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Les Cahiers, numéro 18

Qu'elle était verte ma volée

Le train bleu est arrivé tout juste à l'heure en gare de Lansdowne Road. Du coup, on distingue mieux l'Allemagne derrière la Suisse.
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Le Sauveur l’avait imaginé en avril dernier. Il est venu, il a vu et il a vaincu. Les Irlandais peuvent ranger leur Roy Keane, leur stade en bois et leur fighting spirit: leur trajectoire a croisé celle de la tournée d’adieu de Zidane, pour leur plus grand malheur. À Bucarest, il y a dix ans, l’équipe de France avait forgé ses futures conquêtes, avec une victoire nette (3-1) en milieu hostile. Mercredi à Dublin, les Bleus en ont produit un remake approximatif, avec un sang-froid qu’on ne leur connaissait plus. La comparaison s'arrête là, mais la route vers l'Allemagne est nettement plus dégagée.


La nalyse
Peut-être douchées par les coups francs de Zidane et Reid, les deux équipes ont vite montré qu'elles se craignaient, voire qu'elles avaient peur d'elles-mêmes. Loin du kick and rush annoncé par ceux qui n'ont pas vu jouer l'Eire depuis vingt ans, la rencontre a surtout été marquée par une tension à la limite de l'asphyxie et ponctuée d'imprécisions, de mouvements inaboutis. Et c'est sur un exploit individuel que le sort de la rencontre s'est décidé.... Les Irlandais ont peut-être manqué d'audace plus que de courage, n'ayant pas su profiter de la fébrilité défensive française, surtout en première mi-temps, lorsqu'elle s'est accompagnée d'un manque de lucidité offensive flagrant. Flanqué d'un Dhorasoo d'abord un peu dépassé et d'un Wiltord peu efficace, Zidane trouvait encore moins Henry que d'habitude. Heureusement, Vieira et Makelele assuraient une certaine domination dans un entrejeu très dense, étant même les auteurs des deux meilleures occasions de cette première période.

Les Verts, eux, s'illustraient au pressing, mais péchaient par excès de précipitation dans les derniers gestes. Ce seront pourtant eux qui céderont les premiers, vaincus par le défi physique qu’ils s’étaient imposé. C'est aussi au cœur d'une période creuse que les Bleus, qui ne se sont quasiment pas créé d’occasions en deuxième mi-temps, trouvent la brèche sur une attaque de Wiltord contrée et transformée en but par un superbe ballon enroulé d’Henry, sur son premier tir. On leur avait suffisamment reproché — Sagnol le premier — de mal gérer les temps forts et les temps faibles, pour ne pas saluer ce coup de Trafalgar.
Si ce match pourra difficilement prétendre au statut de "référence", il marque un net changement dans le groupe 4: la France a repris son destin en main et acquis une confiance qui sera bénéfique pour affronter les deux derniers rendez-vous qualificatifs. On respire nettement mieux.



Les gars
Coupet a connu un début de match fort peu sympathique, regardant le coup franc de Reid percuter son poteau et assistant aux percées vertes. Il n'a pas eu à faire d'exploits durant l'essentiel de la partie, mais son dernier quart d'heure a été remarquable, quand il s'est agi de s'imposer dans les airs.
Probablement à court de condition, auteur d'une grossière perte de balle suivie d'une intervention qui aurait pu coûter un penalty, Thuram n'a pas vraiment contribué à établir la sérénité en défense centrale, d'autant que Boumsong a été souvent approximatif, mettant plus en valeur son physique que son sens du placement.
Gallas est un excellent défenseur, mais toujours pas un arrière gauche. Quelque part, il a plaidé la cause de son replacement dans l'axe, et doit presque espérer le retour d'Abidal (sur les terrain) ou celui d'Evra (en forme). De l'autre côté, Sagnol a souffert face à Duff, surtout en deuxième période, et a laissé filé de nombreux raids verts. Peu inspiré dans ses centres ou ses montées, il n'a pas évolué au niveau qu'on espérait.

On ne l’avait pas vu aussi bon en bleu depuis une éternité: puissant, précis dans ses interventions, Vieira a encore failli trouver le cadre avant la pause. On a même oublié son soi-disant duel avec Roy Keane. En fait, on a presque oublié Roy Keane. À ses côtés, Makelele a réussi une feinte brésilienne à la 23e minute, qui a enrhumé deux Irlandais, avant de frapper du gauche de peu à côté. Son meilleur match en équipe de France et pour l’instant, le meilleur des trois anciens. Qui l'aurait cru?
Dhorasoo a commencé par justifier les doutes de ceux qui se demandaient ce qu’il faisait dans ce genre de match, ratant toutes ses premières transmissions. Mais il n’a jamais baissé les bras, et a fini par prendre le dessus quand les Irlandais ont baissé de pied. Laissé libre de ses mouvements jusqu’aux 35 mètres, Zidane a cherché à jouer simple et à sauver ses chevilles (comme sur le premier tacle de Keane). C’est alors que les Irlandais se demandaient pourquoi il ne courait plus qu’Henry a marqué. Wiltord a été présent un peu partout sans réussir grand chose — et pas le moindre dribble. Un de ses moins bons matches en bleu, mais certes pas en raison d'un manque de courage. Et il est l'auteur de cet écran bizarre qui a précédé le but...

S'il n'avait pas marqué un but absolument splendide qui vaut très cher, Henry aurait parachevé plus d'une année de galère sous le maillot tricolore, achevant aussi de grossir le flot de ses détracteurs. Mais voilà, il a marqué un but splendide qui vaut très cher, faisant oublier un match presque totalement médiocre par ailleurs.



Les observations en vrac
>  Première frayeur, Jean-François, l'Auguste de Paris 2012, assure avant le match: "Il faut y croire".
> La main droite sur le cœur pendant la Marseillaise, c’est une option tactique de Domenech?
> Les caméras sont formelles, Zizou ne chante pas la Marseillaise. Thierry Gilardi est prêt à lui faire apprendre les paroles par cœur.
> Les équipes sont entrées sur "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss. Nietzsche n'était pourtant pas titularisé.
> Henry et Zidane sur la touche en fin de match : c’est vrai qu’il est beau notre banc.
> Roy Keane fait faute sur Dhorasoo. C’est lui qui reprochait à Vieira de s’en prendre à plus petit que lui?
> "J'espère qu'un groupe est né ce soir", a déclaré Henry. On espère aussi que vous achèverez le groupe 4.
> Domenech n’a pas été interviewé après le match. Il n'est même plus consultant chez TF1.



Le match de TF1
Accréditant la théorie du mimétisme, Thierry Gilardi a d'abord semblé vouloir imiter Jean-Michel Larqué lors des hymnes avec un "Oh là là là là" pour saluer celui de l'Irlande, ajoutant qu'il n'avait plus un poil de sec. Il a la chair de poule humide, ça peut arriver mais ça fait un peu "Journal du hard". En confondant Henry et Boumsong à la reprise, il se tournera de nouveau vers son modèle et prédécesseur. D'ailleurs, il avait annoncé que Lansdowne Road datait du 19ème siècle, un peu comme Thierry Roland.
8e minute : à trop prendre son messie pour une lanterne, Larqué voit "dans la lucarne" le coup franc de Zidane détourné par Given.
9e : JML déploie ses ailes d'oiseau de mauvais augure en assurant que "Ça c'est pas bon du tout".
10e : Christian Jeanpierre lance une longue série d'interventions à haute valeur ajoutée en signalant que "Zidane vient de repositionner le milieu de terrain". Bientôt, il déplacera les montagnes.
17e : superbe exercice d'auto-persuasion de Jean-Mi, qui assure, en regardant le ralenti de la faute de Thuram, que "Effectivement, il n'y a strictement rien". Il fallait le dire vite et en fermant les yeux.
37e : Thierry Gilardi annonce la "question Minitel". Il est vraiment en phase régressive.
54e : son sixième sens lui indiquant peut-être qu'à cet instant précis, il est filmé par les caméras de TF1, Gervais Martel se refroque en tribune avec une élégance rare.
62e : terrible erreur de Gilardi, qui va la payer pendant des mois. Il vexe en effet Jean-Michel Larqué en lui rappelant que c'est lui-même qui lui avait appris que "revenir de hors-jeu" ne voulait rien dire.


Le match du réalisateur
Avec des plans de coupe totalement inutiles alors que le jeu se déroulait, la réalisation irlandaise nous a rappelé que c'était encore en France qu'on limitait le mieux les dégâts en termes de mise en scène télévisuelle. Comment peut-on être assez nigaud pour penser qu'un gros plan de l'entraîneur ou un ralenti tronqué de l'action précédente est plus intéressant que l'action en cours?


Le titre auquel vous avez échappé
"Les bénéfices d'Eire-France".

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>> dernière réaction : «De Reims. » / 10/09/2005 à 16h56
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