
AFRIQUE DU SUD, UN AIR DE COUPE DU MONDE (1)
Clément Rivière -
mardi 26 janvier 2010
La PSL, ou Premier Soccer League, nom commercial de la National Soccer League, n’a même pas l’âge de sortir boire une pinte toute seule. Fondée en 1996, elle est séparée en deux divisions, l’élite se regroupant dans l’ABSA Premiership pendant que la National First Division accueille les Arles-Avignon et SCO d’Angers locaux dans deux poules régionales. Cinq équipes sont présentes au palmarès depuis la première édition, symbole de l’inconstance des teams locales mais aussi de la domination féroce des clubs de Jo’Burg et Pretoria: Moroka Swallows, Kaizer Chiefs, Orlando Pirates, SuperSport United et Mamelodi Sundowns. Onze titres nationaux sur les treize décernés rien que pour les quatre dernières, mention spéciale aux "Brésiliens" de Mamelodi et à leurs cinq étoiles au fuselage.

Autre particularité de la PSL: c’est la seule ligue professionnelle du monde à regrouper l’Ajax, le Celtic et… Santos. "Vous pouvez trouver beaucoup d’équipes appelées Manchester United ou Liverpool dans les différentes ligues inférieures. Quand le club a été racheté en 1984, le nouveau propriétaire a choisi le Celtic et ses couleurs. C’est commun ici de prendre les noms d’autres clubs", explique Ikie Agousti, président délégué du Bloemfontein Celtic, un des clubs les plus populaires du pays.
Devant le cricket et le rugby
La PSL fait chaque année un peu plus figure de "nouvelle riche" du foot africain, comme en témoigne le contrat de 1,6 milliards de rands (environ 160 millions d’euros) signé en 2007 avec SuperSport, plus gros deal télévisuel de l’histoire du sport sudaf’, devant les gros poissons du cricket et du rugby. Les 800.000 euros offerts au vainqueur du MTN 8 de début de saison confirment la tendance: "Si vous comparez avec il y a vingt ans, les gens ne regardaient pas du tout l’aspect commercial du football. Les standards du foot professionnel se sont sensiblement élevés, tout est devenu plus pro. On a gagné en transparence et en efficacité en nous inspirant des principes de l’entreprise, et grâce à une meilleure réputation les clubs ont pu attirer les investisseurs. On est dans le top 10 des ligues de football au niveau mondial du point de vue du business", juge Philani Mabaso, chargé de la communication d’AmaZulu, un des deux grands clubs de Durban.
Les salaires? "Ils sont très élevés. Il y a deux ans nous avions un joueur qui gagnait près de 200.000 euros par an. Vous pouvez bien vivre du foot aujourd’hui en Afrique du Sud". Les plus jeunes joueurs d’AmaZulu touchent 1.500 euros par mois, un peu moins à l’Ajax Cape Town selon John Comitis, le président du club: "Les juniors gagnent 1.000 euros par mois au club, c’est le double de leur père et mère réunis".

Entraînement de l'Ajax du Cap devant Table Mountain.
Mieux payés que dans les petits championnats européens
Pendant ce temps, les ouvriers qui construisent les stades du mondial ont obtenu de passer de 2.500 à... 3.000 rands mensuels (environ 300 euros) à la suite de leur grève mondialement médiatisée. Accoudé à la rambarde du centre d’entraînement, un supporter métis de l’Ajax préfère voir la bouteille à moitié pleine: "Ça permet d’enlever des enfants des rues, c’est une autre option dans la vie". À l’Ajax un top player touche plus de 15.000 euros par mois, tendance en hausse. Comitis: "Pour nous, le principal bénéfice du mondial est que le monde du football commence à regarder par ici. Maintenant on peut bien payer les joueurs, il y en a qui gagnent mieux leur vie que dans les petits pays européens comme la Norvège ou le Danemark". Démonstration à partir du cas de Derek Decamps, défenseur frenchy fraîchement débarqué: "Deschamps (sic) jouait en deuxième division en Espagne. Il est français, il a joué à Cannes, il gagnait cinq-six mille euros mais on peut faire plus pour lui. Maintenant les opportunités sont plus grandes pour nous". Impensable il y a peu, le club a signé un défenseur international lituanien, Denis Ivanovs, dix-neuf sélections au compteur.

Aux abords du stade des Chiefs...
Des stades en héritage
La proximité du mondial muscle le jeu de la PSL, la marge de manœuvre financière des clubs et les infrastructures, comme le résume le directeur marketing d’AmaZulu, qui vient de conclure un partenariat avec une grande chaîne de supermarchés pour 2 millions d’euros: "La Coupe du monde a un impact sur nos clubs, à 100%. Le sponsoring a beaucoup augmenté, les grandes compagnies veulent être impliquées dans le foot, surtout au niveau des clubs pros. Les infrastructures se sont développées, il y a davantage de compétition, beaucoup plus d’engagement dans le jeu. Le professionnalisme a franchi un pas". Ikie Agousti bisse depuis Bloemfontein: "L’impact le plus grand de 2010 pour les clubs locaux est que la PSL a dû élever ses standards, sa 'corporate image'. Mais le Mondial va surtout nous laisser un héritage important au niveau des infrastructures. C’est le bénéfice le plus palpable. Le pays et les clubs gagnent en exposition à l’international, mais ça ne vaut pas ce que l’on peut toucher de ses propres mains".
Dans un pays où aucune équipe de foot n’est propriétaire de son stade et où la guerre avec les clubs de rugby pour l’utilisation des équipements existants fait rage, la construction de nouveaux stades et la rénovation de certains d’entre eux est une véritable aubaine: en 2008-2009 les stars du Kaizer Chiefs ont joué leurs matches à domicile de PSL dans trois stades différents.
Tous propos recueillis par Clément Rivière, au Cap, à Durban et à Bloemfontein.
> Afrique du Sud, un air de Coupe du monde (2)
Les compétitions sudaf’ en bref
Premier Soccer League
16 clubs, les deux premiers qualifiés en Ligue des champions africaine, le troisième en coupe de la Confédération africaine avec le vainqueur de la Nedbank Cup.
Tenants du titre: SuperSport United
Nedbank Cup
LA coupe d’Afrique du Sud, sur le modèle de la FA Cup.
Tenants du titre: Moroka Swallows
MTN 8
Play-off de début de saison en matches aller-retour entre leshuit premiers de la PSL précédente.
Tenant du titre: Kaizer Chiefs
Telkom Knockout
Sorte de Coupe de la Ligue avec les seuls 16 clubs de PSL.
Tenants du titre: Ajax Cape Town

Autre particularité de la PSL: c’est la seule ligue professionnelle du monde à regrouper l’Ajax, le Celtic et… Santos. "Vous pouvez trouver beaucoup d’équipes appelées Manchester United ou Liverpool dans les différentes ligues inférieures. Quand le club a été racheté en 1984, le nouveau propriétaire a choisi le Celtic et ses couleurs. C’est commun ici de prendre les noms d’autres clubs", explique Ikie Agousti, président délégué du Bloemfontein Celtic, un des clubs les plus populaires du pays.
Devant le cricket et le rugby
La PSL fait chaque année un peu plus figure de "nouvelle riche" du foot africain, comme en témoigne le contrat de 1,6 milliards de rands (environ 160 millions d’euros) signé en 2007 avec SuperSport, plus gros deal télévisuel de l’histoire du sport sudaf’, devant les gros poissons du cricket et du rugby. Les 800.000 euros offerts au vainqueur du MTN 8 de début de saison confirment la tendance: "Si vous comparez avec il y a vingt ans, les gens ne regardaient pas du tout l’aspect commercial du football. Les standards du foot professionnel se sont sensiblement élevés, tout est devenu plus pro. On a gagné en transparence et en efficacité en nous inspirant des principes de l’entreprise, et grâce à une meilleure réputation les clubs ont pu attirer les investisseurs. On est dans le top 10 des ligues de football au niveau mondial du point de vue du business", juge Philani Mabaso, chargé de la communication d’AmaZulu, un des deux grands clubs de Durban.
Les salaires? "Ils sont très élevés. Il y a deux ans nous avions un joueur qui gagnait près de 200.000 euros par an. Vous pouvez bien vivre du foot aujourd’hui en Afrique du Sud". Les plus jeunes joueurs d’AmaZulu touchent 1.500 euros par mois, un peu moins à l’Ajax Cape Town selon John Comitis, le président du club: "Les juniors gagnent 1.000 euros par mois au club, c’est le double de leur père et mère réunis".

Entraînement de l'Ajax du Cap devant Table Mountain.
Mieux payés que dans les petits championnats européens
Pendant ce temps, les ouvriers qui construisent les stades du mondial ont obtenu de passer de 2.500 à... 3.000 rands mensuels (environ 300 euros) à la suite de leur grève mondialement médiatisée. Accoudé à la rambarde du centre d’entraînement, un supporter métis de l’Ajax préfère voir la bouteille à moitié pleine: "Ça permet d’enlever des enfants des rues, c’est une autre option dans la vie". À l’Ajax un top player touche plus de 15.000 euros par mois, tendance en hausse. Comitis: "Pour nous, le principal bénéfice du mondial est que le monde du football commence à regarder par ici. Maintenant on peut bien payer les joueurs, il y en a qui gagnent mieux leur vie que dans les petits pays européens comme la Norvège ou le Danemark". Démonstration à partir du cas de Derek Decamps, défenseur frenchy fraîchement débarqué: "Deschamps (sic) jouait en deuxième division en Espagne. Il est français, il a joué à Cannes, il gagnait cinq-six mille euros mais on peut faire plus pour lui. Maintenant les opportunités sont plus grandes pour nous". Impensable il y a peu, le club a signé un défenseur international lituanien, Denis Ivanovs, dix-neuf sélections au compteur.

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