans les stades sont les financeurs lourdement ponctionnés du football business, et à ce titre ils se sentent légitimes pour exiger des standards de qualité à la hauteur de leur investissement. Certains éprouveront de la sympathie pour les dirigeants qui subissent cette pression, d'autres estimeront qu'ils récoltent juste ce qu'ils ont semé.

 

 

Précédents articles de When Saturday Comes sur les Cahiers du football

L'éthique de la victoire
Remontées en blog
Crimes d'honneur
Mesures d'austérité
Chelsea, le prix des titres
Tottenham sensible
La vie après Beckham
Dans la peau de moi-même
Le complexe de City
Luttes de pouvoir
Sortir des bois
L'étrange monsieur Hleb

 

Numéro de juin spécial Euro 2012, avec son guide et son calendrier poster.

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