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Le crépuscule de Jour de foot

Rétro de la saison – En quelques années, Canal+ a transformé en assommoir son émission phare, qui consacre à peine plus d'une moitié de sa durée au football... Analyse d’une heure chrono. Extrait du #35 des Cahiers du football.
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jdf_2.jpgUne prise d’otages : ainsi pourrait-on qualifier Jour de foot. Car c’est bien à un public captif que la chaîne cryptée s’adresse, celui des passionnés désireux de découvrir les résultats et les images de la journée de championnat sans attendre Téléfoot – ces abonnés espérant aussi accéder à une autre qualité journalistique que celle de TF1.
Hélas, l’arrivée cette saison du sémillant Alexandre Ruiz – devenu insupportable à une vitesse record à force d’emphase, de chorégraphies manuelles et autres blocages pathologiques – n’a en rien enrayé une lente dégringolade: il y a quelques années à peine, Hervé Mathoux, Grégoire Margotton, Nathalie Ianetta et Vincent Radureau insufflaient encore à l’émission un peu de vitalité et d’esprit. Mais la succession aux commandes de Stéphane Guy (aujourd’hui rédacteur en chef), Lionel Rosso puis Alexandre Ruiz lui ont porté une série de coups fatals, l’enthousiasme maladif du dernier nommé n’ayant en rien sauvé un programme devenu aussi lénifiant que transparent. 


53 % de football !
Dans le but de comprendre pourquoi le fleuron du service des sports de Canal+ a ainsi dégénéré, nous avons analysé, montre en main, l’édition du 22 février dernier – une édition "normale", au cours d’un week-end comportant deux matches décalés au dimanche. Nous avons aussi pu nous référer à une étude semblable que nous avions menée en novembre 2003 (lire les CdF #2).
Premier constat : au total, les résumés ne représentent qu’à peine la moitié du temps d’antenne (moins de 28 minutes), alors qu’ils sont la raison d’être de l’émission... Plus significatif encore, leur durée moyenne n’est plus que de 3 minutes et demie, contre 4 minutes 20 il y a un peu plus de trois ans. Et même en considérant charitablement les séquences "focus" et "caméra isolée" comme traitant du jeu, on arrive à peine à 53% de football ! Le ratio était de 64% en 2003/2004, pour une émission plus longue de vingt minutes...

Comment diable parvient-on à un total aussi faible? Pour les seuls résumés, ce sont près de 12 minutes qui sont consacrées à leur lancement (sous la forme d’un laïus d’Alexandre Ruiz, suivi d’un dialogue en duplex avec l’envoyé spécial) et à leur conclusion (score du match et nouveaux commentaires des journalistes sur fond d’images de vestiaires ou de ralentis). Terrifiant, quand l’on sait la vacuité globale de ces échanges, qui comportent un minimum d’informations concrètes.


Journalisme d’ameublement
S’ajoutent à cela les traditionnelles interviewes de joueurs, d’entraîneurs ou de présidents, à hauteur de 7 minutes (uniquement dans le cadre des résumés). Un exercice dont on connaît l’intérêt très limité tant il consiste à parler en langue de bois à partir de la vingtaine d’expressions consacrées. Des bribes d’interviewes parsèment aussi le générique-préambule de l’émission, qui mêle images de descentes de car et poncifs d’avant-match. Idem pour la "bande annonce" de l’affiche télévisée le dimanche soir: presque deux minutes de banalités absolument pas dopées par les pauvres effets de luminescence actuellement à la mode chez les réalisateurs. Ajoutez à cela qu’au cours de l’émission étudiée, le président nantais Rudi Roussillon a été invité à s’exprimer sur les malheurs de son club durant 3 minutes 40... Au total, le téléspectateur a subi plus de 12 minutes d’interviewes, soit 20% de l’émission (13% lors de notre précédente enquête).

« On aurait pu vous faire un résumé de sept ou huit minutes ! » Mais pourquoi ne pas l’avoir fait?

On a le sentiment étrange que, comme si la technologie avait régressé au cours des dernières années, il fallait désormais meubler au maximum en attendant que les résumés soient finis d'être montés... Le plus accablant est que les autres contenus n’apportent quasiment aucune valeur ajoutée sur le plan informatif. La fameuse "camiso" ne consiste plus qu’à filmer les réactions d’un figurant quelconque (brancardier, speaker de stade, femme de joueur, etc.) durant la rencontre, et le "focus" n’est généralement qu’un montage d’images réchauffées sur tel joueur ou telle équipe. Conclusion : l’émission a multiplié ses formats "magazines" – au lieu de s’en tenir à l’information –, mais elle n’apprend quasiment rien au spectateur.

Le manque d’imagination au pouvoir
Jour de foot ne semble plus exalter que l’art du délayage, quitte à servir une soupe tiède et sans la moindre saveur. Et c’est Alexandre Ruiz qui la sert à la louche. Il lui faut 1 minute 10 pour faire un inutile débriefing de la bande-annonce susmentionnée, quatre minutes au total pour lancer et clore l’émission. Vedette de ce show, il apparaît durant 12 interminables minutes à l’écran – sans compter ses moments de voix off.
Bilan, alors que le Jour de foot observé il y a trois saisons durait 1 heure 18 (plombé par une inutile "séquence en plus"), celui-ci, qui ne dépasse pas une heure, n’a absolument pas gagné en intensité. Lors d’une émission d’avril dernier, un des envoyés spéciaux s’exclamait, évoquant un match riche en actions et en émotions: "On aurait pu vous faire un résumé de sept ou huit minutes!" Mais pourquoi ne pas l’avoir fait?

Pour sympathiques qu’ils soient, les journalistes du service football de Canal semblent désormais chargés d’animer un spectacle pour enfants avec des blagues de potache et des mises en scène poussives pour exploiter le pauvre décor des coulisses de stade. On pourrait tout leur pardonner, sauf la niaiserie satisfaite qui teinte l’émission: Jour de foot a "dépassé" Téléfoot, dont il n’est plus du tout une alternative de qualité, pour aborder les rives de Stade 2.

S’agit-il d’une stratégie délibérée de banalisation de la part de Canal+, obligée de ratisser très large pour rentabiliser l’investissement, loin de ses prétentions qualitatives de jadis? D’une négligence croissante de la part d’une chaîne qui s’est reposée sur des lauriers désormais défraîchis? Ou encore de l’explosion simultanée des seuils de compétence au sein de l’entreprise? Seule certitude, la chaîne nous a condamnés, en même temps que son programme phare, à une déprimante médiocrité.
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