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Antoine Faye

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Séville : chronique d'un drame annoncé

Il y a quelques jours, victime d'un jet de bouteille et du derby contre le Betis, l'entraîneur du FC Séville était emmené en urgence à l'hôpital. La conclusion d'une situation soigneusement envenimée par les dirigeants des deux équipes. Bagarre en tribune officielle, menaces, provocations, billets escamotés, vestiaires à l'ammoniaque, ambulance canardée... que le spectacle continue!
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Sans doute cette image restera celle de la saison espagnole: Juande Ramos, entraîneur du FC Sevilla, porté sur un brancard hors du stade Ruiz de Lopera, après avoir reçu une bouteille de glace pilée en plein crâne. L'incident, violent, mais sans conséquences dramatiques, pointe une nouvelle fois les dérives violentes du football ibérique. Au lendemain de cet acte, une conclusion s'impose: rien de surprenant. La chronologie des faits est limpide. Et son épilogue violent, le 28 février – jour de la fête nationale andalouse et du quart de finale retour de la Copa del Rey –, n'aura finalement surpris que par l'identité de sa victime.

Coups et blessures en tribune présidentielle

Le début de cette histoire date du 10 février dernier. Quelques jours après le match nul (0-0) des quarts de finale de la Copa del Rey, au Stade Sanchez-Pizjuan, territoire du FC Séville, les deux équipes sévillanes se retrouvent en territoire bético pour le compte de la Liga. Sur le terrain, le match est tendu, mais ce n'est rien en comparaison des incidents qui éclatent dans la tribune présidentielle. Les dirigeants du Sevilla et du Betis échangent les insultes puis les coups. La cause de cet affrontement naît d'un incident diplomatique: les dirigeants du Betis, pour célébrer le centenaire du club, souhaitent remettre un insigne à Del Nido, président du FC Séville.
Le protocole prévoit que la cérémonie doit se tenir sous le regard d'un buste de marbre représentant Manuel Ruiz de Lopera, actionnaire majoritaire du Betis et ennemi intime de Del Nido, le Président du FC Séville, lequel refuse la cérémonie et le cadeau. Tout cela termine donc en pugilat dans la tribune présidentielle, les deux clubs s'accusant mutuellement du début de l’échauffourée. Del Nido, en quittant le stade, lâche une phrase envenimée: “Nous savons où nous sommes et de quelle manière nous sommes traités: dans le plus pur style Betis”. La guerre est donc déclarée.

Loin de calmer les ardeurs, le club bético publie un communiqué officiel, quarante-huit heures plus tard, décrétant que “Messieurs Del Nido et Castro (président et vice-président du Sevilla) n'auront plus jamais accès à la tribune d'honneur du stade Manuel Ruiz de Lopera”. Une décision en contradiction absolue avec les règlements de la fédération espagnole, qui autorisent le président d'un club à assister aux matches de son équipe en tribune d'honneur. Del Nido opte alors pour une stratégie d'apaisement, estimant, le 14 février, que la polémique a déjà trop duré... sans pour autant revenir sur ses déclarations réalisées à la sortie du stade, le samedi précédent. Les deux clubs, qui préfèrent se concentrer sur des échéances sportives plus immédiates, enterrent momentanément la hache de guerre.


Excuses et nouvelles provocations

Après une douzaine de jours de silence radio, le président verdiblanco, Pepe León, ravive la polémique. Interrogé sur la possible venue de Del Nido, que le Betis ne peut interdire sans enfreindre le règlement, le Président bético indique: “S'il vient avec la police et qu'ils nous obligent à le laisser passer, nous serons forcés de l'accepter, mais nous en serons pas responsables de ce qu'il pourrait se passer”. La menace à peine voilée de laisser Del Nido exposé à la vindicte de supporters rivaux s'accompagne de cette nouvelle déclaration polémique: “Del Nido incite à la violence”. Nous sommes à deux jours du quart de finale retour de la Copa del Rey.

Informée de ces déclarations, la RFEF (fédération espagnole) menace de reporter le match si la sécurité n'est pas assurée. A seulement 24 heures du début de la rencontre, il n'existe donc aucune certitude que celle-ci se dispute. Il faut la médiation de la RFEF et du président de la Junta de Andalucía (l'équivalent de nos présidents de région) pour que les deux clubs acceptent de négocier. Au final, quelques heures avant le choc, les deux rivaux signent un document commun, se présentant des excuses mutuelles. José María Del Nido est autorisé par le Betis a siéger en tribune présidentielle. En bref, tout est apparemment réglé.

Mais les apparences institutionnelles sont bien éloignées de la réalité du terrain. Sur Radio Marca, nombreux sont les supporters béticos et sévillans qui lancent tour à tour des appels à la raison, craignant un derby violent, qui pourrait s'achever dans des conditions tragiques. Un alarmisme peu habituel dans une ville pourtant imprégnée d'une rivalité séculaire. Les craintes se confirment dans les dernières heures avant le match. Le Bétis y assène les coups bas. Tout d'abord, en installant derrière le siège assigné à José María del Nido, le buste de Lopera, devant lequel le président sévillan avait refusé de se laisser photographier. En dépit de l'esprit de provocation guidant cette décision, les dirigeants sévillans tentent de ne pas s'en offusquer.

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Ammoniaque, feux de Bengale et glace pilée...

Le bus des joueurs du FC Séville arrive sous les quolibets de leurs ennemis du Bétis. Les vestiaires du FC Sevilla sentent l'ammoniaque. Plusieurs membres du staff nervionense montrent des signes d'allergie, les yeux rougis ou de la toux. Ils sont rapidement pris en charge par les services médicaux présents. Evidemment, dans un tel climat, la suspicion est de mise. Si les provocations existent dans le stade, les premiers incidents violents vont se produire hors de l'enceinte du stade.
Selon l'accord prévu entre Sevilla et Betis, les dirigeants beticos devaient remettre quelques heures avant le match trois cents billets permettant à la colonie sévillane de suivre le match des leurs. Sauf que le Betis n'a jamais procédé à cette remise. Le motif avancé par les dirigeants locaux est pour le moins cocasse: “Nous ne savons pas où les placer”. Les supporters sévillans, apprenant qu'ils n'entreraient pas, ont eu la réaction habituelle des décérébrés qui hantent certains gradins: tout casser.

Dans le stade, le climat est tout aussi irrespirable que dans les vestiaires du Sevilla. Pour son entrée dans le stade, José María Del Nido est la cible de divers projectiles, en plus des insultes et sifflets de rigueur. S'ensuit la chronique habituelle d'un derby sévillan: feux de bengale, insultes, coups, baffes, début de bagarre générale sur le terrain et lancer d'objets divers sur les joueurs adverses. Le clou du spectacle intervient à la 57e minute, juste après que Frédéric Kanouté eut ouvert le score. Une bouteille de glace pilée, lancée des gradins, éclate sur la nuque de Juande Ramos, l'entraîneur du FC Séville. Les services médicaux interviennent urgemment et éloignent le corps inanimé du coach visiteur. Les joueurs du Sevilla quittent immédiatement la pelouse, et l'arbitre suspend la rencontre. Le mouvement de haine n'a pas encore atteint son somment: l'ambulance qui emmène Juande Ramos vers l'Hôpital de Séville est lapidée par les supporters béticos quittant le stade.

Deux heures après l'incident, Juande Ramos a repris connaissance et se trouve en observation. C'est à ce moment que les dirigeants du Betis publient un communiqué dont la fermeté n'est pas la principale vertu. Sans le condamner, le club bético “regrette” simplement cet incident “ponctuel et isolé”. Plus consternant encore, les dirigeants “comprennent et respectent” la suspension du match, puisque cette décision “correspond à la réglementation fédérale”.


Des sanctions ambiguës

La presse rend compte le lendemain du “honteux” derby sévillan. Les rumeurs se multiplient: on parle d'une sanction pouvant aller jusqu'à douze matches de suspension pour le stade du Bétis. Au final, la Fédération Espagnole impose trois matches à huis clos, et la reprise de la rencontre à la 56e minute de jeu. Cette deuxième décision est sportivement embarrassante, puisqu'elle implique que les internationaux des deux clubs ne pourront pas jouer. Hors l'aspect purement formel, le comité de discipline espagnol est allé dans une direction intéressante en demandant l'ouverture d'un dossier sur le rôle des deux présidents sévillans, Del Nido et Pepe León. Une décision réclamée tant par des supporters indignés par le comportement de leurs dirigeants, que par la presse, qui leur impute une part de responsabilité.

Reste à savoir si les présidents de club, qui ne sont pas coupables du moindre lancement d'objet, seront sanctionné pour un comportement globalement condamnable... Effet d'annonce? Possible. Devant l'image lamentable offerte par les dirigeants dont la guerre verbale est allée crescendo, la fédération espagnole brise un tabou, sans pour autant donner à son verdict une véritable cohérence. Certes, il est indéniable que l'inconscience des présidents sévillans justifie - en partie, bien sûr - l'ambiance répugnante qui a entouré le match, s'achevant sur un acte répréhensible. Pour autant, la Fédération espagnole a surtout sanctionné la précision du lanceur.

Chaque fin de semaine, sur les terrains de Liga, les jets d'objets sont courants. Le 25 janvier 2006, lors du quart de finale Valence-Deportivo La Corogne, un assistant de Megia Davila reçoit un briquet dans le visage. A cette époque, la RFEF décide la reprise du match à huis clos. Sans plus. En bref, on peut dessiner un barème de sanctions: si vous lancez un objet – allant jusqu'à la bouteille en verre – vous ne risquez rien de plus qu'une sanction économique. Si vous lancez un objet peu contondant, mais qu'il atteint son but, vous risquez de faire interrompre le match, mais sans plus. En revanche, lorsqu'un objet lourd touche sa cible, là, vous avez la tempête médiatique et la bagatelle de trois matches à huis clos, sujets à contestation en appel.


Le laxisme de la fédération espagnole devant la gravité de certains actes violents a de quoi laisser pantois. L'exemple le plus démonstratif de ce comportement nous amène à Barcelone. En 2002, le “traître” Luis Figo, porteur du maillot du Real Madrid, retrouve le Camp Nou et l'ire de 98.000 Catalans. L'un d'entre eux envoie sur la pelouse une tête de cochon. L'image de cette tête gisant sur la pelouse a fait le tour de la planète. Dans un premier temps, la RFEF condamne le Barça à un match de suspension, pour lequel les blaugranas devront jouer loin de leurs bases. En 2005, plus de trois ans après les faits, la sanction – non appliquée - est commutée en amende. Voilà qui en dit long sur la sévérité des sanctions infligées.
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