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Pourquoi Lyon ne sera pas champion

Si l'Olympique lyonnais y met un peu du sien, cette saison pourrait relancer l'intérêt du championnat de France.
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Quitte à se nourrir d'illusions, nouons le faisceau de présomptions qui font croire à un fléchissement de la trajectoire olympienne...

Un complot anti-OL bien réel

Nul besoin d'imaginer un cénacle se réunissant nuitamment dont les membres porteraient des cagoules pour comprendre que le football français dans son ensemble n'a aucun intérêt à voir l'Olympique lyonnais décrocher son septième titre (à moins que ce ne soit le huitième, on a perdu le compte). Il y a encore quatre ans, le championnat de France pouvait avancer son principal atout: le suspense qui faisait que, au contraire des autres compétitions domestiques européennes, personne ne savait quelle équipe allait être championne. Las, le turnover intensif a laissé la place à un monopole total qui a renforcé le sentiment de la dévaluation de la Ligue 1.
Autant dire que personne ne va faciliter le travail aux Lyonnais et des dizaines de "détails" pourraient s'additionner en leur défaveur. Sans intention délibérée, mais selon la force inconsciente qui pousse chacun (y compris les arbitres) à pencher du côté d'un intérêt général bien compris.

Pire, une partie du monde du football attend la chute avec ce qui ressemble à de l'impatience. Une "crise" à Lyon serait une aubaine susceptible de divertir la déprime générale sur la qualité du championnat de France. Car, selon le théorème dit de Jean-Marie Messier, si les médias et les instances ont salué avec déférence la réussite de l'OL et fait de son président une icône, il ne faut pas oublier qu'ils se retourneront contre eux avec la même vigueur qu'ils mettaient à leur tresser des lauriers.


Des fissures dans le vernis

gerland_sunset2.jpgEn tant que compagnie dont les trains arrivent toujours à l'heure, l'OL alimente donc bien mal la chronique et se révèle ennuyeux pour les médias – qui aimeraient (peut-être comme nous tous) qu'un peu de l'inconséquence qui stérilise l'OM et le PSG vienne agiter la vie lyonnaise. Mais voilà que là aussi, les temps ont changé au cours de cette année 2007. Les états d'âme de l'entraîneur (rien de neuf, à Lyon) se sont accompagnés d'une série d'épisodes tragi-comiques, comme le départ mouvementé de Wiltord, la brouille Govou-Juninho ou la bouderie de Fred. Avant cela, la seconde partie du championnat avait rendu palpable la déprime d'un groupe qui ne réussissait plus grand-chose de bon sur le terrain (lire aussi "OL Cuisine"). En outre, il semble que Tola-Vologe rime désormais avec Camp des Loges: transformé en scène de théâtre avec l'interpellation très médiatisée de Wiltord, le camp d'entraînement semble avoir des murs poreux: c'est ainsi qu'on put jaser à loisir sur le départ de Juninho au début d'une séance vidéo programmée par Alain Perrin.

Ces petites saynètes ne sont peut-être qu'un épiphénomène, mais leur addition incite à se demander si le club ne serait pas fragilisé ou du moins, plus susceptible de souffrir de ce genre d'accès de fièvre qui, auparavant, affectaient à peine l'institution. Après avoir rattrapé les cadors historiques sur le plan du palmarès, l'OL est-il en passe de les imiter aussi sur le plan de la pantomime?


Un président prêt à couler une bielle

On sait que l'OL a développé une belle capacité à éviter les crises, mais la contrepartie est qu'on ne sait toujours pas comment il les gère. On a toutefois quelques indices. Les tendances paranoïdes de Jean-Michel Aulas se sont déjà exprimées à plusieurs reprises cette saison, et laissent présager une aggravation en cas de contrariétés. Les pulsions du président lyonnais ont toujours été contenues par ses succès, mais une situation critique risque de faire exploser ses dernières inhibitions – ce qui serait une manière originale de ramener du spectacle en L1. Y a-t-il quelqu'un au sein du club pour modérer le patron?

Mais c'est tout le club et son environnement qui pourraient être perturbés. Qu'il s'agisse des supporters ou de la population des loges, une partie significative d'entre eux n'ont quasiment connu que l'irrésistible ascension des années 2000. Or, on sait que soutenir une équipe devient une tout autre affaire quand elle galère. Le manque éventuel d'enracinement de la ferveur pourrait clairsemer les soutiens, voire faire émerger un public de blasés siffleurs ou certains ultras envahisseurs de camp d'entraînement.


Un groupe amoindri ?

Quand Coupet avait déclaré que l'OL était moins fort (L'Équipe Magazine) il y a quelques semaines, ce n'était pas encore la ligne officielle: JMA vantait toujours la supériorité de Grosso sur Abidal, par exemple. Mais après le revers de Barcelone, Bernard Lacombe s'est entretenu avec L'Équipe pour accréditer la thèse de la baisse de niveau (1). Cette adoption du profil bas a-t-il vocation à relâcher un peu la pression sur les joueurs ou à ouvrir le parapluie en prévision de temps plus sombres?

Ne nous méprenons pas, toutefois: même si la balance des transferts semble qualitativement déficitaire, c'est à presque à chaque intersaison que resurgissent les doutes sur la qualité de l'effectif. Rituellement, on annonce sa dépréciation en raison des départs. Pourtant, l'OL a fonctionné comme une belle machine à valoriser des joueurs: Abidal et Malouda, partants cet été, en sont l'illustration. Mais statistiquement, la pioche doit un jour ou l'autre s'avérer moins bonne, l'amalgame moins réussi. Et en football, une suite de circonstances et de conditions défavorables (comme les blessures durables de Coupet et Cris) peuvent très vite amener une équipe sur une mauvaise pente difficile à remonter (la fameuse "spirale négative"). L'Olympique lyonnais a montré, la saison passée et en limitant les dégâts, qu'il n'était pas immunisé contre cette pathologie.


Une incapacité à franchir un seuil

Le recrutement de l'OL, comme l'a récemment formulé un communiqué boursier du club, est une activité "trading de joueurs". Autant dire que les critères déterminants, au moment de vendre ou d'acheter des joueurs, sont d'ordre financier au moins autant que sportif. Évidemment, cette politique n'est pas nuisible sur le terrain, dans la mesure où elle a plutôt favorisé, jusqu'à présent, une certaine stabilité – et aussi préservé une capacité à investir qui permet au club de maintenir une qualité d'effectif suffisante pour rester maître dans la compétition domestique.

On remarque cependant que la prudence observée par les dirigeants lyonnais ces dernières années les a dissuadés de réaliser un gros coup en faisant venir une véritable star, notamment en attaque où l'on a eu l'impression qu'un gros calibre a souvent manqué pour faire la différence en C1. Peut-être que le club n'a pas la stature suffisante en Europe (symboliquement et non financièrement) pour attirer autre chose que des joueurs en devenir. L'exemple de Fabio Grosso irait pourtant en sens inverse, et l'on peut objecter que Karim Benzema est déjà un joueur d'exception... Toujours est-il qu'on attend l'équivalent de ce que fut Sonny Anderson en 1999: un investissement lourd dans un fuoriclasse qui ferait franchir un cap au club.


Bien entendu, en dépit de tout ce qui précède, il est difficile de croire que l'OL puisse être véritablement menacé dans un championnat où la démission de ceux qui devraient être ses rivaux – même si elle finit par l'affaiblir lui aussi, faute d'une opposition consistante – lui laisse une avance considérable. Mais on est bien obligé de constater que, selon l'implacable principe qu'une série se rapproche inéluctablement de sa fin, la saison 2007/2008 est candidate pour l'organisation de festivités du titre ailleurs qu'à Gerland. Cette seule possibilité réjouirait les amateurs de lutte pour au sommet du classement. Et le comble est qu'elle pourrait ne pas faire de mal aux Lyonnais eux-mêmes.


(1) À coup de double négation : "Quand on voit le niveau des joueurs que nous avons perdus, on ne peut pas dire que le niveau de l'équipe n'a pas diminué".
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